Skip to main content

Full text of "L'Egypte au temps des Pharaons: la vie, la science et l'art"

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 



IIIIIIH 

$B 302 b3D 













^ 



THE LIBRARY 

OF 

THE UNIVERSITY 

OF CALIFORNIA 

PRESENTED BY 

PRORCHARLES A. KOFOID AND 

MRS. PRUDENCE W, KOFOID 




^ 



Digitized 



by Google 







Digitized 



by Google 



BIBUOTHÈQUE SCIENTIFIQUE CONTEMPORAINE 



/,. 



L'Egypte 



AU TEMPS DES PHARAONS 

t 
— LA VIE, LA SCIENCE ET L'ART — 



Victor LORET 

ANCIEN MEMBRE DE l' ECO LE FR AN Ç A ISE DU CAIRb' 
MAITRE DE CONFÉRENCES A LA FACULTÉ DBS LETTRES DE LYON 



AVEC iS PHOTOGRAVURE S 

Dont douze d'après des dessins à la plume et à la sépi 

DE Charles LORET 



ra 

^*'•>^- 



'i 



;t 




TARIS 

LIBRAIRIE J.-B.. BAILLIÈRE et FILS 

RUE HAUTEFEUILLE, I9, PRES DU BOULEVARD SAINT-GERMAIN 
1889 



Digitized 



byGoogle 



Digitized 



by Google 



A MA CHÈRE MÈRE 



Hommage d'affection et de reconnaissance 



Lvowj i*' Mai [38S- 



Digitized 



by Google 



^^ •" Digitizedby Google 



Ut5 



AVERTISSEMENT 



Les six études réunies dans ce volume sont la 
pubîicatmi in extenso de six conférenees publiques 
faites à la Faculté des lettres de Lyon pendant les 
hivers 1887-1888, 

fai hésité quelque temps, avant de Uvrer mon 
manuscrit à Vimpression^ sur la question de savoir 
si je devais ou non raccompagner de notes. Indi- 
quer les sources^ citer les textes, donner d£s ren- 
vois aux auteurs eût, certes, été fort utile, fai 
pensé pourtant qu'il était plus logique de pré- 
senter ces pages aux lecteurs exactement de la 



MoXUXrO Digitized by Googlc 



Ê AVERTISSEMENT 

même manière qu'elles avaient été présentées aux 
auditeurs^ e' est-à-dire dépourvues de toute espèee 
d'annotation. 

Accompagner de tous les éclaircissements exi- 
giblesdes travaux qui sont le résumé de notes nom- 
breuses et le résultat de longues recherches aurait 
presque doublé les dimensions de ce livre. D'ail- 
leurs^ il ffi' est permis de suppléer ici, en partie, au 
manque de notes, et d-e renseigner sommairement 
le lecteur sur les documents que f ai utilisés. 

Dans la première étude, fai eu roccasion de 
traduire quelques parties d'un pafy^rus du Britisb 
Muséum renfermant un recueil de lettres de scribes 
delà X!X' dynastie. Les fait s historiques auxquels 
fai fait allusion sont suffisamment connus pwr 
les différentes Histoires d'Egypte publiées jusqu'à 
ce jour. Cependant, pour le règne d'Aménophis III, 
je me suis servi surtout des matériaux que fai 
réunis en Egypte, au cours d'une mission scienti- 
fique dont fai été chargé de 1881 à i88j, ainsi 
que dans les différents musées égyptiens d'Eu- 



. Digitized 



by Google 



AVERTISSEMENT 9 

rope, en vue d'un mémoire détaillé sur les annales 
de ce pharaon. 

Dans V étude suivante, relative à la faune et à 
la flore de V Egypte, ce sont principalement les au- 
teurs grecs et latins qui me sont venus en aide, 
ainsi que les bas-reliefs monumentaux repro- 
duits dans les vastes recueils de F. Cbampollion, 
de H. Rosellini et de R, Lepsius, Pour la flore, 
j-e n'ai guère eu qu'à condenser en partie ou à déve- 
lopper par endroits un travail de moi, récemment 
édité, la Flore pharaonique , 

Il en est de même pour l'étude sur la musique et 
la danse. Depuis plusieurs années je m'occupe de 
la Musique che:( les anciens Égyptiens, livre qui 
. doit paraître sous peu dans la Bibliothèque de la 
Faculté des lettres de Lyon. C'est là que devront se 
reporter ceux qui s'intéressent particulièrement à 
cette question et qui désirent connaître tout ce que 
Végyptologie permet d'ajouter aujourd'hui aux 
renseignements fournis jusqu'ici par les seuls 
musicologues. 



Digitized 



by Google 



iO AVERTÎSSEMEÏJT 

Dans. V étude sur la toilette et la parfumerie, 
j'ai mis amplement à profit une Histoire de îapar- 
fmnerie publiée par M. E. Rimmel quelque temps 
avant sa mort. Les tableaux peints dans les 
tombes de Mempbis^ de Béni-Hassan et de Tbèbes 
m'ont permis de reconstituter l'histoire du cos- 
tume. Enfin ^ les recettes dont je donne la traduc- 
tion proviennent des temples d- Edfou et de Pbilœ 
qui m' ont déjà fourni, dans le Journal asiatique^ 
Voecasion d'un article sur le Kvpbi. 

Pour la médecine et la sorcellerie, j'ai eu 
recours à trois papyrus médicaux conservés à 
Berlin, à Leipsig et à Londres, ainsi quà une stèle 
de la Bibliothèque nationale, f étudie d'ailleurs 
depuis longtemps la médecine égyptienne et fai 
eu maintes fois, depuis dix ans y Voecasion de tra- 
duire et de citer des fragments de ces traités 
hiératiques. 

Dans la dernière étude, ce sont toutes mss lec- 
tures, peut-être aussi mes stations prolongées 
devant ks douze panneaux du Musée Guimet, qui 



Digitized 



by Google 



AVERTISSEMENT 11 

m'ont dicté mon sujet, La tombe égyptienne a du 
reste été V objet de la curiosité de bien des égypîo- 
logues et M. G. Maspero l'a décrite magistrale- 
ment dans son Archéologie égyptienne, publiée il 
y a quelques mois. 

Telles sont, d'une manière générale, les sources 
oùfaipuisé. Je ne puis, nécessairement, parler ici 
des documents d'ordre secondaire dont le souvenir 
m'est revenu presque au moment de rédiger mes 
conférences. Une phrase d'écrivain grec, un pas- 
sage d'inscription hiéroglyphique, un détail de 
scène peinte dans une tombe se présentent parfois à 
V esprit, juste au moment voulu et avec une extrême 
netteté, sans qu'il soit toujours possible de dire de 
suite où l'on a lu cette assertion y dans quel texte 
on a déchiffré cette légende, sur quelle muraille 
d'hypogée on a remarqué cette figure. On peut, à 
force de recherches, longues parfois^ retrouver ses. 
autorités. Mais des notes nombreuses s' accumule ul 
alors au bas des pages, 

f espère que le lecteur voudra bien m' accorder 



Digitized 



by Google 



12 AVERTISSEMENT 

sa confiance et consentira y comme les auditeurs, à 
se passer de numéros de pages ou de planch es. 

Quant aux illustrations qui ornent ce volume, 
j'en ai indiqué soigneusement la provenance dans 
une table spéciale. Je pense en effet qu'une gra- 
vure sans indication de source n'a aucune valeur 
en archéologie. Il est d'ailleurs si facile de faire 
imprimer les indications que Von a dû nécessai- 
rement fournir au dessinateur ! 

Je dois, avant de signer cette préface, adresser 
mes remercîments à plusieurs personnes dont 
l'obligeance a beaucoup contribué à l'excellente 
composition matérielle de ce livre. 

D'abord à M, D. Héron, qui a mis gracieu- 
sement à ma disposition, il y a plusieurs années, 
la riche et artistique collection de photographies 
qu'il a prises lui-même pendant ses voyages en 
Egypte. 

Ensuite à mon frère qui., habitué à des œuvres 
plus personnelles, a bien voulu pour tant se faire 



Digitized 



by Google 



AVERTISSEMENT I3 

illustrateur pour moi et a su réunir, dans ses 
dessins, la précision de la copie à V originalité de 
l'exécution, ' 

Enfin à mes éditeurs, qui ont consenti, à cause 
du caractère littéraire de mon travail, à oublier 
aimablement en ma faveur les règles sévères sui- 
vies d'ordinaire dans l'impression de leur Biblio- 
thèque scientifique, 

V. L. 

Lyoïty to avril i88ç. 




Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



^ v; ? . *^^,7:/>'^'^:,s;i-.;^j:''r»- ,•. 



PHARAON 



Digitized 



by Google 



Digitized b 



a by Google 



■•>.rE'Sp>:i- r^,' 




y' ■ ■ 



'^^./X.?^- 







.feat 






_Liiï;^ 



PHARAON 



I 



Cest en passant par le texte hébreu des livres 
mosaïques qu'est venu jusqu'à nous le mot Pharaon, 
nom que donnaient à leurs rois les Égyptiens des 
brillantes et belliqueuses dynasties thébaines. Le mot 
Pharaon n'est pas un nom propre, comme on l'a pu 
croire, et ne s'applique pas à un personnage déter- 
miné. Ce n'est pas non plus un terme égyptien de la 

V. LoRST, L'Egypte. , 2 



Digitized 



by Google 



i8 l'Egypte au temps des pharaons 

langue courante, signifiant Roi ou Souverain. C'est 
une épithète honorifique, un titre royal composé des 
deux mots hiéroglyphiques Phar-âa, ' '«||, les- 
quels signifient la Grande Demeure et nous rappellent 
d'une manière frappante l'expresjsion de Sublime 
Porte, par laquelle les Orientaux d'aujourd'hui dési- 
gnent l'administration supérieure du monde musul- 
man. 

Les Égyptiens, cependant, n'ont pas toujours donné 
à leurs princes le titre de Phar-âa. Ce fut surtout au 
temps des Ramsès, quand le peuple d'israél était 
prisonnier en Egypte, que ces mots servirent à 
dénommer le roi du Delta et de la Thébaïde. Après 
eur liberté reconquise, les Israélites se rappelèrent 
comment on nommait, sur la terre de servitude, leurs 
durs et impitoyables maîtres. Le mot qu'on se plaisait 
à graver mille fois sur les palais de granit des rives du 
Nil prit en hébreu la forme Pharâoh et arriva jusqu'à 
nous avec les traductions bibliques. De sorte que, 
lorsque nous donnons aujourd'hui à Ramsès le nom 
de Pharaon, nous employons l'expression même dont 
se servaient ses contemporains pour le désigner, et il 
nous comprendrait si sa momie, maintenant étendue 
sous verre au Musée de Boulaq, pouvait voir se lever 
le jour de la résurrection, promis depuis si longtemps 
par les hiérogrammates de Thèbes. 



Digitized 



by Google 



PHARAON 19 

Pharaon ! On ne saurait jamais imaginer quelle idée 
de puissance illimitée, de grandeur incommensurable 
éveillait ce seul nom chez tout Égyptien d'il y a trois 
mille ans. Pharaon! Cest à peine si un personnage 
du commun osait se le représenter vivant de la 
même vie que lui, et formé de chair et d'os comme un 
simple mortel. Dans son esprit, le pharaon était un 
être d'essence supérieure, le fils d'un dieu. C'était 
pour lui celui que Ton ne voyait pas et à qui il suffi- 
sait pourtant d'un seul signe pour le faire empri- 
sonner, pour lui enlever ses champs et ses bestiaux, 
pour l'envoyer en guerre dans de lointaines régions 
d'où Ton ne revenait plus, soit vers les froids som- 
mets du Liban, couverts de cyprès, soit au milieu 
des sables arides et brûlants qu'habitent les noirs 
Éthiopiens et où le Nil roule des eaux tièdes. 

L'humble sujet ne connaissait pas le pharaon, ne 
pouvait le concevoir qu'en un vague idéal, et cepen- 
dant le sentait partout. L'autorité était dure pour le 
pauvre. Celui-ci appartenait à la dernière, classe de la 
société et au-dessus de lui s'étageaient, dans une im- 
mense hiérarchie dont les hautes cimes échappaient à 
sa vue, une infinité de scribes, de patrons, de pro- 
priétaires ruraux, de percepteurs, d'agents de police, 
de toparques, de nomarques, de prêtres, de pro- 
phètes, tous des maîtres inexorables dont le maître 



Digitized 



by Google 



20 L EGYPTE AU TEMPS DESPHARAONS 

souverain et incontesté était le pharaon. La prison, la 
bastonnade, la corvée, la dîme, telles étaient ordinar- 
rement les formes sous lesquelles se manifestait à lui 
le pouvoir pharaonique. Implorer ardemment Osiris 
ou Anubîs afin d'obtenir plus tard, dans Tautre monde, 
une vie heureuse, avait presque moins d'importance 
à ses yeux que prévenir les réprimandes du supérieur 
et éviter ainsi le regard courroucé de Phar-âa. 

D ailleurs, TEgyptien était résigné et Test resté 
jusqu'à nos jours. C'était là un des traits de son 
caractère. Les philosophes ne lui disaient-ils pas que 
^ sorti du sein de sa mère, Thomme trouve un supé- 
rieur devant qui se courber. Enfant, il obéit à son 
patron. Jeune homme, un officier le commande. 
Vieillard devenu faible, il est à la merci de ses 
subordonnés. L^homme est fait pour se plier.» 

Un scribe de Tépoque des Ramsès s'est plu à nous 
retracer le triste tableau de Fexistence que menaient 
les prolétaires de son temps. A travers les recherches 
de son style, et malgré un parti pris apparent de 
peindre en couleurs un peu sombres la condition des 
gens de métier, on sent que ce scribe n*a pas trop 
exagéré les détails et que les misérables travailleurs 
d alors devaient ressembler sensiblement à ceux qu'il 
nous représente. 

« Le boulanger, après avoir pétri la pâte, il met ses 



Digitized 



by Google 



PHARAON 21 

pains au feu. Tandis qu'il a la tête dans le four, un 
ejifant le tient par les jambes, et il suffit que sa main 
vienne à manquer pour que le pétrisseur tombe au 
milieu des flammes. 

« Le forgeron, il vit, respirant à peine, à la gueule 
d'une fournaise. Ses mains sont comme en peau de 
crocodile, et il exhale de partout une odeur affreuse 
d'œufs de poissons. 

« Le tailleur de pierre, il cherche de tout côté du 
travail en toutes sortes de minéraux incassables. 
Quand il a bien travaillé et que ses bras sont rompus, 
il tombe accablé jusqu'au lever du soleil, les genoux 
et réchine brisés. 

« Le barbier, il rase jusqu'à la nuit. C'est seulement 
quand il mange qu'il peut s'appuyer un moment sur 
les coudes. 11 va de rue en rue et de maison en mai- 
son, cherchant la pratique, et se lasse les bras pour 
emplir son ventre, telle une abeille qui n'a d'autre 
nourriture que celle qu'elle produit. 

« Le batelier, il descend jusqu'à la mer pour gagner 
son pain. Quand ses bras n'en peuvent plus à force 
d'avoir ramé, qu'il a été dévoré par des moucherons 
et par des moustiques, et qu'il a peiné sa peine du 
matin au soir, il revoit pour un seul instant sa maison 
et son jardinet. A peine est-il arrivé qu'il lui faut s'en 
retourner en hâte. 



Digitized 



by Google 



m 



Û% l'Egypte au tbmps des pharaons 

<i L agriculteur, il passe sa vie iiu milieu des bes- 
tiaux, il s épuise pour ses légumes et ses pourceaux, 
cuisinant en pleins champs et couvert de grossiers et 
lourds vêtements. A Tair il souffre, chez lui il étouffe. 
]| est retenu au sol comme par une entrave, et s'il 
«ssaie de s'en dégager et de se reposer un peu à la 
maison, on le bat et son maître le chasse, 

<( Le tisserand, il va travailler en journée et sa 
condition est des plus tristes. Ses genoux sont éter- 
nellement repliés jusqu*à sa poitrine. Il ne goûte pas 
Tair extérieur. Si un seul jour il lui arrive de fournir 
' une quantité trop faible de tissus, il est lié comme on 
lie en bottes, au bord des marais, les tiges des papyrus. 
Ce n'est qu'en donnant des pains au portier qu'il peut 
voir la lumière du jour. 

« Le blanchisseur, il reste accroupi sur la berge du 
quai, dans le voisinage constant des crocodiles. Sa 
main n'arrête pas de se plonger dans les eaux sales 
et grasses, 

<i Le courrier, il lègue ses biens à ses enfants, cha- 
que fois qu'il se met en route pour l'étranger , tant le 
poursuivent la crainte des bêtes sauvages et la terreur 
des Asiatiques. Rentré en Egypte, il va chez lui ; mais 
à peine arrivé, il doit songera repartir. Son intérieur 
pauvre le chagrine, il est presque heureux de s'en 
4il!çr encore. 



Digitized 



by Google 



».-'^"» .^'♦^ - • 



PHARAON 23 

« Le maçon, il est sujet à toute espèce de maladie. 
11 est exposé aux vents brûlants, attaché aux encor- 
bellements des maisons où il badigeonne, en guise 
d'ornements, des fleurs de nénuphar. Sesbras s'usent 
au travail, ses vêtements sont en loques. Il vit dans la 
boue et se lave à peine une fois par jour. Il est comme 
une pièce d'échiquier que le hasard promène de 
quartier en quartier, toujours suspendu à des poutres, 
aux terrasses élevées des constructions où il accomplit 
son pénible travail. Quand il a gagné son pain, il 
rentre à la maison et bat ses enfants. » 

Et le scribe ? Car, il faut bien le dire, si l'auteur des 
lignes précédentes ne nous a montré que le côté 
attristé de l'existence de ses personnages, c'est que 
son ouvrage s'adresse à son fils, qu'il veut dégoûter 
de tout métier manuel afin d'en faire un scribe comme 
lui-même. Aussi, à l'entendre, la fonction de scribe 
est-elle la plus belle d'ici-bas. 

« Celui qui s'occupe d'écriture et qui s'est exercé à 
cet art est au-dessus de tous les puissants de la ville et 
de tous les courtisans du palais. Il est délivré de toute 
tâche servile, débarrassé de tous travaux manuels, et 
peut mépriser houe et charrue. Il porte la palette et 
peut regarder de haut qui manie la rame. Il ne con- 
naît pas la misère, n'a pas de maître violent et ignore 
les supérieurs nombreux. L'artisan, celui qui fait des 



Digitized 



by Google 



24 l'Egypte au temps des pharaotjs 

besognes journalières, il ne domine pas, il n'inspire 
point le respect. Simple ouvrier^ il est le serviteur de 
ceux qui sont placés plus haut que lui. Il n'a devant 
lui que des occupations désagréables ^ sans esclave 
qui lui apporte son eau» sans femme qui lui prépare 
son pain* Le scribe, lui, iî prime tout. La déesse de 
TAbondance est sa compagne inséparable, dés le jour 
de sa naissance,» 

Tout cela est jeu de style et recherche d'opposi- 
tions. En réalité, le scribe égyptien était un fort mince 
personniige. A l'école, on lui enseignait péniblement 
les lettres k grand renfort de coups de bâton. L'art 
d*écrire les hiéroglyphes était long à apprendre, et 
Tapprenti écrivain devait user de nombreux calâmes 
et couvrir de signes hiératiques mal contournés bien 
des tessons de vases et bien des éclats de calcaire avant 
de pouvoir écrire sur papyrus et d'acquérir ainsi le 
droit de porter le titre de Scribe royal. 

Et ce titre, souvent, ne menait pas loin. Il y avait 
tant de scribes! Parmi les millions de personnages que 
nous trouvons mentionnés dans les inscriptions 
égyptiennes, il en est peu qui ne portent pas ce titre. 

Le scribe, au sortir de Técole, devenait ce qu'il 
pouvait, et, la plupart du temps, son existence était 
dure. 

Accroupi au coin d'un carrefour, il attendait, lui 



Digitized 



by Google 



PHARAON 25 

aussi, la pratique et, pour s'emplir le ventre, devait 
écrire par centaines de fastidieuses lettres d'affaires, 
mettre sur pied les comptés de commerçants peu 
mathématiciens, ou parfois, occupation plus piquante, 
rédiger en beau style des billets doux dictés par 
d'illettrées fillettes de Thèbes ou de Memphis qui s'en 
venaient, les soirs, cachées sous un voile et le cœur 
battant, trouver le scribe voisin afin d'obtenir de lui, 
moyennant un pain ou quelques dattes, une pré- 
cieuse feuille de papyrus couverte de déclarations 
grammaticalement amoureuses, * 

D'autres aidaient les maçons, suspendus fraternel- 
lement avec eux aux échafaudages des constructions, 
et transcrivaient avec de la couleur noire, en hiérogly- 
phes décoratifs que des sculpteurs devaient graver 
ensuite, les phrases louangeuses que leur remettaient 
de gras propriétaires infatués. 

Heureux celui qui pouvait s'attacher à quelque 
haut personnage et lui servir de domestique bon à 
tout faire, même à écrire, à l'occasion. 

En fait, celui qui primait tout en Egypte, celui qui 
ne connaissait point la misère et n'avait nul supérieur, 
celui qui pouvait mépriser franchement houe, rame 
ou charrue, c'était le seul pharaon. Le scribe, qui 
se prisait tant, était pour lui comme un grain de sable 
au milieu de l'immense multitude de ses sujets. 

V. LotiT, L'Egypte. 3 



Digitized 



by Google 



20 l'bgypte au temps des pharaons 

Et non seulement le scribe, mais encore toute la 
foule des fonctionnaires plus haut placés n était entre 
les mains de Pharaon qu'une immense machine soH- 
dement agencée et manœuvrant puissamment au 
moindre geste» Armée, clergé, administration, tout 
relevait directement du Maître, qui était à la fois 
général en chef, pontife suprême, et ordonnateur du 
pouvoir civiL 



Digitized 



by Google 



II 



A la tête de leurs armées, les Pharaons d'Egypte 
eurent maintes fois roccasion de faire trembler le 
monde par leurs exploits victorieux. 

A l'origine de l'histoire égyptienne, nous nous 
trouvons en présence de bons rois calmes, pacifiques, 
rêvant science et non conquêtes, étudiant la médecine 
et point la stratégie, n'envisageant que le bien-êtr« 
intime de leur pays. Pas de guerres, ou très peu. Juste 
ce qu'il en fallait pour repousser de temps en temps les 
attaques de quelques hordes nomades, libyennes ou 
arabes, sur les deux frontières delà Basse-Egypte. En 
peu de jours tout était terminé et les craintes un 
moment éprouvées s'oubliaient rapidement. L'Egypte 
n'avait pas encore d'armée régulière, et les combat- 
tants de bonne volonté suffisaient pour la défendre. 

Le peuple s'occupait tranquillement d agriculture, 



Digitized 



by Google 



28 l'Egypte au temps des pharaons 

de chasse, de pêche, s'amusant aux luttes, aux 
joutes sur les canaux, accueillant avec une joie naïve 
les bateleurs, venus des régions étrangères, qui leur 
apprenaient des tours d'adresse, des danses nouvelles, 
et leur amenaient, emprisonnées dans des cages 
solides, des bêtes féroces inconnues aux rives du Nil. 
Aussi, les peintures décoratives de ces époques recu- 
lées ne respirent-elles que fraîcheur et gaîté. Pas de 
chars de guerre roulant leurs roues sanglantes à 
travers des traînées de cadavres, pas de forteresses 
escaladées d'où Ton précipite les ennemis aux croco- 
diles des fossés. On n'y voit que des scènes cham- 
pêtres, des pasteurs conduisant leurs troupeaux, des 
intérieurs de fermes aux mares couvertes de canards 
multicolores, des bazars où, au milieu des mar- 
chandages et des échanges, s'entrecroisent, rédigés en 
hiéroglyphes, les lazzis spirituels et moqueurs de 
jeunes gamins memphites, circulant tout nus dans la 
foule des acheteurs. 

Mais, tout change au bout de quelques siècles. Les 
nations éthiopiennes, races timides et peu belli- 
queuses, avaient d'abord, été considérées comme des 
alliés tout désignés, comme des voisins inoflfensifs chez 
qui Ton allait de temp^ en temps, sans crainte d'être 
mal reçu, faire de simples voyages de curiosité. Ils 
n'attaquaient pas l'Egypte, dont les séparait une 



Digitized 



by Google 



PHARAON 29 

infranchissable cataracte, écumant ses cascades sur 
les rocs au sud de la pittoresque et rêveuse île de 
Philae \ On alla les attaquer. 

Les premières conquêtes égyptiennes, sous la 
XIP dynastie, eurent lieu sur le Haut-Nil. Les Nègres 
furent traqués par de$ générations successives, pour- 
suivis sans trêve de village en village. Leurs champs 
de dour^h furent détruits, leurs huttes incendiées, 
leurs femmes emmenées en esclavage, leurs "pauvres 
richesses emportées par un vainqueur sans pitié. On 
s'était aperçu que leur pays recelait des mines d'or, 
qu'on y trouvait deTébène etde Tivoire, et le luxe avait 
progressé en Egypte. A la fin de la XIP dynastie, 
deux massives fortifications situées au cœur de 
l'Ethiopie, vers la seconde cataracte, rharquaient 
orgueilleusement la frontière de l'empire égyptien. 

Mais vint le temps des revers. Une terrible inva- 
sion d'Asiatiques s'abattit comme une huée de sau- 
terelles sur les plaines du Delta. Aucune force ne put 
arrêter cette formidable poussée. Les Egyptiens surent 
à peine résister. En peu de temps toute la Basse- 
Egypte fut occupée par des milliers d'étrangers, 
sinistres, aux yeux bridés, aux pommettes saillantes, 
aux plates et larges lèvres, connus sous le nom 

1 V. pp. 32-33. 



Digitized 



by Google 



1 



30 L EGYPTE AU TBMPS DES PHARAONS 

d'Hyqsos. Les vieilles cités pharaoniques furent 
dévastées, les temples furent rasés, et de nouveaux 
sanctuaires, d'architecture étrange^ logèrent des divi- 
nités ennemies symbolisant les fureurs de la guerre. 
La domination dura plus de cinq siècles. La partie 
septentrionale du pays avait fini par se plier à son sort. 
Les Hyqsos se montraient plus doux, daignaient 
même s'habituer aux coutumes égyptiennes, unissant 
leurs dieux aux divinités nilîaques en d'hétérogènes 
trinités. Mais le reste du pays était resté dans l'indé- 
pendance, les envahisseurs n'ayant jamais dépassé de 
beaucoup, au sud, la ville de Memphis. Des pharaons 
dont l'histoire sait à peine les noms régnaient vague- 
ment à Thèbes et vivaient en assez bonne intelligence 
avec leurs voisins du nord. 

Un libérateur se leva enfin. Déjà le roi Raskenen, 
à la tête de troupes assemblées et instruites peu à peu, 
avait fait quelques victorieuses incursions dans le 
Delta. Sa momie, retrouvée récemment avec le crâne 
percé de trois coups de poignard, nous prouve qu'il 
succomba dans sa lutte pour la délivrance. Le roi 
Ahmès^ son successeur, réunit une puissante armée de 
terre, ainsi qu'une flotte importante destinée à 
manœuvrer sur le Nil et sur les canaux. Un Ahmès 
commandait l'armée, un autre Ahmès dirigeait la 
flotte. Avec toutes les forces égyptiennes, les trois 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 




Digitized 



by Google 




Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



PHARAON 35 

Ahmès se précipitèrent vaillammentcontreles Hyqsos. 
Ceux-ci en étaient arrivés à ce moment où le vain- 
queur, sûr désormais de son invincibilité, se relâche 
de sa rigoureuse surveillance et s'oublie à jouir en paix 
des fruits de sa conquête. En quelques semaines le 
Delta fut repris. Les Hyqsosse replièrent dans la ville 
d'Avaris, qu'ils avaient fondée sur les ruines d'une 
cité égyptienne, vers la frontière asiatique, et où ils 
avaient établi un vaste camp retranché pouvant con- 
tenir trois cent mille hommes. On les y poursuivit. 
Le siège d'Avaris dura assez longtemps, puis les 
Égyptiens entrèrent en vainqueurs dans la ville, 
l'armée de terre franchissant les murailles, la flotte 
suivant les canaux qui amenaient Teau douce aux 
habitants. Les Hyqsos s'enfuirent pêle-mêle en Asie, 
et toute rÉgypte, redevenue pharaonique, glorifia 
pendant des siècles le nom d' Ahmès. 

Le désir d'une vengeance plus grande s'empara 
bientôt des pharaons d'Egypte. Quand le pays fut 
réorganisé et que l'armée fut prête à de nouveaux 
combats, les Égyptiens pénétrèrent en Asie. Ils 
allaient toujours devant eux, tuant, dévastant sans 
s'arrêter, traversant en vainqueurs la Syrie, la 
Mésopotamie, parvenant jusqu'aux rives de l'Euphrate 
et du Tigre. Touthmès 111 conduisit ainsi plusieurs 
fois les troupes égyptiennes à travers le continent 



Digitized 



by Google 



ji l'Egypte av temps des phakaoss 

asiatique et Ton vit enfin resplendir, sous son règne 
et sous celui de son fils, tout rédat de la puissance 
pharaonique. 

Aménophis II parvint jusqu'à Niniv-e où les habi- 
lants, montés en foule sur les remparts, saluèrent, en 
agitant des palmes et des écharpes, les vainqueurs 
étrangers défilant à leurs pieds et sengouffrant sous 
les portes voûtées de la vflle. 

Le retour en Egypte surtout fut pompeux. Toute 
une flotte attendait l'armée aux bouches du Nil. Le 
pharaon protégé des dieux monta un vaisseau colossal, 
3UX flancs dorés, aux mâtures de cèdre, aux larges 
voiles quadrillées de couleurs éclatantes. Assis sous 
un dais élevé au plus haut du pont, au milieu des 
chants d'allégresse et des fumées d'encens, Aménophis 
jspirait les adorations des deux rives tandis que 
devant lui se balançaient, étranges trophées pendus à 
fa poupe du navire, sept noires momies grimaçantes 
de princes asiatiques tués à Takhis. 

L'immense cortège triomphal remonta toute 
l'Egypte; traversa fièrement Thèbes où six des momies 
furent suspendues à une porte de la ville, continua 
sa route, franchit les cataractes, et, après une course 
de plus de cinq cents lieues, atteignit, au fond de 
l'Kthiopie, à Napata, l'extrémité méridionale des 
frontières égyptiennes. Là, comme exemple du châ- 



Digitized 



by Google 



PHARAON 37 

timent réservé aux révoltés, le pharaon fit attacher la 
septième momie de Takhis aux créneaux des murailles 
d'enceinte. 

Cette marche grandiose du cœur de l'Asie au centre 
de l'Afrique est le plus glorieux souvenir qu'aient 
laissé les pharaons et nous arrêterons là, pour ne pas 
l'amoindrir, l'histoire des conquêtes égyptiennes. 

On comprend combien ces victoires coup sur coup 
répétées contribuaient à environner de prestige le 
trône pharaonique. Mais un prestige bien plus grand 
encore pour les pharaons, et plus durable, leur venait 
de leur essence même, ou plutôt de l'origine qOe leur 
attril^uaient, aux yeux des Egyptiens, de longues 
traditions soigneusement perpétuées. 

D'après les annales historiques égyptiennes, le pays 
avait d'abord été gouverné par les dieux pendant une 
tongue suite de siècles. Le plus célèbre, ou le dernier 
d'entre eux peut-être, avait été Horus et pour cette 
raison, lorsqu'ils voulaient désigner une période très 
lointaine de leur, histoire — si lointaine qu'elle 
n'était pas encore contemporaine de leur premier 
roi — les Egyptiens se servaient de cette expres- 
sion : « du temps des Sujets d'Horus», Les Sujets 
d'Horus étaient les jancêtrç^ préhistoriques, ceux qui 
avaient encore connu le dernier rôi-dieu. 

Lassés du séjour de la terre, les dieux abandon- 



Digitized 



by Google 



38 l'Egypte au temps des pharaons 

nèrent enfin la royauté aux mains d'un homme et cet 
homme, le premier pharaon dont l'histoire fasse men- 
tion, se nommait Mena. Les pharaons régnaient donc, 
non en vertu d'un droit divin, mais en vertu d'un 
droit encore plus puissant, l'hérédité divine. Tout 
roi d'Egypte était le successeur plus ou moins éloigné 
d'un dieu qui avait occupé le trône. Les dynasties se 
suivaient, s'enchaînant et se reliant Dieu sait comme; 
n'importe, tout roi était pour ses sujets le descendant 
direct des dieux et le maître incontesté du Trône 
d'Horus. 

De là des rapports très intimes entre les pharaons 
et les divinités. Qu'il soit figuré en peinture sur les 
parois des temples ou sculpté dans le granit des 
statues colossales, le roi est partout représenté à 
l'image des dieux. Mêmes couronnes symboliques, 
même barbe tressée à la pointe recourbée, mêmes 
sceptres et mêmes insignes, à tel point que, si des 
noms n'étaient écrits auprès des personnages et si 
leurs attitudes n'étaient différentes, on pourrait sou- 
vent être embarrassé, devant up bas-relief rappelant 
une offrande d'un roi à une divinité, pour dire quel 
est le dieu et quel est le pharaon. 

Enfin, cette consanguinité admise dès l'origine 
entre les rois et les dieux, cette descendance reconnue 
de tous, qui en faisait les membres d'une même 



Digitized 



by Google 



PHARAON »39 

famille, amena nécessairement les pharaons à se 
considérer comme les seuls dignes de converser 
directement avec les dieux et d'accomplir les parties 
les plus délicates des cérémonies du culte. Le roi 
était en fait Je prêtre au-dessus des prêtres. Lui seul 
consultait les oracles ; lui seul, de tous les Égyptiens, 
avait le droit d'entrer au plus profond du sanctuaire 
et de briser le sceau toujours timbré des armoiries 
pharaoniques, qui tenait fermée la porte du taber- 
nacle; lui seul en somme pouvait contempler la 
divinité face à face. Un prêtre, fût-il le plus important 
du royaume, avait conscience, lorsqu'il parlait à un 
dieu, de s'adresser à un maître. Le roi traitait ce dieu 
familièrement, comme l'un des siens, et l'appelait 
«mon père». 

Les diverses occupations du gouvernement né 
laissaient pas aux rois les loisirs de se consacrer 
exclusivement au sacerdoce. Ils n'apparaissaient 
qu'aux grands jours, lors des fêtes les plus considé- 
rables. Mais il était d'usage que les membres de la 
famille royale occupassent une fonction sacerdotale. 
Le second fils du roi possédait de droit le titre de 
grand-prêtre de Ptah à Memphis et, voué complète- 
ment au culte du dieu, ne pouvait régner que par 
exception, par exemple à défaut absolu d'autre héri- 
tier au trône. Les reines et les princesses faisaient 



Digitized 



by Google 



40* l'égypte au temps des pharaons 

partie des maîtrises sacrées. Dans Torchestre, elles 
battaient du tamlx>urin, agitaient des sistres ou des 
crotales, jouaient de la harpe. Dans les chœurs, elles 
chantaient les soïi des hyfnnes saints, tandis que 
d'iiutres prêtresses, filles des grands du royaurhe, 
exécutaient les ensembles. 

Le roi, on le voit, de même qu'il était à la guerre 
le commandant suprême de ses troupes, était, dans 
ïes temples t le chef souverain de ses prêtres et se 
réservait jalousement, dans le sacerdoce, les attribu- 
tions qui étaient de nature à le mettre le plus en 
contact immédiat avec la divinité. 



Digitized 



by Google 



III 



Mais c'est surtout dans ses rapports avec le peuple 
égyptien qu'il faut se représenter le pharaon si l'on 
veut se faire une idée de la terreur religieuse qu'il 
devait inspirer à ses sujets. C'est dans les cérémonies 
publiques et dans les fêtes triomphales qu'il faut se le 
figurer, assis au-dessus de millions de fronts courbés, 
sur un trône élevé que supportent de leurs épaules 
les principaux du royaume, tandis que d'autres 
réventent de longs flabellum et qu'un lion favori, 
accroupi a ses pieds, darde sur la foule prosternée ses 
prunelles inquiètes. 

Les voyageurs qui visitent aujourd'hui les ruines 
de Thèbes et qui parcourent, sur la rive droite du 
fleuve, la plaine où s'étendaient autrefois les quartiers 
de la ville habités par les vivants — on sait que la 
rive gauche était réservée aux cimetières — ne peu- 

3. 



Digitized 



by Google 



42 l'Egypte au temps des pharaons 

vent manquer de remarquer, émergeant çà et là hors 
du sable, un nombre considérable de sphinx colossaux, 
à tête de bélier, qui se suivent presque en ligne 
droite sur un vaste parcours. 11 est possible, à qui 
connaît l'antique Egypte, de se retracer par Timagi- 
nation ce que devait être cette vaste voie et ce que les 
animaux symboliques qui la bordaient durent voir 
défiler de cortèges pompeux. 

Longue de près de trois kilomètres, large de plus 
de trente mètres, la route commençait au temple de 
Louqsor, en avant des deux hauts obélisques de 
granit rose qui en décoraient la façade, et se terminait 
au temple de Karnak, en face de la grandiose porte 
triomphale percée dans le talus d'enceinte. De chaque 
côté de l'avenue, rapprochés presque au point de se 
toucher les flancs, étaient étendus, sur des piédestaux 
en forme de pyramide tronquée surmontée d'un 
léger encorbellement, des sphinx de grès, à tête 
d'homme ou de bélier, tenant entre leurs pattes, ap- 
puyée contre leur poitrail, une image d'Aménophis III, 
le pharaon qui les avait fait sculpter. La chaussée 
était recouverte de dalles aux angles irréguliers, 
fragments démesurés d'une sorte de gigantesque 
mosaïque dont un polissage soigné avait fait dispa- 
raître les jointures et les interstices. Des tamaris et des 
sycomores cachaient le ciel de leurs feuillages et 



Digitized 



by Google 



P H A tt Â Û K 43 

tamisaient sur le sol îes rayons ardents du soleil. A 
droite et à gauche s élevaient les riches hôtels de 
raristocratie égyptienne, bâtiments de deux ou trois 
étages, entourés de jardins aux murs crénelés que 
dépas5;tientdes palmierSj et percés de fenêtres assez 
étroites pour laisser fiïtrer un peu de clarté dans les 
chambres intérieures sans y donner en même temps 
accès à trop de chaleur, Et^ plus loin, la ville de Thèbes, 
s'étendant jusqu'aux lointaines collines bleuâtres de 
rhorîzon, avec ses milliers de maisons basses serrées 
les unes contre les autres, s*entassant jusqu'au pied 
des temples dont les dominaient les tours immenses 
aux parois un peu inclinées* 

Cest sur cette route royale qu'aux jours de grandes 
fêtes se réunissait toute la population thébaine. C'est 
là qu'on allait attendre le passage du souverain 
escorté de ses prêtres, de ses soldats, de ses hauts 
fonctionnaires. C est là que de nombreux ngents de 
police, choisis de préférence parmi les habitants de la 
Libye, avaient peine à refouler l'innombrable multi- 
tude de curieux accourus de tous côtés. 

Tantôt c'était la fête d'Amon, le grand dieu de 
Thèbes. La statue divine, sortie de son temple, était 
pompeusement promenée par toute la ville. En tête, 
vingt prêtres à la tête rasée supportaient sur leurs 
épaules un immense pavois recouvert d une étoffe 



Digitized 



by Google 



"^ >"B^ ' 



44 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

richement brodée dont le tissu, retombant presque 
jusqu'au sol, les cachait aux yeux des spectateurs. Sur 
ce pavois, qui semblait ainsi s'avancer de lui-même, 
comme par une force surnaturelle, se dressait l'image 
dorée d'Amon, à la tête surmontée de deux longues 
plumes rigides. Autour du dieu, les desservants du 
temple tendaient vers lui des flabellum, grands 
éventails semi-circulaires surmontant une longue 
hampe, ou de lourds bouquets artistement édifiés, 
dans lesquels les nénuphars du Nil, roses, bleus et 
blancs, se mêlaient à des feuillages de myrte et de 
tamaris. 

D'autres prêtres, derrière, portaient, au moyen de 
longs bâtons passés sur leurs épaules, des crédences 
chargées des emblèmes mystiques de la divinité : 
cyprès en bois peint, fléaux d'ébène et d'or. Puis, 
dans une chapelle en bois recouvert d'or et de 
légendes hiéroglyphiques émaillées en toute couleur, 
on revoyait le dieu Amon debout au milieu d'un 
amoncellement de fleurs et d'offrandes. 

Des soldats marchaient ensuite, annonçant le pha- 
raon. Des musiciens les précédaient, rythmant leurs 
pas de leurs instruments bruyants. Les uns jouaient 
d'une trompette très courte et très aigué de son, ter- 
minée par un pavillon conique ; les autres frappaient 
de leurs poings de longs tambours en forme de ton- 



Digitized 



by Google 



PHARAON 45 

nelets étroits, attachés horizontalement devant eux 
au moyen d'une courroie passant derrière leur cou. 
Les soldats étaient coiffés d'une perruque à fines 
tresses serrées, entourée au sommet de la tête d'une 
étroite bandelette à laquelle étaient fixées, au-dessus 
des oreilles, deux plumes d'autruche divergeant obli- 
quement. Leur costume consistait en une ample jupe 
blanche sur laquelle se drapait étroitement un long 
manteau à petits plis gaufrés. Leurs pieds étaient 
chaussés de sandales à l'extrémité antérieure longue- 
ment recourbée en pointe, et leurs mains portaient, 
Tune une petite hache d'arme, l'autre différents 
attributs belliqueux. 

Enfin,desprêtres, marchant à reculons, encensaient 
Tair au devant du souverain, lequel était porté, sur 
un palanquin élevé, par douze des principaux chefs 
de son armée. 

Là surtout était, pour le peuple, tout Tattrait delà 
fête. Sur la route bleuie par les fumées d'encens 
s'avançait la lourde litière dans laquelle était assis le 
pharaon, sur un trône d'or dont le dossier était 
formé des statues d'Isis et de Nephthys, les deux 
déesses sœurs, qui, de leurs bras ailés abaissés de 
chaque côté du siège, soutenaient les coudes du roi. 
Sur sa tête étincelait un casque d'or enveloppé des 
replis d'une vipère à la gorge gonflée et dans ses 



Digitized 



by Google 



46 l'Egypte au temps des pharaons 

mains se dressaient un fléau et un bâton au bout 
arrondi en crochet, symboles de la domination et du 
pouvoir invincible. 

Puis des troupes encore, et des prêtres et, en der- 
nier lieu, pour clore le cortège, des serviteurs chargés 
d'escabeaux et d'escaliers portatifs devant permettre 
au pharaon de descendre de son trône sur le sol, à 
rentrée du temple. 

D'autres fois c'était, aux approches de la moisson, 
la fête du taureau sacré de Thèbes. L'animal mar- 
chait tout seul en tête. D'une blancheur immaculée, 
le cou orné d'une écharpe, il portait, supendu entre 
ses cornes, un disque solaire d'or surmonté de deux 
plumes. Puis le foi, à pied, tenait d'une main une 
faucille et de Tautre une gerbe qu'il venait de mois- 
sonner dans les champs sacrés d'Amon. Derrière, des 
prêtres donnaient la volée à quatre oiseaux, chargés 
d'aller annoncer au nord, au midi, à l'est et à 
l'ouest, la bonne réussite des récoltes. Enfin, d'autres 
prêtres suivaient, en nombre indéfini, portant des 
statuettes royales ou divines, des étendards, des 
symboles de toute sorte, quelques-uns ayant même 
sur leur face un masque de carton figurant une 
tête de bœuf, de vautour ou de cynocéphale, ani- 
maux symboliques des principales divinités égyp- 
tiennes. 



Digitized 



by Google 



^HARAON 



D'autres fois, c'était un cortège funèbre qui longeait 
la grande voie de Thèbes; on conduisait un pharaon 
à sa dernière demeure. Des vaches au corps peint de 
dessins mystiques tiraient un traîneau sur lequel 
reposait la momie royale, étendue entre les statues 
protectrices d'Isis et de Nephthys. La famille suivait, 
les femmes s'arrachant les cheveux, souillant leur 
visage delà poussière de la route qu'elles ramassaient 
à pleines mains et mêlaient en boue à leurs larmes. 
Puis le cercueil, placé sur une grande barque mor- 
tuaire à la voile lugubrement étalée, franchissait le 
Nil et bientôt disparaissait au loin pour toujours, sur 
l'autre rive, dans l'entassement des nécropoles éter- 
nellement voilées, comme d'un brouillard, par la 
fumée de l'asphalte en fusion dans lequel on plon- 
geait les momies... 

Le pharaon n'apparaissait d'ailleurs que bien rare- 
ment aux yeux de ses sujets, et toujours dans des 
occasions telles que l'on voyait seulement en lui un 
triomphateur traînant à sa suite mille princes captifs, 
ou un dieu dirigeant la fête d'un autre dieu de sa 
famille. 

Les Égyptiens connaissaient le plus souvent leur 
roi par son effigie. De gigantesques colosses de grès 
ou de calcaire le représentaient assis, dominant de 
haut les multitudes. Sur le corps d'un lion, symbole 



Digitized 



by Google 



4^ l'Egypte au temps des pharaons 

de la force inéluctable, les hauts sphinx portaient une 
tête humaine, qui était celle du pharaon. Les bas- 
reliefs des temples et des palais montraient le sou- 
verain en guerre, géant écrasant de sa massue des 
centaines d'ennemis figurés dix fois moins grands 
que lui. 

Partout le pharaon vainqueur, le pharaon dieu, le 
pharaon immense à côté des humains humiliés. Par- 
tout l'expression symbolique de son pouvoir illimité. 
Et les jours de fête où il passait au milieu de son 
peuple^ les yeux, accoutumés" à le voir sphinx de 
pierre aux griffes vigoureuses, continuaient presque 
malgré eux à le considérer encore comme une statue 
impassible et toute-puissante, dont un seul geste eût 
fait trembler la terre entière, et dont le soleil n'eût 
même pas fait cligner les paupières de granit. 



Digitized 



by Google 



IV 



. Lorsque, à la suite de longues recherches dans les 
inscriptions, de fouilles minutieuses dans tous les 
atlas de planches égyptologiques, et de visites fré- 
quentes dans les musées, on est arrivé à reconstituer 
l'existence d'un pharaon d'Egypte, lorsque Ton a 
appris la vérité historique sur ses exploits guerriers, 
que Ton connaît le nom de sa nourrice, la forme de 
ses bijoux et de ses armes, que Ton a même démail- 
lottésa momie, mesuré sa hauteur et regardé sa face 
de près, on reste rêveur en songeant à la différence 
qui devait exister entre la vie réelle de cet homme et 
l'idée que devaient s'en faire les Égyptiens. 

Pour nous, qui le connaissons maintenant d'après 
sa momie, Ramsès II est un personnage aux traits 
rudes, au front bas, aux yeux petits et rapprochés du 
nez, à la bouche démesurée et aux oreilles écartées ; 
tout dans sa physionomie dénote une très faible 

V. LoRBT, L'Egypte. 4 



Digitized 



by Google 



5l> L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

intelligence, voire même une certaine bestialité. 
Pour les Égyptiens d'autrefois, Ramsès II, c'était ce • 
sphinx campé superbement, au regard pensif et 
profond, au masque d'une beauté fière et irrépro- 
chable ; c'était ce colosse de granit assis devant le 
temple de Louqsor, drapé magnifiquement dans 
ses vêtements pharaoniques, portant haut le sceptre 
et coiffé de la couronne des deux terres. 

Nous connaissons par les textes les guerres asia- 
tiques de Ramsès II. Nous savons combien il eut 
de difficulté à traverser la Syrie, à échapper à un 
traquenard tendu par ses ennemis devant Qadesch. 
Nous savons qu'il ne put jamais dépasser le pays des 
Khéta, au pied du Taurus, qu'il dut rebrousser che- 
min après avoir signé un traité d'alliance, un peu par 
contrainte, et qu'il eut grand peine à se refrayer un 
chemin pour regagner les rives du Nil. Les Égyptiens, 
i ux, voyaient sur tous leurs temples d'immenses 
has-reliefs représentant un roi de grandeur colossale, 
hroyant comme des roseaux, d'un seul coup de sa 
massue, des centaines d'ennemis minuscules attachés 
en bottes. Des tableaux symboliques leur montraient 
vies combats sanglants, des emmêlements effroyables 
vïe chars et de chevaux avec, au centre, le pharaon 
c;ilme et vainqueur, protégé par le vautour sacré de 
son père Amon. Mille noms de localités emportées 



Digitized 



by Google 



PHARAON 51 

d'assaut étaient gravés en colonnes mterminables sur 
les soubassements des édifices. Leur roi, d'après les 
rapports officiels, était allé au bout du monde, avait 
parcouru tout ce qu'éclaire le soleil en sa course. 

Nous, modernes, nous voyons mieux les choses, 
et presque de plus près. Nous savons combien le 
Taurus était relativement peu éloigné de l'Egypte. 
Nous déchiffrons ces noms pompeux de nations 
asservies, et nous y reconnaissons de pauvres villages 
de Palestine, à peine habités. Et la légende triom- 
phale de Sésostris s amoindrit pour faire place à la 
simple réalité. 

Rechercher ce qu'était au juste tel monarque 
déterminé d'Egypte et examiner ensuite comment les 
Egyptiens devaient le considérer sera la meilleure 
manière de mettre en relief la toute-puissance des 
pharaons, et de montrer par quels prodiges de vo- 
lonté et d'habileté ils pouvaient, aidés par la religion, 
en imposer à un peuple soumis et hypnotisé. 

Le roi dont je veux retracer l'histoire, Aménophis 111, 
vivait au xviii* siècle avant notre ère. 11 régna vers 
la fin de la XVIIP dynastie et habita Thèbes. Grâce à 
une erreur de touriste grec, on le confondit avec un 
héros de la guerre de Troie. Une statue qu'il avait 
élevée au milieu de la nécropole thibaine fut consi- 
dérée comme un monument magique, qui chantait 



Digitized 



by Google 



52 l'Egypte au temps des pharaons 

tous les matins au lever du soleil : c'était Memnon 
rÉthiopien saluant l'Aurore sa mère. La légende 
grecque alla se développant, s'implantant sur 
les légendes égyptiennes, et Aménophis III nous 
est parvenu entouré d'une auréole de gloire et 
d'étrangeté. 

Aménophis III naquit de Touthmès IV, le septième 
souverain de la XVIIP dynastie, et de la reine Maut- 
em-ouaa*. Ce prince était Taîné de six frères. C'est 
dans sa ville natale, à Thèbes, qu'il fut élevé et qu'il 
passa sa jeunesse. 

Dans les palais pharaoniques se trouvait une partie 
intime, le hip, sorte de nursery anglaise, dans laquelle 
se tenaient les princes jusqu'à leur puberté. Là ils 
étaient soignés par tout un personnel de nourrices, 
de remueuses, de nourriciers, de gouverneurs. Cer- 
tains fils de grandes familles obtenaient la faveur de 
pénétrer dans le kip, d'y jouer avec les jeunes princes, 
d'y participer à leurs études et ne manquaient pas, 
dans la suite, de rappeler toujours, en tête de leurs 
titres officiels, l'honneur que leur avait fait le pharaon 
de les admettre dans le kip royal. 

Aménophis III y vécut avec ses frères et y reçut 
la visite de bien des enfants qui devinrent plus tard 

' V. p. 53. 



Digitized 



by Google 




LA REINE MAUT-EM-OÙAA 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



PHARAON 55 

de hauts dignitaires du royaume. Les noms de deux 
de ses nourriciers, Haq-er-heh et Haq-reshou, sont 
parvenus jusqu'à nous et Ton peut encore visiter à 
Thèbes la tombe du premier de ces personnages. 

A la mort de son père, qui ne régna que neuf ans, 
Aménophis III, encore jeune, hérita d'un immense 
empire, à raffermissement duquel avaient contribué 
son aïeul et son bisaïeul. Aussi pouvait-il se procla- 
mer, le jour même où il monta sur le trône, « sou- 
verain puissant dont les frontières s'étendent au midi 
jusqu'à Karou » — le pays des Gallas — « et au 
nord jusqu'à Naharina » — la Mésopotamie. 

Les nations du nord ne se révoltèrent pas à son 
avènement, comme elles en avaient l'habitude à 
chaque nouveau règne. Les nations du midi, sans 
organiser une grande révolte d'ensemble, obligèrent 
pourtant le roi à aller pacifier quelques rébellions 
partielles. Dans la cinquième année de son règne, il 
alla châtier des tribus voisines de TEgypte, au sud 
d*Éléphantine, et, après avoir mis tout à feu et à sang, 
il revint, laissant près de Syène deux stèles commé- 
moratives de ses victoires. Quelque temps après, il 
dut s'aventurer un peu plus loin sur le Nil. Le pays 
d'Abha, placé au sud de la seconde cataracte, s'était 
révolté. Aidé d'un gouverneur égyptien local, Méri- 
mès, auquel il conféra en récompense le titre de prince 



Digitized 



by Google 



^6 l'Egypte au temps des pharaons 

d'Ethiopie, Aménophis vint facilement à bout des 
rebelles. Il rentra à Thèbes, amenant avec lui sept 
cent quarante prisonniers vivants et trois cent douze 
mains coupées pendant la bataille. 

Telles sont les seules campagnes du roi; Améno- 
phis III, comme on le voit, eut plutôt à sévir qu'à 
asservir. D'ailleurs, il sut prendre du bon côté ces 
voyages forcés en Ethiopie. Un scarabée de porcelaine, 
tiré à un grand nombre d'exemplaires, nous apprend 
en effet que, pendant les dix premières années de 
son règne, Aménophis tua de sa main cent deux 
lions africains. Ce roi ayant été si passionné chasseur, 
on peut se demander si ce furent les révoltes des 
Nègres qui lui donnèrent l'occasion de chasser le 
lion, ou plutôt si ce ne furent pas ses chasses qui 
devinrent le motif de simples razzias, opérées en 
chemin. 

Le reste du règne d'Aménophis se passa dans la 
paix et dans le repos. Le roi fit édifier par tout le pays 
des temples et des sanctuaires, et il n'est presque 
pas de ville égyptienne qui ne renferme des souvenirs 
de sa munificence. Ce fut lui qui fonda à Thèbes le 
temple de Louqsor, agrandi plus tard par Ramsès II, 
et qui construisit la vaste allée de béliers dont nous 
avons parlé. Dans le Delta, à Eléphantine, en Ethiopie, 
d'importants monuments portent ses cartouches, et la 



Digitized 



by Google 



PHARAON 57 

plus lointaine ruine égyptienne que Ton trouve en 
remontant le Nil, presque au cœur de l'Afrique, date 
de son règne. 

Ce ne fut que dix ans après être monté sur le 
trône, lorsqu'il eut terminé ses combats et satisfait 
ses goûts de chasse à l'étranger, qu'Aménophis III 
songea à se marier. Les pharaons d'Egypte, depuis 
trois mille ans, n'avaient jamais épousé que des filles 
de sang royal. Aménophis avait le choix entre une 
quantité de cousines et de nièces. Des partis étran- 
gers vinrent même s'offrir à lui et Kirgipa, fille de 
Satarna, roi de Mésopotamie, fit à Thèbes, escortée 
de trois cent dix-sept suivantes, une visite qui n'avait 
évidemment d'autre but que de sonder le terrain au 
sujet d'un mariage. Princesses pharaoniques, prin- 
cesses asiatiques, Aménophis dédaigna tout pour 
épouser la plus humble de ses sujettes. 

Tii, celle qu'il choisit pour femme, était née, pro- 
bablement à Abydos, de parents sans fortune. Amé- 
nophis n'eut pas crainte de se mésallier ni de déroger 
aux coutumes sévèrement en honneur à la cour, Il 
aima Tii et fit un mariage d'amour, le seul que 
Ton connaisse dans toute l'histoire d'Egypte, ou du 
moins le seul dans lequel l'amour n'ait pas été mêlé 
d'un certain sentiment de convenance hiérarchique- 
Conscient de sa toute-puissance, Aménophis ne crai- 



Digitized 



by Google 



58 L*ÊGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

gnit pas de braver l'opion publique. II fit frapper un 
scarabée commémoratif que Ton retrouve aujourd'hui 
dans toutes les villes d'Egypte, et il y fit graver une 
inscription disant que lui, le roi fort, maître du monde 
depuis le Tigre jusqu'au centre de l'Afrique, épou- 
sait, en l'an X de son règne, Tii, fille de louaa et de 
Touaa. Jamais les pharaons n'avaient donné une telle 
importance ni une telle publicité à leur mariage. 
Jamais surtout aucun d'eux n'eût osé accoler ses fiers 
titres pharaoniques au nom vulgaire d'un simple 
particulier qui ne pouvait même pas, comme le pou- 
vaient neuf Égyptiens sur dix, se qualifier modeste- 
ment de scribe royal. D'un côté ces noms bourgeois, 
Tii, louaa, Touaa, de l'autre les cartouches du maître 
du monde : les Égyptiens durent éprouver un certain 
frémissement devant cette antithèse voulue, hardie 
et éloquente dans sa simplicité. 

Aménophis ne regretta pas son mariage, n*cut 
même pas de harem comme en avaient ses prédé- 
cesseurs et adora sa femme jusqu*à sa mort. Un an 
après son mariage, il offrit en don à Tii, dans le Delta, 
une grande ville, Djârou du Nord, dans laquelle il fit 
construire un vaste bassin d'une demi-lieue de long sur 
trois cents mètres de large, et il inaugura cette œuvre 
en y faisant avec sa femme une longue promenade, 
dans une embarcation étincelante d'or et d'émaux. 



Digitized 



by Google 



^fmt^ 



PHARAON ' 59 

Plus tard, il fit élever, en Ethiopie, à Sédéïnga, un 
temple aujourd'hui en ruine dont la déesse était la 
reine Tii. Elle y était représentée partout sous la forme 
d'Hâthor, la déesse égyptienne de la beauté et du 
plaisir, et Ton comprend la galanterie extrême qu'il y 
avait dans cette flatteuse assimilation. Enfin, dans 
tous les autres temples d'Egypte, la reine fut toujours 
figurée à côté du roi et son image était accompagnée 
du titre « l'épouse bien-aimée du pharaon, Tii ». 

Lorsqu'Aménophis mourut, après trente-six ans 
de règne, la reine, qu'il avait épousée toute enfant et 
qui lui survécut de longues années, fit faire à son 
iriari des funérailles splendides et fit semer le sol de 
sa syringe, avant qu'on la murât, de. statuettes en 
porcelaine bleue portant une dernière fois réunis les 
noms de Tii et d'Aménophîs. Ces statuettes ont été 
retrouvées, au commencement du siècle, par les 
membres scientifiques de l'Expédition d'Egypte, et 
chacun peut les voir dans les vitrines du Louvre. 



Digitized 



by Google 



V 



Telle est, sans tenir compte d'un certain nombre 
de faits appartenant à la politique intérieure du pays, 
l'histoire que les monuments égyptiens nous per- 
mettent de retracer du règne d'Aménophis 111. Cette 
histoire, en somme, est assez simple et banale, à part 
la teinte poétique dont vient l'agrémenter l'existence 
de la jeune et jolie Tii. Mais si nous la considérons 
comme devaient la considérer ses contemporains, si 
nous nous promenons à Thèbes et que nous par- 
courions les bas-reliefs du temps et leurs légendes 
descriptives, nous verrons combien Aménophis 
nous apparaîtra tout autre. 

L'histoire critique et froide nous apprend qu'Amé- 
nophis naquit de Touthmès IV et de Maut-em-ouaa. 
L'histoire, telle que nous la transmettent les peintures 
mystiques du temple de Louqsor, nous enseigne des 
choses bien plus compliquées et surnaturelles. Or, 



Digitized by VaOOQlC 



PHARAON 61 

c'est seulement cette histoire mystique que lisaient et 
en laquelle avaient foi les sujets d'Aménophis 111. 

Toute une salle du temple de Louqsor est consa- 
crée à la représentation de la naissance d'Anicno- 
phis. Le père du roi y est non pas Touthmès IV, mais 
le dieu Amon en personne. Touthmès y porte bien le 
titre de mari de Maut-em-ouaa, mais c'est Amon qui 
y exerce en réalité sur la reine les droits d'époux* Les 
bas-reliefs qui ornent cette salle forment une sorte de 
mystère religieux ou de féerie figurée, divisée en 
cinq parties, et comprenant vingt tableaux suivis 
d'une apothéose. 

Nous voyons d'abord le dieu Khnoum, fabricatcur 
des humains, modelant sur un tour à potier qu'il 
fait tourner du pied, le germe du futur prince ainsi 
que le germe de son ka, sorte de second corps qui lui 
sera intimement uni pendant sa vie et ne se distin- 
guera pas de lui, mais qui lui survivra après sa 
mort. Hâthor, la Vénus égyptienne, assiste Khnoum 
dans cette opération, qui est une sorte de cit ijtion 
divine précédant Tacte humain de la fécondation. 

Dans le tableau suivant, Khnoum vient annoncer 
à Amon que les germes d'Aménophis 111 et de son ha 
sont prêts. Amon reconnaît l'identité de son tlîs à 
venir et lui souhaite santé, joie et prospérité. 

Ensuite, Thoth, le messager et le secrétaire des 



Digitized 



by Google 



"^T 



62 l'Egypte au temps des pharaons 

dieux, vient, son rouleau de papyrus à la main, 
apprendre à la reine Maut-em-ouaa qu'elle a été 
choisie par Amon pour être la mère de son enfant. 

La scène suivante*, d'une hardiesse assez étrange, 
nous fait assister à la conception d'Améno'phis. Le 
dieu et la reine sont assis, étroitement serrés l'un 
contre l'autre, les mains jointes et caressantes, sur un 
lit que supportent les déesses Neith et Selk. Amon, 
comrne nous l'apprend la légende gravée derrière lui, 
se superpose en quelque sorte à la personnalité de 
Touthmès IV : « 11 se transforme en la Majesté de ce 
mâle, Touthmès IV. 11 trouve la reine couchée au 
milieu des splendeurs de son palais. Elle s'éveille, 
environnée de parfums divins; elle demeure en 
extase devant la Majesté d'Amon. Il s'approche d'elle 
pour la posséder; il se montre à elle dans son activité 
divine. Après qu'il s'est retiré d'auprès d'elle, elle 
reste en joie à la vue de ses splendeurs. L'amour 
du dieu circule en tous ses membres, le palais s'em- 
plit de parfums divins exhalant toutes les senteurs 
de l'Arabie. » Un dialogue termine la scène. La 
reine Maut-em-ouaa : « O dieu deux fois grand, 
toi dont l'action est deux fois excellente, dont les 
desseins sont deux fois [parfaits], tu as fait reposer 

i v. p. 63. 



Digitized 



by Google 




LA REINE MAUT-EM-OUAA ET LE DIEU AMON 



Digitized hy 



Google 



Digitized 



by Google 



PHARAON 65 

ton cœur sur ma Majesté ! Ta rosée s'est épandue en 
tous mes membres, et ta Majesté a fait de moi tout 
ce qu*elle a voulu. » Le dieu Amon répond : « Amé- 
nophis — c'est le nom de mon tîls — est en ton 
ventre. Apprends-lui, par les paroles qui sortiront de 
ta bouche, qu'il est destiné à exercer la royauté sou- 
veraine sur la terre en son entier, que mon âme est 
avec lui et que je lui lègue ma couronne afin qu'il 
gouverne TÉgypte aussi longtemps que vivra le 
soleil. » 

Dans le tableau suivant, Amon, sorti de chez la 
reine, annonce à Thoth que la reine Maut-em-ouaa 
est enceinte et lui ordonne de porter la nouvelle aux 
dieux. 

Amon et Touthmès IV sont ensuite en présence 
Tun de l'autre. Le dieu apprend au pharaon qu'un 
fils lui naîtra, lequel régnera sur toute la terre. 

La reine, enceinte, et Hâthor se présentent devant 
Amon. La déesse tient Maut-em-ouaa dans ses bras 
et lui parle bas à l'oreille. Elle lui dit que le dieu 
l'a ennoblie par son amour et qu'elle mérite la véné- 
ration des humains. 

Kknoum et Hâthor conduisent la reine vers la 
chambre d'enfantement en lui souhaitant joie et 
santé, et la glorifient d'avoir été choisie comme 
épouse par le dieu. 

V. LoRET, L'Egypte. 5 



Digitized 



by Google 



66 l'Egypte au temps des pharaons 

La reine, environnée d'un nombreux cortège de 
divinités, parmi lesquelles les dieux du Delta et de la 
Thébaïde, à tête de chacal et d'épervier, vient de 
mettre au monde Aménophis et son ka. Deux accou- 
cheuses lui soutiennent les bras, pendant que d'autres 
emportent les nouveau-nés. Le dieu difforme Bes et 
la déesse Ap, à tête d'hippopotame, divinités prési- 
dant à la musique et à la toilette, adressent leurs 
félicitations à Maut-em-ouaa. 

Deux déesses allaitent les nouveau-nés — Amé- 
nophis et son ka — qui sont représentés plus loin 
tétant aux mamelles de deux vaches sacrées. 

Neuf déesses, sortes de fées, présidant aux nais- 
sances et chargées de fixer d'avance la destinée des 
nouveau-nés, portent Aménophis et son ka sur leurs 
genoux. 

Hapi, le dieu du Nil, et Hekaou, le dieu de la fer- 
tilité, présentent les enfants à Horus, qui les conduit 
devant leur père Amon. 

Hâthor, assise, tient le prince sur ses genoux. 
Amon, debout devant elle, caresse le jeune enfant en 
lui disant : « Viens en paix, ô Aménophis, fils de 
mon ventre! » 

Amon tient le prince sur ses genoux. Hâthor et 
Maut, épouse ^d' Amon, debout devant le dieu, sou- 
haitent à son fils santé et joie. 



Digitized 



by Google 



IMIARAON 67 

Khnoum et Anubis, le sceptre en main, s'avancent 
vers les enfants et leur souhaitent de «c gouverner 
tout Tespace qu'encercle la course du soleil et de 
diriger les terres sous le fléau royal selon l'ordre de 
Râ lui-même ». 

Safekh, déesse des livres et des écrits, à qui deux 
déesses présentent Aménophis et son kay trempe son 
calame dans Tencre et leur écrit ses souhaits : «Je 
t'accorde des millions d'années. Je t'accorde de réunir 
toutes les plaines et d'assembler toutes les montagnes 
sous tes ordres. » 

Amon, assis sous l'ombrage de l'arbre sacré ashed, 
le sébestier officinal, écrit les noms du futur roi, 



sur deux fruits que lui présente Aménophis. 

Thoth vient annoncer la naissance du prince à la 
triple trinité de Thèbes, composée des divinités 
Mentou-Toum-Shou, Tafnout-Seb-Nout, Osiris-Isis- 
Horus. L'ennéade adresse au pharaon un souhait 
général, puis chaque triade prend la parole pour lui 
souhaiter force et puissance. 

Amon présente son fils, déjà adulte, aux divinités 
de la Haute, de la Basse et de la Moyenne-Egypte, 
qui lui adressent leurs souhaits. Puis les deux déesses 
Ouadjit et Nekhbit, symbolisant le Nord et le Sud, 



Digitized 



by Google 



68 l'Egypte au temps des pharaons 

viennent apporter au futur souverain les couronnes 
de la Haute et de la Basse-Egypte, /j et V. 

La dernière scène, sorte d'apothéose finale, présente 
un caractère plus symbolique que les précédentes. 
Sous un dais sont assis deux dieux, coiffés des cou- 
ronnes précédemment citées. Deux emblèmes de sou- 
veraineté, pourvus de jambes et accompagnés des 
cartouches et de la bannière d'Aménophis III, viennent 
prendre officiellement possession des sceptres de la 
Haute et de la Basse-Egypte. 

Telle est la manière dont Aménophis fit raconter 
sa naissance au peuple égyptien et celui-ci — qu'on 
ne s'y trompe pas — prit ces bas-reliefs non comme 
des dessins symboliques, mais comme la représen- 
tation de faits authentiques et avérés. 

Après la description de ces scènes pompeuses 
représentant Aménophis, filsd*un dieu, au milieu de 
toutes les divinités égyptiennes, on a peine à revenir 
à la réalité historique et à se figurer le jeune prince, 
élevé dans la nursery du palais de Touthmès IV, en 
compagnie de ses frères, sous la direction de Haq-er- 
heh et de Haq-reshou, et accueillant les fils des hauts 
fonctionnaires admis à partager les jeux et l'éducation 
du futur souverain. 

11 serait facile de multiplier l'énumération et la des- 
cription des monuments d'Aménophis III, de le mon- 



Digitized 



by Google 



PHARAON 69 

Irer figurant comme dieu à Napata, avec ses prêtres 
et ses musiciens spéciaux, de traduire la liste d'in- 
nombrables nations d'Afrique et d'Asie dont les noms 
sont gravés sur les soubassements du temple de 
Kôm-el-Hettân que domine le massif colosse de 
Memnon, de faire en un mot ressortir davantage l'or- 
gueil superbe de ce souverain qui, s'il sut se montrer 
original et personnel, s'il sut abandonner sans hésiter 
les traditions étroites de ses pères, ne put s'empêcher 
pourtantde rester pharaon dans l'âme et de chercher, 
par tous les moyens que mettait en son pouvoir le 
symbolisme religieux égyptien, à édifier les témoi- 
gnages les plus gigantesques de son altière omni- 
potence. 

Mais je pense que ce que nous avons dit suffira. 
Ce qui s'applique à un temple s'applique à tous les 
temples; ce qui s'applique à un prince s'applique à 
tous les princes. 

Tout pharaon était un Aménophis et tout pharaon 
a fait parler de lui en termes si hyperboliques, a laissé 
des monuments si hautains et des annales si fas- 
tueuses que, malgré nous, nous sommes presque 
portés à juger les rois de l'antique Egypte comme les 
jugeaient leurs sujets et que nous sommes vague- 
ment désillusionnés, quand nous ouvrons lears 
triples cercueils dorés et émaillés, de n'y trouver 



Digitized 



by Google 



70 l'Egypte au temps des pharaons 

qu'une momie anguleuse et étriquée, osant à peine 
croire que cette tête simiesque engluée de poix a 
porté autrefois la vipère d'or à la gorge gonflée, et 
que ces yeux aux paupières recouvertes d'une pelli- 
cule d'oignon ont pu faire baisser des milliers de 
fronts devant un seul regard. 

Voir la momie d'un roi d'Egypte, quand on vient de 
lire son histoire sur les monuments, est le plus grand 
contraste qu'on puisse rencontrer et la meilleure 
manière de se rendre compte de tout ce qu'il dut 
déployer d'adresse et de volonté pour se maintenir 
aux yeux de ses sujets dans une éclatante et éter- 
nelle auréole. Le prestige des pharaons, si soigneu- 
sement entretenu autrefois, perd de jour en jour 
son lustre devant la critique et laisse transparaître 
sa trame de ruses et d'habiletés. Les recherches 
scientifiques remettent chaque chose en sa place. 

Les fouilles égyptologiques ramènent Ramsès-le- 
Grand à la taille, déjà flatteuse, de i'",72, et la 
navrante réalité nous fait assister à ce bizarre voyage 
d'un puissant pharaon, constructeur d'une des plus 
grandes pyramides de la nécropole memphite, lequel, 
découvert en un caveau funèbre au fond de son mau- 
solée, fut amené au Caire dans un vulgaire fiacre, 
sous la forme d'une étroite momie enveloppée dans 
un numéro du Temps, et ne put entrer en ville, malgré 



Digitized 



by Google 



PHARAON • 71 

les protestations indignées du savant qui le transpor- 
tait, qu'après avoir été dûment pesé sur une bascule 
de Toctroi et s'être vu appliquer par d'inflexibles 
employés, en désespoir de cause et à la suite d'infruc- 
tueuses recherches dans le registre des tarifs, le droit 
d'entrée sur la morue salée ! 




Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



FAUNE ET FLORE 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



"^■iW 



FAUNE ET FLORE 



Qyatre sources d'informations nous permettent de 
reconstituer la faune et la flore de TEgypte au temps 
des pharaons : les spécimens conservés dans les 
nécropoles, les animaux et les plantes représentés sur 
les bas-reliefs, les renseignements fournis par les 
voyageurs classiques, les indications tirées des textes 
égyptiens. 

Comme nous le verrons plus loin, presque tous les 
animaux d'Egypte étaient considérés comme sacrés, 
les uns dans une ville, les autres dans une autre. 
Chaque dieu égyptien avait son animal symbolique 
qui était adoré avec lui dans son propre temple, fai- 
sait partie des processions religieuses, et, une fois 



Digitized 



by Google 



76 L 'EGYPTE AU TEMPS DES PHARAOHS 

mort, était enseveli en grande pompe dans un cime- 
tière spécial. Or, ces cimetières d'animaux sacrés ont 
été retrouvés en fort grand nombre. Les animaux 
étaient momifiés comme les humains, enfermés dans 
des sarcophages ou dans des récipients de terre, de 
sorte que nous possédons d'eux, non pas des sque- 
lettes, mais des corps la plupart du temps très bien 
conservés. 

Ce n'est pas seulement dans les hypogées d'ani- 
maux sacrés que l'on trouve ces momies, mais encore 
dans certaines tombes de particuliers. En effet, bien 
des personnes tenaient à faire ensevelir auprès d'elles 
les animaux familiers qui les avaient distraites durant 
leur vie. C'est ainsi que telle jeune princesse de la 
XX' dynastie fit placer, auprès de son propre sarco- 
phage, un sarcophage en forme de gazelle qui conte- 
nait le corps d'un animal de cette espèce. Les chats 
et les singes, plus rarement les chiens, se trouvent 
également dans les caveaux funèbres des particuliers. 

Mais c'est surtout dans les nécropoles sacrées 
qu'on trouve des momies d'animaux. 11 y en a de 
toute espèce. A Syout, l'ancienne Lycopolis, la 
montagne est percée^de mille trous dans lesquels 
sont enfouies des momies de loups. A Maabdeh, des 
millions de crocodiles desséchés sont ensevelis dans 
de vastes galeries souterraines, qu'aucun voyageur 



Digitized 



by Google 



^^fSS5^Trar?5 



FAUNE ET FLORE 77 

n'a pu encore explorer dans toute leur étendue, 
et qui renferment, à côté de grands crocodiles de 
deux ou trois mètres, des "^animaux plus jeunes, 
mesurant de vingt à trente centimètres seulement et 
liés par bottes de dix ou douze. Ailleurs, ce sont des 
bœufs, des moutons, des chats, des vautours, des 
ibis. On rencontre même de minuscules nécropoles 
consacrées à des scarabées et à des cantharides. 

Pour les plantes, ce sont d'autres raisons qui les 
ont fait conserver dans les tombes, car, quoi qu'en 
dise Bossuet, Toignon n'a jamais été adoré par les 
Égyptiens. Les défunts, qui devaient attendre durant 
bien des années la résurrection promise, avaient, 
pendant cette longue attente, besoin d'aliments. 
Aussi les Egyptiens déposaient-ils à côté de leurs 
morts des fruits, des légumes, des pains, quelquefois 
même des volailles et des gigots tout prêts à être mis 
en broche, mais momifiés toutefois, par précaution. 

Les momies étaient, dans leur cercueil, couchées 
sur des lits de fleurs fraîches, leur poitrine était ornée 
de guirlandes, leurs mains tenaient des bouquets; 
quelquefois, une abeille en train de butiner pendant 
la cérémonie funèbre se trouvait prise quand on re- 
fermait le sarcophage et Tune d'elles nous est arrivée 
presque intacts, après quatre mille ans, n'ayant de 
cassé que l'extrémité d'une aile. 



Digitized 



by Google 



78 l'Egypte au temps des pharaons 

On comprend combien nous possédons par ce 
moyen de fruits, de fleurs et de légumes. Mais les 
végétaux nous ont été également conservés d'autre 
manière. 

Les cercueils, les meubles funéraires sont en bois 
égyptiens ; les flûtes, les flèches, les hampes de lance 
sont en roseaux du Nil ; les nattes, les corbeilles sont 
fabriquées en feuilles ou en tiges de graminées; les 
tissus sont en lin, en coton, et l'analyse chimique de 
leur teinture nous révèle la présence d'indigo, de 
carthame. 

Les animaux momifiés ont été peu étudiés jus- 
qu'ici; ils ont, pour être admis dans les musées d'an- 
tiquités, le défaut d'être trop encombrants. Tout au 
plus trouve-t-on parfois, dans nos collections égyp- 
tiennes, un crocodile, un chat, un ibis, animaux 
décoratifs et locataires commodes à caser. Mais des 
bœufs, des moutons, des chacals, point de trace. 
Mariette découvrit soixante-trois momies de taureaux 
Apis adorés à Memphis. On les laissa au Sérapéum 
où Dieu sait ce qu'ils sont devenus, mais aucun d'eux 
n'est visible au musée de Boulaq qui n'est guère 
situé, pourtant, qu'à deux ou trois heures des ruines 
de Memphis. 

Les fleurs, les fruits et les légumes tiennent beau- 
coup moins de place; aussi les voit-on en grand 



Digitized 



by Google 



nmtwjnwiii—wii ' ^w wti..a ' ^tfM. ' J i i«giwijisMj niwii j iwiraw 




H 




PEINTURES ÉGYPTIENNES d'animaux 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



'^mr^ 



FAUNE ET FLORE 8l 

nombre dans les vitrines du Louvre ou du British 
Muséum. Les anciennes plantes de TÉgypte ont même 
fait le sujet d'études fort intéressantes de Schwein- 
furth, qui a préparé, pour le Musée de Boulaq, un 
fort riche herbier pharaonique dans lequel les plantes, 
après avoir été décroquevillées au moyen de l'eau 
tiède, ont été étalées sur le papier et scientifiquement 
étiquetées de leurs noms botaniques. 

Si Ton trouve, dans nos collections, plus de végé- 
taux que d'animaux, on trouve, par contre, sur les 
bas-reliefs égyptiens^ bien plus d'animaux que de 
plantes. La chose se conçoit aisément. Les fleurs sont 
parfois figurées en bouquets; quelques arbres et 
quelques plantes font partie de paysages — mais les 
Égyptiens étaient peu paysagistes et préféraient repré- 
senter les intérieurs; — des fruits et des légumes 
sont peints parfois dans les amoncellements d'of- 
frandes. Mais ces représentations ne sont pas nom- 
breuses et, de plus, les caractères botaniques des 
arbres ou des fleurs n'y sont la plupart du temps que 
fort sommairement indiqués. Les fleurs sont bariolées 
de couleurs prises au hasard de la palette ; les arbres 
sont ordinairement des cônes verdâtres à tronc brun, 
rappelant les arbres en sapin de nos bergeries d'en- 
fants. 11 y a certes quelques exceptions, mais elles 
sont relativement rares. 

V. LoRBT, L'Egypte. 6 



Digitized 



by Google 



82 l'Egypte au temps des pharaons 

Au contraire, les animaux sont fréquemment repré- 
sentés en compagnie de l'homme. Ce sont des scènes 
de chasse, dans lesquelles nous voyons défiler tous 
les animaux sauvages qui vivaient sur les bords du 
Nil ou dans les déserts. Parfois, ce sont des repré- 
sentations champêtres, des intérieurs de fermes, la 
récolte, la rentrée du blé; là nous trouvons la 
plupart des animaux domestiques connus des anciens 
Egyptiens. D'autres fois, ce sont des scènes familiales, 
qui nous présentent des animaux plus liés avec 
Thomme, tels que le chien, le chat, le singe, que 
Ton élevait dans les maisons par agrément ou par 
utilité. En un mot, il est presque permis d'affirmer 
que la faune de TEgypte ancienne se trouve repré- 
sentée entièrement sur les monuments et que les 
peintres égyptiens se sont chargés en quelque sorte 
d'illustrer d'avance le livre de qui voudrait dresser 
le catalogue de leurs animaux pharaoniques. 

Et qu'on ne s'imagine pas que ce soient des 
illustrations enfantines et maladroites. Les peintres 
égyptiens excellaient dans l'art d'observer et de 
rendre. Leurs animaux sont scrupuleusement dé- 
taillés, l'allure et le mouvement en sont soigneu- 
sement exprimés, et des colorations habilement 
employées achèvent de faire de ces peintures des 
planches dont beaucoup de nos atlas d'histoire natu- 



Digitized 



by Google 



FAUNEETFLORE 83 

relie auraient bon droit d'être jaloux. Je n'en veux 
donner comme exemple que la figure de deux ani- 
maux copiés dans une sépulture de la XII* dynastie, 
dont le premier représente une espèce d'oryx (Addax 
nasomaculaius), et Tautre un bubale (Alcelaphus 
Bubalisy, 

Examiner des squelettes d'animaux ou des plantes 
desséchées, comparer ces restes avec des représenta- 
tions antiques, tels sont les deux plus importants 
moyens d'étude qui se présentent à qui veut recon- 
stituer sûrement la faune et la flore égyptiennes d'au- 
trefois. Grâce à ces deux ordres de documents, nous 
pouvons dresser la liste scientifique des animaux 
et des plantes que possédaient les Egyptiens. Mais 
il est utile en outre de connaître les mœurs de 
ces animaux, de savoir à quels usages étaient em- 
ployées ces plantes, d'en pouvoir donner les noms 
égyptiens. 

C'est ici que les écrivains grecs et les textes égyp- 
tiens viennent à notre secours. Hérodote, Diodore, 
Strabon décrivent les animaux et les plantes qui 
les ont frappés par leur étrangeté. Des naturalistes 
comme Aristote et Elien, des botanistes comme 
Théophraste ou Dioscoride ajoutent aux descriptions 

1 v. p. 79. 



Digitized 



by Google 



84 l'Egypte au temps des pharaons 

pittoresques de ces voyageurs des renseignements 
plus scientifiques. Enfin, les textes égyptiens nous 
citent les noms locaux des représentants du règne 
animal et du règne végétal et complètent pour nous 
les indications fournies par les touristes grecs. 

Comme on le voit par ce qui précède, ce n'est pas 
d'après de vagues affirmations, mais bien d'après 
des sources sûres que Ton peut étudier les animaux 
et les plantes de l'antique Egypte. 

Pour les animaux, ce genre de travail a jusqu'ici 
peu tenté les savants, et ce n'est qu'en réunissant un 
certain nombre d'études partielles que l'on peut arri- 
ver à composer une liste, à coup sûr incomplète, des 
animaux égyptiens d'autrefois. 

Pour les plantes, au contraire, de nombreuses 
recherches ont été faites par nos plus grands bota- 
nistes, tels que C. Kunth, F. Unger, A. Braun, 
G. Schweinfurth, ou par des égyptologues comme 
F. Chabas et C. Moldenke, et j'ai pu moi-même, il 
y a un an, publier sous le titre de Flore pharaonique 
une étude d'ensemble sur les plantes connues des 
anciens Égyptiens. 



Digitized 



by Google 



II 



Si nous voulons procéder par ordre chronologique, 
les deux animaux que nous aurons à citer en premier 
lieu sont certainement le crocodile et Thippopotîime. 
Ce sont eux, en effet, que Ton trouve représentés 
dans les scènes de chasse les plus anciennes qui or- 
nent les tombes d'Ancien empire dans la nécropole 
de Memphis. Ces deux animaux ont disparu aujour- 
d'hui de l'Egypte et ne se retrouvent plus qu'au midi 
de la première cataracte. Pourtant l'hippopotame ha- 
bitait encore les marais de Damiette au xvii* siècle et 
le crocodile, que Ton trouvait en abondance dans le 
Delta à la même époque, a remonté le Nil peu à peu ; 
mais on peut encore, par exception, le rencontrer 
aujourd'hui dans les environs d'Assouan. 

L'hippopotame, qui infestait les marais du Delta, 



Digitized 



by Google 



OT, 



86 l'Egypte au temps des pharaons 

restait tout le jour caché dans les roseaux et gagnait, 
la nuit, les champs cultivés dont il dévorait les cé- 
réales, brisant et foulant aux pieds ce qu'épargnait 
sa voracité. Aussi les cultivateurs de l'ancienne Egypte 
lui faisaient-ils une chasse acharnée. 

Montés sur de légers bateaux de papyrus, ils tra- 
quaient l'animal, l'entouraient d'un infranchissable 
cercle d'embarcations, et lui lançaient de loin de so- 
lides harpons de fer attachés à de longues cordes en- 
roulées sur des bobines. L'hippopotame, blessé de tout 
côté, se dérobait, se sauvait sous Teau ; quand il avait 
perdu bien du sang par ses blessures et que les cordes, 
ne se dévidant plus, indiquaient sa lassitude, on le 
tirait vers les barques et, aussitôt qu'il apparaissait, 
on l'achevait à coups de lance. 

La chair de l'hippopotame, très dure et très coriace, 
n'était pas mangeable ; aussi était-ce surtout pour le 
détruire qu'on le chassait. Sa peau servait cependant, 
comme aujourd'hui, à faire des fouets et des jave- 
lines. Le nom de l'hippopotame était khab ou dab et 
cet animal n'était sacré, au dire d'Hérodote, que dans 
le nome paprémite. 

Le crocodile, que Ton rencontrait par toute l'Egypte, 
était consacré au dieu Sébek et adoré principalement 
à Thèbes et sur les bords du lac Mœris. Mais, si les 
habitants de la Haute-Egypte, qui n'avaient rien à en 



f • 



Digitized 



by Google 



ISPPWfPF 



FAUNEETFLORE 87 

craindre, respectaient cet animal, les habitants du 
Delta, qui se trouvaient constamment en contact 
avec lui à cause des nombreux canaux et marais dont 
est sillonnée cette partie du pays, ne se privaient pas 
de lui livrer de terribles combats. 

Pour le chasser, on lui tendait des hameçons dissi- 
mulés sous de la viande de porc. Quelquefois en le 
tuait comme Thippopotame, avec des harpons, ou bien 
encore on le prenait dans de vastes et lourds filets. En 
somme, le crocodile n'est pas un animal extrêmement 
dangereux. Il s'eflfraie au moindre bruit et se sauve 
devant ceux qui ont le courage de l'attaquer, ne se me- 
surant qu'avec les faibles animaux ou avec les hommes 
qui font montre de crainte à son approche. Aussi les 
Égyptiens en faisaient-ils un symbole de la lâcheté et 
voyaient-ils en lui une forme animale du démon Set. 
C'est pourquoi, à certain jour de l'année, on lui faisait 
une chasse générale par toute TEgypte, le détruisant 
par milliers et mangeant sa chair, moins par goût 
d'ailleurs que par vengeance et fanatisme. 

Les crocodiles sacrés du lac Mœris étaient si bien 
apprivoisés qu'on leur mettait des colliers au cou, des 
périscélides aux pattes, et qu'on les faisait venir^ par 
un simple cri, d'un bout du lac à l'autre pour leur 
tendre des gâteaux ou des morceaux de viande appor- 
tés par des visiteurs dévots. 



Digitized 



by Google 



88 l'Egypte au temps des pharaons 

A Tentyris, au contraire, les crocodiles étaient con- 
sidérés comme des ennemis personnels d'Hâthor, la 
déesse locale, et les habitants de cette ville avaient, 
dans le monde entier, la réputation d'être reconnus au 
flair par les crocodiles et d'être fort redoutés d'eux. 
Leur habitude de chasser tous ceux de ces animaux 
qui s'aventuraient dans les eaux du nome tentyrite 
leur donnait, en effet, une hardiesse extraordinaire. 
Ils se baignaient dans le Nil, sans crainte, auprès des 
crocodiles, les évitant en nageant comme pour se 
jouer, leur sautant sur le dos, leur tendant par plai- 
santerie un court bâton pointu des deux bouts dont 
l'animal, en voulant l'avaler avec le bras qui le tenait, 
se perforait et s'enclouait naïvement les deux mâ- 
choires. Lorsque, sous les empereurs, on fit trans- 
porter par curiosité des crocodiles à Rome, on ne 
manqua point de les faire toujours accompagner par 
des habitants de Tentyris, qui seuls pouvaient les 
nourrir et s'en faire obéir. 

Les noms égyptiens du crocodile étaient souq et 
msah, mot qui nous a été conservé dans le nom du 
Lac Timsah, sur l'isthme de Suez. 

Le lion, nommé ma en égyptien, — le nom de la 
lionne est labou — vivait dans les déserts avoisinant 
l'Egypte. Très commun dans le pays sous l'Ancien 
empire, il recula peu à peu vers le sud, mais assez 



Digitized 



by Google 



FAUNE ET FLORE 89 

lentement toutefois pour que Tempereur Hadrien ait 
pu encore en chasser, au dire d'Athénée, dans les 
environs d'Alexandrie. On le tuait ordinairement à 
coups de flèche, et les bas-reliefs représentant ce 
genre de chasse sont assez nombreux. Ordinairernent, 
ce sont les pharaons qui sont figurés chassant le lion ; 
cet animal était leur proie favorite et nous savons que, 
pendant les dix premières années de son règne, Amé- 
nophis m en tua cent deux de sa main. 

Le lion fut apprivoisé de bonne heure. Les bate- 
leurs du temps des Pyramides en offraient, enfermés 
dans des cages, à la curiosité de leurs contemporains. 
On employait parfois cet animal à la chasse aux ga- 
zelles. Ramsès II possédait même un lion, du nom de 
Anta-m-nekht, qui l'accompagnait à la guerre et, se 
précipitant dans les mêlées, goûtait aux nations étran- 
gères avec entrain et conviction. 

Le lion était spécialement adoré à Léontopolis, où 
il symbolisait la divinité solaire. De même, à Héliopo- 
lis, un lion vivait dans le temple du Soleil. 11 y était 
nourri de viandes recherchées, on accompagnait ses 
repas de mélodies sacrées, et souvent, pour donner 
satisfaction à ses instincts de carnage, on enfermait 
en sa compagnie quelque animal vivant que de nom- 
breux spectateurs se plaisaient à le voir poursuivre et 
dévorer. 



Digitized 



by Google 



\''^i...i 



90 l'Egypte au temps des pharaons 

La panthère, en égyptien abi, et le léopard, en égyp- 
tien basou, étaient fréquemment chassés, surtout dans 
les pays éthiopiens. Leur peau, outre qu'elle servait à 
former des tapis et à recouvrir des sièges, était très 
recherchée pour le culte égyptien. En effet, la partie 
•distinctive du costume de certains prêtres, entre au- 
tres du grand-prêtre de Ptah à Memphis, était une 
peau de panthère dont la tête s'attachait à la boucle 
•de ceinture, tandis qu'une patte retombait sur la poi- 
trine, par-dessus une épaule. On voit souvent, dans 
les bas-reliefs, ces animaux amenés en laisse par les 
Nègres prisonniers de guerre des Égyptiens. 

La hyène, hati, le loup, ounsh, le chacal, sab, se 
rencontraient par toute TÉgypte. Le loup était adoré 
de préférence à Lycopolis. Quant au chacal, hôte or- 
dinaire des nécropoles, il symbolisait Anubis, le dieu 
•des morts, et était généralement respecté par tous les 
Égyptiens. 

L'éléphant, âb, et Tours blanc de Syrie, dabi\ sont 
<juelquefois représentés au milieu des animaux ame- 
nés vivants d'Asie par les soldats égyptiens. Touth- 
'mès II chassa l'éléphant dans les environs de Ninive 
et nous a laissé le récit de ses chasses, dans lesquelles 
il tua cent vingt pièces. Mais si les Égyptiens connais- 
saient l'éléphant d'Asie grâce à leurs grandes guerres 
de la XVIII* et de la XIX' dynastie, ils connaissaient 



Digitized 



by Google 



1 



FAUNEETFLORE 91 

depuis de longs siècles l'éléphant d'Afrique, dont ils 
tiraient Tivoire, très employé en ébénisterie. Parmi 
les redevances qu'envoyaient en Egypte les princes 
d'Ethiopie se trouvaient surtout des défenses d'élé- 
phant. 11 est même probable que cet animal vécut, 
sous les premiers pharaons, dans le midi de l'Egypte, 
car c'est de son nom que fut dénommée l'île d'Élé- 
phantine, dont l'expression hiéroglyphique s'écrit au 
moyen de la figure d'un éléphant. 

Enfin, parmi les animaux que l'on rencontre dans les 
scènes de chasses, il faut encore citer le sanglier, le 
hérisson (Erinaceus auritus), le petit lièvre à longues 
oreilles nommé oun dans les inscriptions, le renard, la 
mangoustc( l^îverra Ichneumon), qui dévorait les œufs 
d'oiseau et de crocodile, l'autruche, que l'on chassait 
activement en Ethiopie et dont les plumes et les œufs 
étaient très recherchés, les œufs soit pour Taliment:!- 
tion, soit pour l'acclimatation, les plumes pour les 
éventails et pour les coiffures de certains hauts digni- 
taires de l'armée. 

Mais ce sont surtout les animaux du genre antilope 
que Ton voit représentés dans les peintures de chasse 
égyptiennes. Ces animaux vivaient par troupes nom- 
breuses entre les collines qui bordent l'Egypte et les 
plaines cultivées qui longent le Nil. L'ibex, neraoïf, 
Toryx, ma-houdj, le moufflon, abou, le bubale. 



Digitized 



by Google 



92 l'Egypte au temps des pharaons 

sbesaoUf la gazelle, gabsi, l'addax, noudou, le cerf, 
banen, étaient bien plus nombreux autrefois en Egypte 
qu'ils ne le sont aujourd'hui. Je ne sais même si tous 
ces animaux existent de nos jours sur les bords du 
Nil, mais presque tous sont encore mentionnés par 
Prosper Alpin, qui visita ce pays en 1580. Le cerf, 
entre autres, s'y rencontrait en abondance et sa chair 
était très estimée, ainsi qu'il nous l'apprend au 
livre IV, chapitre ix, de ses Rerum œgyptiarum libri 
quatuor. 



Digitized 



by Google 



^^^m^. 



m 



Si, des animaux sauvages, nous passons à Tétude 
des animaux domestiques, nous trouvons dans les 
bas-reliefs de l'Ancien empire de quoi satisfaire ample- 
ment notre curiosité. Les scènes agricoles abondent 
en effet dans les tombes des premières dynasties, 
époque pendant laquelle les Egyptiens, qui n'avaient 
pas encore à se défendre contre les invasions étran- 
gères, vivaient la vie paisible des champs. Les richesses 
des gens aisés de l'époque des Pyramides consistaient 
surtout en troupeaux, et les propriétaires des masta- 
bas de la nécropole memphite ne manquaient pus 
d'énumérer longuement leurs biens sur les parois de 
leur dernière demeure. 

Les trois animaux que Ton trouve figurés sur les 
monuments les plus anciens sont le taureau, le bélier 
et le bouc. 



Digitized 



by Google 



94 l'Egypte au temps des pharaons 

Le taureau, dont le nom Egyptien est aoua, — la 
vache se nomme ahit et le veau bahes — semble avoir 
existé à Tétat sauvage dans la vallée du Nil, car on 
voit souvent des scènes de chasse dans lesquelles il 
est représenté pris au lasso. Le taureau paraît avoir 
été le premier animal sacré des Égyptiens. Le bœuf 
Apis était en effet adoré à Memphis et Ton trouve dans 
les plus anciens textes des traces de son culte. A 
Héliopolis, on adorait également un taureau noir qui 
était consacré au dieu solaire et se nommait Mnévis. 
Enfin, les habitants d'Hermonthis vénéraient un 
taureau du nom de Bakis. 

On voit souvent, dans les bas-reliefs, des combats 
de taureaux. Ce ne sont ordinairement que des scènes 
de la vie de ferme, mais Strabon affirme que, dans le 
temple de Ptah à Memphis, on donnait fréquemment 
au peuple le spectacle de combats de taureaux et que 
Ton dressait des animaux à ce genre d'exercice. 

Outre le taureau, les Egyptiens élevaient encore 
dans leurs herbages le bœuf zébu des Indes et le 
buffle, si commun aujourd'hui en Egypte. 

Le bélier, nommé en égyptien sraou, et le bouc, 
nommé ba, étaient l'objet de grands soins de la part 
des Egyptiens. Le premier, consacré à Amon, était 
surtout adoré à Thèbes ; le second, attaché au 
culte d'Osiris, était vénéré à Mendès. 



Digitized 



by Google 



-Wï^r^rf^-^. 



FAUNE ET FLORE 95 

. A côté de ces animaux, les Égyptiens élevaient dans 
leurs fermes, ce qui pourra paraître surprenant, une 
certaine quantité d animaux appartenant au genre 
antilope, tels que le bubale, l'addax, le beisa, le dorcas, 
le kobe, la gazelle, le défassa. Ces animaux étaient 
conduits par troupeaux au pâturage, on les enfermait 
le soir dans des étables et leurs gardiens leur don- 
naient de temps en temps des remèdes sous forme de 
pâtée. Du reste, Télevage des antilopes ne semble 
avoir été florissant que sous les premières dynasties. 
On ne les trouve plus représentés, du moins comme 
animaux domestiques, dans les tombes postérieures 
à l'invasion des Hyqsos. 

L'âne, nommé âa, appartenait à la même espèce 
que Ton voit aujourd'hui au Caire. Petit, svelte et 
léger, il était employé à transporter les gerbes. Sou- 
vent même il servait de monture et, sur un bas- 
relief de Gizéh datant de la IV' dynastie, on voit deux 
ânes portant entre eux une sorte de chaise suspen- 
due dans laquelle se prélassô un haut fonctionnaire 
du Delta. L'âne était -consacré, on ne sait pourquoi, 
au dieu Set, divinité symbolisant le mal. Élien nous 
assure que c'est parce que son cri ressemble au son 
de la trompette, l'instrument des guerres et des 
tueries. 
Quant au cheval, nommé sisoum, il n'apparaît sur 



Digitized 



by Google 



96 l'Egypte au temps des pharaons 

les monuments et dans les inscriptions qu'à partir de 
la XVIll® dynastie. II est certain que ce furent les 
Hyqsos qui l'amenèrent d'Asie avec eux et le firent 
connaître aux Égyptiens. Cet animal, en effet, n'a 
en égyptien d'autre nom que celui que lui donnaient 
les peuples sémitiques. On trouve bien, il est vrai, dans 
les inscriptions hiéroglyphiques, un autre nom, pure- 
ment égyptien, servant à désigner le cheval, mais ce 
nom, betra^ dérive du verbe beter signifiant « atteler 
par paire » et n'est pas un nom spécifique. Le cheval, 
en effet, ne fut jamais monté par les Egyptiens. On 
l'attelait seulement, par couple, aux chars de guerre. 
On ne trouve sur les monuments égyptiens, à part 
ceux qui représentent des soldats de race asiatique, 
que deux représentations de cavaliers, et encore ces 
deux représentations, ornant les temples d'Esnéh et 
d'Ëdfou, sont-elles de l'époque gréco-romaine. 

Cest vers la même époque, sous les Ahmes- 
sides, que Ton trouve pour la première fois repré- 
senté le porc sur les monuments. Doit-on en conclure 
que cet animal fut également importé d'Asie ? Je ne 
le crois pas. II a un nom purement égyptien, il en a 
même deux, rira et sbaa, et ces noms se rencontrent 
dans divers chapitres d'un livre religieux dont l'ori- 
gine est aussi ancienne que celle des Égyptiens. Seu- 
lement, le porc jouait dans la religion égyptienne un 



Digitized 



by Google 



FAUNE ET FLORE 97 

rôle peu sympathique; c'est à sa gloutonnerie que 
l'on attribuait la décroissance de la lune dont on 
l'accusait de dévorer chaque nuit une partie. Aussi le 
porc était-il un animal impur ; les prêtres ne pouvaient 
manger sa chair, les Égyptiens n'y goûtaient que 
lorsqu'on en immolait à la Pleine lune, et les porchers 
formaient une classe séparée de la société, ne pou- 
vant se marier qu'entre eux et se voyant refuser 
l'entrée des temples. L'élevage du porc avait pourtant 
une certaine importance, n'eût-ce été qu'en qualité de 
victime vouée aux autels, et Ton trouve àThèbes des 
représentations de troupeaux de porcs suivis de leurs 
porchers. 

Si les étables égyptiennes contenaient beaucoup 
de mammifères, les basses-cours ne renfermaient pas 
moins d'oiseaux de toute espèce. Les oies, sa, les 
canards, terp, sont représentés sur les plus anciens 
monuments et leurs formes variées, ainsi que les 
cinq ou six noms divers, rou, sar, houdj, hâp, khepit, 
qu'ils portent dans les inscriptions, nous prouvent 
qu'il en existait de plusieurs sortes. Les pigeons, men, 
étaient également très nombreux. 

La poule, fait assez curieux, ne paraît pas avoir été 
connue des anciens Egyptiens. On ne la trouve pas 
représentée en peinture, on ne la rencontre pas 
embaumée dans les tombes, et, jusqu'ici, aucun mot 

V. LoRBT, L'Egypte. j 



Digitized 



by Google 



98 l'Egypte au temps des pharaons 

hiéroglyphique n'a été reconnu dans les textes 
comme désignation de cette espèce. Plutarque, pour- 
tant, nous apprend que Ton sacrifiait à Anubis des 
coqs blancs et safranés (Isis et Osiris, 61), mais 
peut-être fait-il erreur, car il semblerait impossible 
qu'aucune trace de cet animal ne fût venue jusqu'à 
nous s'il existait réellement en Egypte. 

Les pélicans, hami, les cygnes, âq, et les grues de 
Numidie, djaît, sont souvent figurés dans les scènes 
de basse-cour. Peut-être les deux premiers de ces 
animaux n'étaient-ils que décoratifs, bien qu'un per- 
sonnage de l'Ancien empire se vante d'avoir possédé 
mille deux cent vingt-cinq cygnes blancs, ce qui paraît 
beaucoup pour un simple animal d'agrément ; mais 
les grues de Numidie, au contraire, étaient conduites 
aux champs, réunies en troupes nombreuses, et cher- 
chaient leur nourriture à terre, sous la conduite d'un 
pasteur qui les ramenait dans les rangs à coups de 
bâton aux jambes. 

Tels sont à peu près tous les animaux qu'élevèrent 
les ÉgyptienSrIl reste pourtant à mentionner quelques 
espèces que l'on gardait dans les maisons, soit par 
utilité, soit par plaisir. 

Les chasseurs contemporains des Pyramides se 
faisaient accompagner à la chasse par un grand nombre 
de variétés de chiens, 'ouahr. Ils employaient même 



Digitized 



by Google 



éumt 



■érejïi* 
par" 

ne 



LlHHk. 



Digitized 



by Google 




PAPYRUS FUNERAIRE DR 



Digitized 



by Google 



m 







R LA R^IN£ RA-MA-KA 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



. FAUNE ET FLORE IO3 

la hyène tachetée (Hyœna striata) à cet usage, ainsi 
que le lion, comme on l'a vu plus haut. Vers la 
XIP dynastie semble apparaître le chat, miaou, que 
Ton emmène pendant quelques siècles à la chasse, 
lui aussi, mais qui finit bientôt par devenir un simple 
commensal du logis dont Tunique occupation est 
d'amuser ses maîtres et de détruire les rats, pennou. 

Deux espèces de singe partageaient avec le chat 
Thonneur d'être admis dans Tintérieur des habita- 
tions. L'un, nommé aâni, est toujours peint en vert ; 
c'est le cynocéphale ou grand singe à tête de chien. 
L'autre, nommé gafiy est toujours peint en jaune; 
c'est le cercopithèque. On amenait ces animaux soit ' 
directement de l'Ethiopie, soit de l'Arabie et des côtes 
africaines avoisinantes, par l'intermédiaire des cara- 
vanes de Coptos. 

Parmi ces différents animaux, Toie seule et le chat 
étaient consacrés à des divinités. L'oie symbolisait le 
dieu Seb, créateur de la matière ; le chat, ou plutôt la 
chatte était vénérée dans les sanctuaires de Sekhet, la 
déesse solaire. Le chat, à cause de ses habitudes de 
propreté, était souvent représenté en sculpture ou en 
peinture sur les objets de toilette ; miroirs, étuis à 
fard, boîtes à collyre, vases à parfum étaient ordi- 
nairement décorés d'une figure de cet animal. 

Il nous reste, enfin, pour clore la liste des animaux 



Digitized 



by Google 



104 l'Egypte au temps des pharaons 

connus des anciens Égyptiens^ à mentionner les plus 
communs de ceux que I on trouve représentés dans 
les bas-reliefs ou cités dans les inscriptions et qui 
n'étaient ni chassés ni domestiqués. 

La loutre, la belette, le loir, le girafe, sir, sont sou- 
vent nommés dans les textes» L'ours même est rangé 
par Hérodote au nombre des animaux sacrés de 
rÉgypte. 

Parmi les oiseaux, on rencontre fréquemment la 
figure de la cigogne, merourit, de la foulque bleue, 
ouâhtt, du héron gris, de la spatule blanche, de la 
grue, de Tibis, bibi, de la caille, de la huppe, ânbou- 
bit, du grèbe, deb, de l'hirondelle, bénit ^ du pluvier, 
de la colombe, our, du vanneau épineux, tentt de 
Tavocette, djemSt de l'alouette à crête ou cochevis-Les 
rapaces étaient fort nombreux ; vautours, neraou, 
éperviers, bak, aigles, âkhem, milans, tint, planaient 
surThèbesel sur Memphis comme ils planent aujour- 
d'hui sur le Caire. Le vautour et Tépervier étaient 
consacrés à Maut et à Horus, les deux grandes divi- 
nités thébaines ; Tibis était Toiseau sacré de Thoth, 
dieu des belles-lettres adoré à Hermopolis. 

Il resterait trop à dire si Ton voulait énumérer les 
poissons, les reptiles, les batraciens, les insectes dont 
les monuments nous apprennent l'existence en 
Egypte. Je nommerai seulement, pour teiminer cette 



Digitized 



by Google 



^ FAUNEETFLORE IÙ$ 

courte étude de la faune pharaonique, le céraste, af, 
>' petit serpent cornu consacré à Amon, l'aspk, ârâït, 

qui était le symbole de la puissance royale et qui or- 
.' naît le diadème des pharaons, le latus, le lépidote, 
i^ l'oxyrrhinque, poissons consacrés à diverses divinités^ 
I et enfin le scarabée, khepra, image de la création et de 
' la résurrection, dont la figure revient mille fois dans 
I les hiéroglyphes et orne le fronton de presque tous les 

temples d'Egypte. 



Digitized 



by Google 



^i^i^W 



IV 



Les deux plantes nationales de l'Égypte^ceUes qui, 
dans récriture hiéroglyphique, symbolisent les deux 
parties du pays, le Delta et la Thébaïde, étaient le 
papyrus et le lotus. Il n'est pnsde peinture décorative 
égyptienne dans laquelle n'interviennent ces deux 
plantes. Tantôt leurs figures alternées forment plinthe 
le long des parois d'une salle ; tantôt h fleur du lotus 
et le capitule du papyrus sont sculptés en grand dans 
la pierre et placés, en guise de chapiteaux, au sommet 
des colonnes ; sur les meubles^ surtout aux côtés des 
sièges des statues, on se plaît à représenter ces deux 
plantes dont les feuilles et les fleurs emmêlées sym- 
bolisent Tétroite union de la Basse et de la Haute- 
Egypte ; enfin, partout où Ton a à exprimer Tidée du 
nord et du sud, on emploie le papyrus et le lotus, et 
leurs noms, ouadj et nakheb, ont donné naissance 



Digitized 



by Google 



w 



FAUNE ET FLORE %^f 

aux noms des deux déesses Ouadjît et Nakhbît qui 
président aux deux divisions de TÈgypte. 

La première de ces plantes, le Cyperus Papyrus L, 
— en égyptien ouadj, ha ou totifi — appartient à Ja 
grande famille des Cypéracées, végétaux qui se dis- 
tinguent par la coupe triangulaire de leur chaume. Sa 
tige mesure environ deux mètres de haut^ mais Théo- 
phraste affirme avoir vu en Egypte des papyrus de 
quatre et cînq mètres. Nue dans toute sa hauteur, 
feuillue seulement auprès de sa racine, cette tige sup- 
porte une gracieuse ombelle de filaments légers ter- 
minés par de frêles épilletS^Le papyrus croissait dans 
toutes les eaux calmes de TEgypte, mais surtout dans 
les marais du Delta* 

Cette plante servait chez les Égyptiens à bien des 
usages. La partie inférieure de la tige, coupée près 
de la racine, était assez charnue pour fournir un 
aliment à la classe pauvre* Le papyrus donnait aussi 
un charbon très estimé» Les tiges, longues, lisses et 
flexibles, servaient à faire des paniers, des cages et 
mime, réunies a l'aide de' bitume, des bateaux légers 
qui voguaient sur les eaux calmes des canaux. C'est 
en papyrus, d'après la Bible, qu'était la nacelle où fut 
déposé Moïse, 

Mais le principal emploi du papyrus était la fabri- 
cation d'une espèce de papier* La partie externe de la 



Digitized 



by Google 



io8 l'Egypte au temps des pharaons 

tige de cette plante est formée de plusieurs pellicules 
concentriques, très légères,comparables àcies pelures 
d'oignon. On détachait ces pellicules en battant dou- 
cement la tige, et on les taillait en bandes d'environ 
vingt à trente centimètres de long sur cinq à six de 
large. A l'aide de colle de pâte, on réunissait par le 
bord, dans le sens de la longueur, un certain nombre 
de ces bandes. 

Lorsqu'on avait formé ainsi plusieurs feuilles, on les 
collait à plat l'une sur l'autre, en plus ou moins grand 
nombre, selon la force que l'on voulait donner au 
papier. On avait soin, pour obtenir plus de solidité, 
de placer alternativement les feuilles en travers l'une 
de l'autre, en faisant se croiser les fibres des pelli- 
cules. Lorsqu'on avait atteint l'épaisseur voulue, on 
polissait le papier avec des polissoirs d'ivoire, et il 
était prêt alors à recevoir l'écriture. On fabriquait 
du papyrus un peu par toute l'Egypte, mais l'un des 
principaux centres de fabrication était la ville de Sais, 
dans le Delta. 

C'est sur cette matière que sont parvenus jusqu'à 
nous la plupart des manuscrits égyptiens que nous 
connaissons. Quelques-uns des papyrus exposés dans 
nos musées contiennent des poésies, des contes po- 
pulaires, des traités scientifiques, mais la plupart sont 
des exemplaires du Livre des morts, sorte de recueil 



Digitized 



by Google 



FAUNE ET FLORE IO9 

de formules religieuses que Ton déposait auprès des 
défunts afin qu'il leur servît de guide dans l'autre 
monde. Ces papyrus funéraires mesurent parfois plus 
de quinze mètres de long, sont ordinairement écrits 
en deux encres, rouge et noire, et renferment des 
dessins soigneusement coloriés*. On les roulait sur 
eux-mêmes en forme de volumen afin de leur donner 
moins de volume. 

Le lotus appartient à la famille des Nymphéacées. 
C'est un nénuphar rappelant beaucoup les lis d'eau 
de nos étangs. Il en existait de trois sortes, le blanc, 
qui était le plus commun, le rose, et le bleu, le plus 
rare. 

Le lotus blanc (Nympbœa Lotus L.) — en égyp- 
tien soushin — se trouve représenté dans les plus 
anciennes tombes de Memphis ; il était donc connu 
en Egypte dès l'Ancien empire. On l'a également 
retrouvé desséché dans les tombes et ses fleurs for- 
maient l'une des guirlandes dont était recouverte la 
momie de Ramsès II. Cette plante est presque en tout 
point semblable au nénuphar blanc de nos étangs et 
ne s'en distingue guère que par des caractères bota- 
niques peu appréciables aux yeux du vulgaire. 

Le lotus blanc est souvent nommé dans les textes. 

* V, pp. loo-ioi. 



Digitized 



by Google 



uo l'egypte au temps des pharaons 

On l'employait en médecine comme réfrigérant. On 
en faisait d'immenses bouquets dont on décorait les 
salles de festin. Les femmes, dans leurs visites, en 
portaient toujours des fleurs à la main et souvent 
en ornaient leur coiffure. II n'est pas rare, en effet, 
surtout à répoque des Ramessides, de voir repré- 
sentées sur les monuments des femmes coiffées d'un 
diadème d'or autour duquel s'enroulent en spirale 
des pédoncules de lotus blanc dont les fleurs viennent 
gracieusement retomber sur leur front, presque à la 
hauteur des yeux. 

La souche tubéreuse de la plante se mangeait 
grillée ou bouillie. Les graines en étaient également 
comestibles. En les pilant on en faisait une sorte de 
pâtisserie dont nous parle Hérodote et que nous trou- 
vons mentionnée dans les inscriptions égyptiennes. 

C'est du nom égyptien du lotus blanc que dérivent, 
comme dénomination du lis, Thébreu sboushan, 
l'arabe sousan, le copte sbôsben, le grec <tov<tov, le. 
latin susinum, l'ancien français susinat et l'espagnol 
a^ucena. Notre nom Suzanne dérive aussi, par l'in- 
termédiaire de l'hébreu Sboushannah, « la liliale », 
du mot égyptien sousbin, et, de même que beaucoup 
de nos contemporaines s appellent Suzanne, de même 
certains personnages, hommes ou femmes, men- 
tionnés sur des stèles, portent le nom de Sousbin. 



Digitized 



by Google 




LOTUS ROSE 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



FAUNE ET FLORE Il5 

Le lotus rose (Nelumbium speciosum W.) — en 
égyptien nekbeb — a les fleurs d'un rose tendre, 
d'un diamètre de dix ou quinze centimètres. Ses 
■ fleurs, dont les pétales sont nombreux et larges, 
exhalent une douce odeur d'anis. Ses feuilles, au 
lieu d'être fendues comme celles des» autres lotus 
d'Egypte, ont la forme d'un bouclier concave, au tissu 
un peu boursouflé. Aussi s'en servait-on dans bien 
des repas champêtres, au dire deStrabon, en guise 
d'assiettes. 

Le lotus rose était considéré par les Egyptiens 
comme une plante sacrée, de même qu'il l'est encore 
en Extrême-Orient, où les piédestaux de presque 
toutes les divinités chinoises, japonaises ou indiennes 
ont la forme d'un Nelumbium. Il était même interdit 
à tout Égyptien, prêtre ou profane, de manger les 
graines de cette plante. 

Le nekbeb était consacré à un dieu solaire et la 
raison de cette attribution est assez curieuse. On 
sait que les fleurs de la plupart des Nymphéacées se 
ferment le soir, au coucher du soleil, et que leur 
tige, en se rétractant, les attire sous l'eau. Au 
matin, la tige se distend, la fleur reparaît à la surface 
et s'ouvre à nouveau, rendant la liberté à des insectes 
aquatiques qui en ont fait leur gîte d'une nuit. Cette 
fleur, qui rentre sous l'eau quand le soleil disparaît 

V. LoRET, L'Egypte. 8 



Digitized 



by Google 



114 l'Egypte au temps des pharaons 

sous l'horizon et qui en sort quand Tastre réapparaît, 
était bien faite, aux yeux des Égyptiens, pour symbo- 
liser une divinité solaire. Aussi le jeune dieu Horus, 
personnification du soleil levant, est-il toujours repré-- 
sente sous la forme d'un enfant assis dans une fleur 
de lotus rose. 

Depuis longtemps déjà cette jolie plante n'existe 
plus en Egypte, où l'on néglige de la cultiver. On ne 
la trouve mentionnée par aucun des naturalistes 
modernes qui ont eu l'occasion de visiter ce pays*. 

Le lotus bleu (Nymphœa cœrulea Sav.) — en 
égyptien sarpat — existe aujourd'hui en Egypte, 
mais, parmi les auteurs classiques, on ne connaît 
qu'Athénée qui le cite (Deipn., xv, 21). Cette plante 
ne devait pourtant pas être rare dans l'antiquité. On 
la voit souvent .représentée dès l'Ancien empire, 
attachée au cou de personnages ou même d'animaux 
domestiques : un jeune veau blanc du tombeau de 
Ti, h Memphis, porte un lotus bleu attaché à son cou 
par un ruban rose, en guise de clochette. On a égale- 
ment retrouvé cette plante dans les tombes, sous 
forme de guirlandes funéraires décorant des momies. 
Schweinfurth a même remarqué un collier formé de 
branches de céleri et de pétales de lotus bleu appar- 

1 V. p m. 



Digitized 



by Google 



KAUKEET FLORE [I3 

tenant a une espèce naine, qui n'existe plus de nos 
jours. 

Le papyrus et le lotus sont des plantes aquatiques. 
Les plantes d'eau étaient très nombreuses en Egypte : 
fe pays était souvent inondé, pendant les fortes 
crues, jusqu'au pied des collines qui le bordent ; le 
Nil, en rentrant dans son lit^ laissait traîner dans les 
plis de terrain des flaques et des mares que le soleil ne 
desséchait qu'après un long temps ; enfin, des canaux 
de communication et des rigoles d arrosage sillon- 
naient tout le territoire égyptien, surtout au nord de 
Memphis. Aussi avons^nous à mentionner bien des 
plantes du Nil h la suite du lotus et du papyrus. 

Les souchets, plantes à tige triangulaire, analogues 
au papyrus, formaient d'épaisses ceintures au bord 
des marais* De ces plantes, le souchet rond (Çypertis 
rotundus L,) et le souchet comestible (Cyperus. escu- 
kntus L.), tous deux nommés kaîou en égyptien, 
étaient les plus communes. Le souchet rond pro- 
duisait des rhizomes très odorants, appelés 5Mm, que 
Ton employait fréquemment en parfumerie ; les rhi- 
zomes du souchet comestible servaient d aliment et 
Ton en a retrouvé de pleines corbeilles dans les 
tombes égyptiennes- Le typha, Talisma, le bu tome, 
plusieurs espèces de carex couvraient également les 
mares du Delta. 



Digitized 



by Google 



ii6 l'Egypte au temps des pharaons 

La colocase (Colocasia antiquorum L.), très jolie 
plante de TÉgypte ancienne, aux larges feuilles de 
caladium et aux fleurs d'arum d'une odeur très 
agréable, croissait naturellement au bord des marais. 
On en mangeait le rhizome après Tavoir fait bouillir 
et de ses feuilles entrelacées on faisait des sortes de 
paniers. Je pense que c'est la colocase que désigne le 
nom hiéroglyphique tekhl, qui revient très fréquem- 
ment dans les inscriptions et qui s^applique à Tune 
des plantes du Nil les plus connues dans l'antiquité 
pharaonique. 



Digitized 



by Google 



Si l'Egypte, ù cause de sa constitution physique, 
possédait une grande quantité de plantes aquatiques, 
elle ne produisait par contre, pour la même raison, 
qu/un très petit nombre d*arbres. 

Les arbres que Ton rencontrait le plus fréquemment 
en Egypte sont le sycomore, fiouhi, le saule, tarij, le 
tamaris, aser, et plusieurs espèces d'acacia, âîh, méri, 
ses-jietem et sbant. Tous ces arbres étaient considérés 
comme sacrés et plantés autour des temples, les uns 
dans une localité, les autres dans une autre. 

Le sycomore, dont le bois servait aux menuisiers, 
aux ébénistes et aux sculpteurs pour la fabrication 
de cercueils, de meubles et de statues, produisait une 
sorte de figue, ainsi qu'un suc laiteux que Ton utilisait 
en pharmacie. Le bois du saule et celui du tamaris 
étaient employés surtout pour les bâtons et pour les 
manches d'outîls ou d*armes» 



Digitized 



by Google 



: >r?î 



ii8 l'Egypte au temps des pharaons 

Parmi les dix ou douze espèces d'acacia qui crois- 
saient en Egypte, Vâsh (Acacia Seyal Del. )^ et le 
shant (Acacia nilotica Del.) étaient les plus estimés. 
Puis venaient le méri (Acacia farnesiana WiLLD.).Les 
acacias donnaient un très beau bois recherché pour 
la construction des bateaux à cause de son imperméa- 
bilité et de son incorruptibilité. Les jolies fleurs de 
ces arbres, nommées per-shen ou sannâr, fleurs jaunes 
ou blanches semblables à celles de nos mimosas, 
étaient souvent disposées en bouquets ou en guir- 
landes. De Tacacia exsudait la gomme arabique, qamiy 
dont les Égyptiens se servaient en guise de colle, et 
au moyen de laquelle ils rendaient plus brillantes 
leurs encres et leurs couleurs à Taquarelle. 

Quelques arbres étrangers, tels que le cyprèSy âoun, 
l'ébénier, babniy le cèdre, seb, le pin, âb, paraissent 
avoir été cultivés autour de Memphis dès les plus an- 
ciennes dynasties. 

Les arbres fruitiers, assez nombreux, étaient l'objet 
de grands soins de la part des agriculteurs. En pre- 
mière ligne il convient de citer les palmiers, dont les 
Égyptiens connaissaient trois espèces. Le dattier, 
banra, fut cultivé dès la plus haute antiquité. Son 
bois était peu employé, mais les nervures médiales 

* V. p. 1,9. 



Digitized 



by Google 




ACACIA SE V Al, 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



FAUNE ET FLORE 12L 

de ses frondes, âr oui, servaient à fabriquer des cages, 
des flèches, des lances, et les filaments qui se déve- 
loppent à la base de ses feuilles, sbou-nou-banra, 
étaient employés, comme nos brosses de chiendent, 
pour nettoyer les objets peu fragiles. Les dattes se 
mangeaient fraîches, sèches, ou confites dans du miel. 
On en faisait une sorte de vin. Les Égyptiens distin- 
guaient déjà les sexes des dattiers, et Ton trouve sou- 
vent dans les traités de médecine les expressions 
« dattier-père » et « dattier-mère ». 

Le palmier doum (Hypbœne thebaka Mart.) se 
nommait marna, et son fruit, qui rappelle une petite 
noix de coco, est connu sous le nom de qouqou. C'est 
évidemment de ce nom que dérive le mot Kouy.£opo|Oov 
employé par Théophraste pour désigner cet arbre. Le 
palmier doum, dont la tige se bifurque plusieurs fois, 
porte des frondes flabelliformes et peut atteindre un 
grand développement. Aussi, était-ce du bois de cet 
arbre que les Égyptiens formaient les hauts mâts à 
oriflammes qui décoraient la façade de leurs temples. 
Une autre espèce de palmier doum, le Hypbœne co- 
riacea G/€RTN., était désignée sous le nom de marna- 
n^kbanni, ou « doum à noyau ». 

Les arbres fruitiers mentionnés dans les plus an- 
ciens textes sont la vigne, arouri, le figuier, dab, le 
sébestier, asbed, le jujubier, nebes. Le raisin, la figue 



Digitized 



by Google 



122 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

et le fruit du sébestier servaient à faire le vin et di- 
verses espèces de liqueurs. Avec les fruits du jujubier 
débarrassés de leurnoyau et pétris dans des mortiers, 
on préparait le ta-nebes ou « pain de jujube », ana- 
logue à Vamreddin ou pâte d'abricot des Égyptiens 
modernes. » 

Vers répoque de la XVIII* dynastie on voit appa- 
raître dans les textes les noms du pommier, dapib, de 
Tolivier, djadi, du caroubier, darouga, et du grena- 
dier, ahrmani, tous noms tirés des langues sémi- 
tiques. Le sirop de caroube était fréquemment pris en 
boisson, sous le nom de tarkou, et les grenades, 
nommées ahrmaa, étaient employées à la fabrication 
d'une liqueur connue sous le nom de shedbou. 

Les égyptologues se sont longtemps demandé ce 
qu'était la liqueur sbedbou, boisson capiteuse presque 
toujours mentionnée à côté du vin. Il résulte d'un 
texte égyptien (Pap. Anast., IV, 6/10-7/9) Q^^ '^ 
sbedbou ne pouvait être que le vin de grenade. Ce 
texte est la lettre d*un scribe chargé de faire le relevé 
des productions d*un jardin fruitier du Ramesséum 
ou temple funéraire de RamsèsIIàThèbes.Les seules 
productions qui y sont mentionnées sont : « Vin, 
325 litres; grenadine, 2500 litres; moût, 2500 litres; 
grenades, 10.000 couffes; raisins, 10.000 couffes, 
plus 60 corbeilles. » 



Digitized 



by Google 



FAUNE ET FLORE 123 

Les huiles qu'employaient les Égyptiens étaient 
Thuile d'olive, djadi, Thuile de ben, baqUy produite 
par le Moringa aptera G.€rtn., et employée en parfu- 
merie, l'huile de sésame, âaqi, et l'huile de ricin, 
déqam, employées en médecine et pour Téclairage. 

Les céréales les plus anciennement cultivées en 
Egypte étaient le froment, sou, Torge, ati, dont on 
faisait de la bière, et Tépeautre, bouti. A partir de la 
XVIII' dynastie on trouve dans les textes un mot 
douroU't qui semble désigner le dourah (Andropogon 
Sorghum L.). La boulangerie et la pâtisserie avaient 
en Egypte une importance considérable. C'est par 
centaines que Ton trouve mentionnées les diverses 
espèces de pains et de gâteaux. Tantôt cts pâtisseries 
tirent leur nom de leur forme, tantôt des farines et 
des graines diverses dont elles étaient formées. Les 
pâtés de viandes fumées, sbâî aouf kapou, étaient 
appréciés surtout à la XIX* dynastie. Nous connais- 
sons par leurs stèles funéraires un grand nombre de 
noms de chefs-boulangers ou de chefs-pâtissiers des 
principaux palais et des principaux temples d'Egypte. 

Bien d'autres plantes seraient encore à signaler 
parmi les plantes alimentaires : la fève, aouri, la 
lentille, arshana, le pois chiche, her-abauky la laitue, 
âfa, l'oignon, boudj et badjar, le concombre ordi- 
naire, shoupi, la pastèque, bouttou-ka, une autre es- 



Digitized 



by Google 



124 l'Egypte au temps des pharaons 

pèce de concombre, le Ciicumis Chate L., nommé 
qadi dans les textes, le cumin, taptien, l'aneth, am- 
misiylsi coriandre, oî/wsib/, le pourpier, makbmakbi, etc. 

J'arrêterai là Ténumération des plantes égyptien- 
nes; celles que je viens de signaler suffiront, je 
pense, pour donner une idée de la flore pharaonique. 
D'ailleurs, j'aurai l'occasion, en étudiant la toilette et 
la parfumerie, de poursuivre la liste des plantes de 
lantique Egypte en mentionnant toutes celles qui 
appartiennent aux industries du tissage, de la teinture 
et de la parfumerie. 

On voit qu'en somme, grâce aux nombreux docu- 
ments que nous possédons, il est aisé de reconstituer 
le monde animal et végétal de l'Egypte ancienne. Des 
recherches postérieures, soit parmi les spécimens, soit 
parmi les inscriptions hiéroglyphiques, amèneront cer- 
tainement la connaissance de bien des espèces nou- 
velles, mais la faune et la flore égyptiennes n'en seront 
pas changées dans leurs grandes lignes. Animaux et 
plantes aquatiques domineront toujours dans un pays 
dont le sol était presque entièrement caché sous l'eau 
pendant un tiers de l'année. Animaux sauvages et 
plantes des déserts viendront toujours ensuite, à 
cause de la position géographique delà vallée du Nil. 
Enfin, parmi les animaux domestiques et les plantes 
cultivées, on constatera toujours que la plupart des 



Digitized 



by Google 



FAUNE ET FLORE 12^ 

espèces disparues aujourd'hui de TÉgypte étaient des 
espèces asiatiques que Ton retrouve encore dans les 
régions d'où elles provenaient. 

Chose étrange, ce sont les plantes et les animaux 
que Ton s'est habitué à considérer en quelque sorte 
comme les symboles les plus caractérisés de l'Egypte 
pharaonique, qui de nos jours ont disparu du pays. 
L'ibis, le crocodile, le papyrus et le lotus ne se ren- 
contrent plus sur les bords du Nil. Mais le lotus rose, 
consacré autrefois au Soleil levant, est encore vénéré 
dans une grand,e partie du continent asiatique, et un 
crocodile, égaré à Kénéh en souvenir de son ancienne 
patrie, a dévoré il y a six ans un officier anglais de 
l'armée d'occupation. C'est près de Kénéh que se 
trouvent les ruines de Tentyris, et l'on se rappelle 
combien les crocodiles étaient les bienvenus autrefois 
dans la ville d'Hâthor. 




Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



r I 



MUSIQUE ET DANSE 



Digitized 



by Google 



1 ' '.-'•JU'ilp" 

I ^ 
I ■ 



Digitized 



by Google 



MUSIQUE ET DANSE 



Les origines de la musique égyptienne se perdent 
dans un fouillis inextricable d'assertions contradic- 
toires fournies par les auteurs grecs. Les Égyptiens ne"' 
nous ont, en effet, laissé dans leurs inscriptions ou 
dans leurs papyrus aucun renseignement propre à 
nous laisser entrevoir quelles traditions avaient cours 
chez eux au sujet de leur musique primitive. C'est 
donc aux écrivains classiques qu'il nous faut nous 
adresser, faute de documents nationaux. 

Trois personnages légendaires sont mis par les 
auteurs grecs en rapport avec la musique de TÉgypte ; 
ce sont Hermès, Osiris et Manérôs. 

« Les Égyptiens », écrit Diodore, « rapportent que 

V. LoRBT, L'Egypte. 9 



Digitized 



by Google 



130 l'Egypte au temps des pharaons 

ce fut Hermès qui, le premier, établit une langue 
commune et donna des noms à beaucoup d'objets 
qui n'en avaient point. Il inventa les lettres de l'al- 
phabet et institua les sacrifices et le culte des dieux. 
Il observa le premier la disposition des astres, ainsi 
que la nature et les harmonies des sons. Il inventa la 
palestre et s'occupa de faire acquérir au corps des 
mouvements harmonieux ainsi que des formes bien 
proportionnées. Il imagina la lyre à trois cordes, par 
allusion aux trois saisons de Tannée. Ces cordes ren- 
daient trois sons, Taigu, le grave et le moyen, l'aigu 
répondant à Tété, le grave à Thiver et le moyen au 
printemps. » 

« Hermès », nous apprend Plutarque, « est consi- 
déré comme l'inventeur de la musique. Les fables 
égyptiennes racontent quece dieu, ayant ôté àTyphon 
ses nerfs, en fit des cordes pour la lyre. C'est une 
manière d'enseigner que, lorsque la raison organisa 
l'univers, elle y établit l'harmonie, la faisant succéder 
aux discordances. » 

Certains commentateurs nous donnent sur la 
découverte de la lyre des indications plus précises. 
Selon eux, le Nil, en rentrant dans son lit après 
l'inondation, avait laissé, épars sur les plaines, les 
cadavres d'une quantité d'animaux noyés par la crue. 
Parmi ces animaux se trouvait une tortue; les eaux 



Digitized 



by Google 



MUSiatJE ET DANSE I3 [ 

en avaient fait pourrir l'intérieur, le soleil en sécha la 
carapace. Quelques fibres intestinales étaient restées 
attachées d'un bout à l'autre de cette carapace. Hermès 
vint, ramassa la tortue, se mit immédiatement à en 
pincer les fibres tendues par k dessiccation^ s'aperçut 
qu'elles donnaient différents sons, et découvrit ainsi 
la lyre- 

Quant à Osins, les Grecs en font une sorte de 
Bacchus égyptien, parcourant le monde, riant, chan- 
tant, et sachant au besoin mêlera ^s chansons, pour 
le plus grand bien des humains, quelque maxime 
philosophique. 

«Osiris», écrit Plutarque, « n*eut que très rarement 
l occasion de recourir aux armes. Ce fut par la per- 
suasion, le plus souvent, et par la raison, en y joi- 
gnant Tattrait des chants et de toute sorte d'har- 
monie, qu'il se gagna les humains- » 

^ Tandis qu'il passait par rÉthiopie, ^> ajoute 
Diodore, ^ on lui amena des Satyres qui ont, dit-on j 
les reins couverts de poîls. Osiris aimait à rire et 
prenait plaisir à la musique et à la danse ; aussi me- 
nait-îl à sa suite une troupe de musiciens, parmi 
lesquels se trouvaient neuf jeunes filles habiles dans 
le chant et instruites dans tous les autres arts, jeunes 
filles auxquelles les Grecs donnent le nom de Muses, 
Elles étaient conduites par Apollon, appelé pour cela 



Digitized 



by Google 



132 l'egypte au temps des pharaons 

Musagète.Osiris attacha à son expédition les Satyres, 
qui étaient aptes à la danse et au chant, et dispos à 
tous les plaisirs et amusements. » 

Enfin, d'autres auteurs attribuent à OsirJs l'inven- 
tion d'une sorte de cornet ou trompette courbe, ainsi 
que celle de la flûte simple ou flûte oblique et de la 
flûte à bec ou flûte droite. 

Relativement à Manérôs, les renseignements qui 
nous sont parvenus sont plus confus. On le com- 
pare à la fois à plusieurs héros des légendes grecques, 
on en fait le nom d'une chanson funèbre, on y voit 
même une simple formule de politesse usitée dans les 
repas de bonne compagnie. 

« Parmi les coutumes égyptiennes dignes d'être 
louées, » écrit Hérodote, « il s'en trouve une surtout, 
la chanson de Linus, qui est chantée également en 
Phénicie, à Cypre et ailleurs, et qui porte diflerents 
noms selon les localités. On s'accorde à penser que 
c'est la même chanson que chantent les Grecs sous 
le nom de Linus. Aussi, une des mille choses qui m'in- 
triguèrent en Egypte fut la question de savoir d'où 
les Égyptiens avaient pris le Linus. Ils semblent l'avoir 
chanté de tout temps et l'appellent en leur langue du 
nom de Manérôs. Ils me dirent que Manérôs était 
fils unique du premier homme qui régna en Egypte, 
qu'étant mort prématurément, sa mémoire fut ho- 



Digitized 



by Google 



MUSiaUE ET DANSE I33 

norée dans des stances funèbres, et que ce chant fut 
le premier et le seul qu'ils possédassent. » 

Pausanias compare également le Linus au Manérôs: 
<sA la nouvelle de la mort de Linus, le deuil se 
répandit jusque chez les nations les plus barbares. 
Le cantique de Linus parvint aussi en Egypte et là 
il fut appelé, dans la langue du pays, du nom de 
Manérôs. » 

Plutarque indique pour ce chant une autreorigine: 
«Isis, retrouvant le cadavre d'Osiris, appliqua son 
visage sur celui du dieu, le baisant et le couvrant de 
ses larmes. Un enfant s'était approché par derrière et 
l'observait. Elle s'en aperçut en se retournant et, dans 
sa colère, elle lui lança un regard si terrible qu'il ne 
put résister à la frayeur et en mourut. D'autres, ne 
racontant pas ainsi les faits, disent qu'il tomba dans 
la mer. Il reçoit des honneurs à cause de la déesse, et 
c'est lui que les Égyptiens chantent dans les festins 
sous le nom de Manérôs. Quelques-uns prétendent 
que l'enfant s'appelait Palestinus ou Pelusius et que 
de son nom fut appelée la ville fondée par la déesse. 
On dit que ce Manérôs, chanté par les Égyptiens, fut 
le premier inventeur de la musique. Selon d'autres, 
le nom de Manérôs ne désigne personne. C'est un mot 
usité quand on boit et qu'on se trouve dans un festin 
pour dire: « Que tout ici nous soit propice ! » Tel est, 



Digitized 



by Google 



134 l'Egypte au temps des pharaons 

assure-t-on, le sens du mot Manérôs, que les Égyp- 
tiens ont à chaque instant à la bouche. » 

Nymphis, cité par Athénée, fait de Manérôs une 
chanson funèbre, mais au lieu de le comparer au 
Linus, comme le font Hérodote et Plutarque, il le 
rapproche d'un chant en usage chez les Mariandyniens, 
peuple de Bithynie. «En observant», écrit-il, «les 
chansons qui sont en usage chez eux, on en re- 
marque une dans laquelle ils invoquent un certain 
Bormus, qui vécut dans les âges reculés. Ce Bormus, 
disent-ils, était fils d'un homme illustre et riche, et 
se distinguait entre tous par sa beauté et la fraîcheur 
de sa jeunesse. II se plaisait en des besognes singu- 
lières. Un jour, ayant voulu donner à boire à des 
moissonneurs, il tomba à Feau en marchant. Tous les 
gens du pays se mirent à sa recherche et l'appelèrent 
au moyen d'une mélopée plaintive accompagnée d'in- 
struments, mélopée qu'ils ont encore en usage parmi 
eux. C'est cette même chanson qui est nommée 
Manérôs par les Égyptiens. » 

En résumé, ce Manérôs semble appartenir à tout 
un ensemble de légendes ayant une origine com- 
mune, origine que des études sur le folk-lore classique 
permettront peut-être de déterminer un jour. Linus, 
Bormus, Manérôs sont considérés par les Égyptiens, 
les Cypriotes, les Phéniciens, les Bithyniens, comme 



Digitized 



by Google 



MUSIQUE ET DANSE I35 

ayant eu des destinées analogues. Tous trois sont fils 
uniques et sont nés de parents puissants et fortunés. 
Frais, jolis, bien doués, ils paraissent appelés a Texis- 
tence la plus heureuse. Mais la mort, injuste et 
inéluctable, les ravit à la fleur de l'âge. 

Le Bormus, le Linus et le Manérôs sont-ils les récits 
de trois faits distincts qui se sont réellement passés? 
Sont-ce trois formes du récit d'un unique événement, 
formes dans lesquelles les noms et les détails dif- 
fèrent selon les pays? Sont-ce des légendes symbo- 
liques quî, ayant comme point de départ un même 
Heu commun, ont donné nécessairement naissance à 
des complaintes presque identiques ? — Peu importe 
au fond. La seule chose à retenir pour l'histoire de 
la musique égyptienne ^est que les Egyptiens possé- 
daient, dès les temps les plus reculés, une chanson 
plaintive dont le sujet, sinon la mélodlcj leur était 
commun avec d'autres peuples, 

Manérôs est un chant. Il ne reste donc qu'Osiris et 
Hermès à qui Ton puisse attribuer Tinvention de la 
musique. Pour Osiris, ce rôle de musicien semble lui 
venir de Tidentification que les Grecs avaient cou- 
tume de faire entre lui et leur Bacchus. Bacchus, 
dieu du vin et de la joie, devait inévitablement aimer 
la danse et les chansons. Mais il se trouve que Tassî- 
milation d'Osîrisà Bacchus est fausse, ou à peu près. 



Digitized 



by Google 



'••^^^7 



136 l'Egypte au temps des pharaons 

Osiris était uniquement, pour les Égyptiens, le dieu 
des morts. Il ne pouvait donc guère avoir de rapport 
avec la musique, et jamais, en efîet, les textes hié- 
roglyphiques ne font à son sujet une allusion de 
ce genre. 

Reste Hermès. Hermès est le nom que donnent 
les Grecs, avec plus de raison cette fois, au dieu 
Thoth des Égyptiens, celui qui avait inventé la parole 
et récriture, qui connaissait à fond la médecine, la 
magie, l'astronomie, la géométrie, voire même la tri- 
gonométrie rectiligne. Adonné aux sciences exactes, 
il pouvait en effet, à JAiste titre, être considéré 
comme ayant découvert les formules mathématiques 
de l'harmonie et l'art de la construction raisonnée 
des instruments de musiquQ. La chose est logique- 
ment possible en tant que développement d'un 
mythe. Mais, il faut le remarquer, elle n'est jamais 
indiquée dans les documents égyptiens. 



Digitized 



byCoOglç 



II 



L'étude des instruments de musique connus des 
anciens Egyptiens nous fait passer, des légemles 
vagues et hypothétiques^ à des faits certains et précis. 
C'est par les spécimens conservés dans les tombes que 
nous pouvons déterminer la forme et le caractère de 
ces instruments, ainsi que par leurs figures souvent 
représentées sur les monuments. 

Comme instruments à vent, les Égyptiens possé- 
daient la trompette, le cornet et différentes espèces 
de flûtes. 

Les trompettes figurées sur les bas-reliefs sont fort 
courtes — à peine aussi longues que le bras de celui 
qui en joue ; le tube en est parfois légèrement renflé 
vers le milieu et l'extrémité en est terminée par un 
pavillon conique s'évasant brusquement. Une seule 
trompette égyptienne est parvenue jusqu'à nous. Elle 



Digitized 



by Google 



138 l'Egypte au temps des pharaons 

est intacte, en bronze doré, et se trouve exposée dans 
une vitrine du Musée du Louvre. Comme les trom- 
pettes peintes sur les scènes murales, elle est de 
petites dimensions, ne mesurant que o", 54 à partir 
de l'embouchure jusqu'à la circonférence extérieure 
du pavillon. Aussi ne saurait-on trop s'étonner de 
voir employer dans les représentations à* Aida, sous 
prétexte de restitution archéologique, des trompettes 
démesurées, au tube plusieurs fois coudé sur lui- 
même. La trompette du Louvre, très aiguédeson, 

donne les notes- 

8» 

^ *--^^ etc., 

c'est-à-dire sonne deux octaves au-dessus des trom- 
pettes en ré de nos orchestres. Les trompettes égyp- 
tiennes devaient avoir une sonorité extrêmement 
criarde, ce qui nous explique pourquoi il était géné- 
ralement défendu d'en jouer autre part que dans les 
casernes situées en dehors des villes, et pourquoi 
plusieurs auteurs grecs ont comparé le son de cet 
instrument au braiment d'un âne très furieux. 

Le nom de cette trompette n'est pas donné sur les 
monuments, mais un auteur grec fait mention d'une 
trompette courbe, inventée, dit-il, par Osiris, dont le 
nom était x^^^'^- Ni cette trompette courbe ni un mot 



Digitized 



by Google 




jTVV-i-'—niTT^p: 




CONCERT ET BALLE! 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



MUSIQ.UE ET DANSE I41 

égyptien analogue kx^^^ n'ont, d'ailleurs, été encore 
retrouvés dans les documents égyptiens. 

Le cornet non plus ne se trouve représenté sur les 
monuments, mais il en existe au Musée du Louvre 
quelques spécimens découverts dans les tombes égyp- 
tiennes. Ce sont de simples cornes de bœuf pres- 
que entières, coupées pour l'embouchure à quelques 
millimètres de la pointe, mais tellement fendillées et 
crevassées par le temps qu'il est impossible d'en tirer 
le moindre son. Le nom du cornet, donné en copte 
dans les traductions de la Bible, est tan. 

Les flûtes égyptiennes sont souvent représentées, 

• souvent nommées en hiéroglyphes, et on en possède 
dans les divers musées d'Europe une trentaine de 
spécimens. Elles se divisent en deux séries, d'après 
le mode d'embouchure. Les unes, munies d'une sorte 
de double anche en chaume de graminée, se jouaient 
exactement comme nos hautbois et portent le nom 

■^ de ma-it Les autres, simples tubes ouverts aux deux 
extrémités, dans lesquels on soufflait obliquement 
comme dans une clé forée, portaient le nom de sab ^ 
Ces deux flûtes sont d'origine très ancienne ; on les 
trouve, en effet, figurées dans des tombes contem- 
poraines des pyramides de Gizéh. 

* V, p. 139, registre inférieur. 



Digitized 



by Google 



142 l'Egypte au temps des pharaons 

Les flûtes égyptiennes étaient le plus souvent en 
roseau, parfois en bois, plus rarement en bronze. La 
plus longue que l'on connaisse, exposée à Florence, 
mesure 0^,693 ; la plus courte,- du Musée de Berlin, 
n'a que G™, 2 14. La première, plus grave que notre 
grande flûte, donne comme note fondamentale le 
si au-dessous de la portée , la seconde, plus haute 
d'une quarte que notre petite flûte, commence par le 
sol au-dessus de la cinquième ligne. Entre ces deux 
flûtes extrêmes se rangent des flûtes de toute dimen- 
sion, donnant comme notes fondamentales presque 
ous les sons de la gamme chromatique. 

Les flûtes égyptiennes avaient généralement trois 
ou quatre trous. Quelques-unes en ont pourtant cinq, 
et même six. Ces instruments donnaient donc des 
séries de quatre, cinq, six et sept notes, dont nous 
aurons plus loin l'occasion d'étudier la tonalité. Les 
flûtes obliques ou sab sont extrêmement difficiles à 
jouer. Je n'ai jamais, pour ma part, sur les trente flûtes 
égyptiennes que j'ai eu l'occasion d'examiner, réussi 
à obtenir plus de deux notes dans leur sonorité réelle ; 
les autres notes ne donnaient que des sons sourds, 
très appréciables au point de vue physique, mais 
complètement dénués de timbre. Plusieurs habiles 
flûtistes, que mes recherches intéressaient, sont restés 
presque aussi malheureux que moi. Obtenir des sons 



Digitized 



by Google 



MUSiaUE ET DANSE I45 

timbrés d'un tube ouvert aux deux extrémités est 
d'ailleurs affaire d'habitude. Qui a obtenu deux notes 
doit pouvoir à la longue en obtenir davantage. Les 
Arabes, qui possèdent encore cette même espèce de 
flûte primitive, en jouent aussi facilement que nous 
jouons des nôtres. 

En plus de leurs deux flûtes simples, les Égyptiens 
connaissaient deux espèces de flûtes doubles. L'une, 
souvent représentée sur les monuments, était com- 
posée de deux flûtes à anche réunies à leur embou- 
chure en angle aigu. L'autre, dont je ne connais qu'une 
représentation S se composait de deux flûtes à anche 
attachées étroitement l'une à l'autre sur toute leur 
longueur au moyen de légers liens. 

On a souvent discuté la question de savoir quel 
genre de musique on jouait sur les doubles flûtes 
antiques. Ces flûtes jouaient-elles indépendamment 
l'une de l'autre, et doit-on en conclure que les anciens 
connaissaient l'harmonie à deux parties? Jouait-on le 
même air sur les. deux flûtes, dans l'intention, peut- 
être un peu futile, d'en augmenter la puissance de 
son? — Je crois que, pour les doubles flûtes égyp- 
tiennes du moins, une des flûtes exécutait un chant 
tandis que l'autre, non percée de trous ou n'en ayant 

1 V. p. 139, registre médial. 



Digitized 



by Google 



144 l'Egypte au temps des pharaons 

qu'un seul, faisait entendre une note continue^ tou- 
jours la même, servant de basse ou de pédale. 

Ce qui me porte à envisager la question de cette 
manière est que les Égyptiens modernes se servent 
encore de la double flûte à tubes parallèles, qu'ils 
désignent, du nom de larghouL Les usages antiques 
sont si vivaces en Egypte, et cela a été prouvé par 
tant de faits de toute nature, qu'il est certain que le 
i^arghoul est l'ancienne flûte double du temps des 
Pyramides, et que l'on n'en joue point aujourd'hui 
autrement qu'on en jouait autrefois. Or, tandis que 
l'un des tuyaux de l'instrument moderne est percé 
de plusieurs trous qui permettent d'y exécuter un 
air, l'autre est intact et ne peut donner que sa note 
fondamentale. A ce second tube sont appendus, au 
moyen de ficelles, quelques fragments de roseau 
creux de longueurs différentes, sortes de rallonges 
qui permettent, lorsqu'on les ajuste à l'extrémité de 
ce second tube, de modifier la pédale continue. Cette 
modification ne peut guère se faire pendant l'exécution 
du morceau ; d'ailleurs, les rallonges n'existaient pas 
dans la double flûte parallèle de l'ancienne Egypte. 
D'où la conclusion que les doubles flûtes égyptiennes 
ne jouaient que des airs accompagnés d'une note 
toujours la même. 

Outre les mots sab et ina-it, on a retrouvé dans 



Digitized 



by Google 



MUSiaUEETDANSE I45 

les textes hiéroglyphiques deux autres mots, otiarôu 
^{ouadjaî, qui s'iîppliquent certainement à des espèces 
de flûtes très légères et aiguës de son. Comme les 
mots sab et ma-it désignent, d'après les scènes qu'ils 
accompagnent ordinairement, de grandes flûtes d*un 
diamètre assez fort, faites en bois ou en roseau ligneux, 
il est très probable que les termes ouarou et ouadjaï 
servent à dénommer deux sortes de petites flûtes en 
roseau fragile, comme on en voit tant dans nos 
musées égyptiens, et dont Tune serait une réduction 
du sab tandis que Tautre serait un diminutif du 
ma-iL 

Les instruments:! cordes connus des anciens Égyp- 
tiens étaient la harpe, le trigone, ia lyre et la 
guitare. 

La harpe est certainement le plus ancien de ces 
instruments; on la trouve figurée dans les plus 
vieilles tombes de Memphis. Le corps sonore, assez 
exigUj y repose sur le sol, à h base de Tinstrument, 
et se termine par une longue tige recourbée où sont 
attachées les extrémités des cordes. Ces cordes, sous 
rAncien empire, rtesont jamais qu'au nombre de cinq, 
six ou huit. Puis l'instrument se développe, revêt une 
forme à la fois plus artistique et plus heureuse au 
point de vue de la sonorité ; le corps sonore s allonge 
au détriment de !a tige d'attache, les cordes se mul- 

V. LoKBT, L'Egypte. lo 



Digitized 



by Google 



146 l'Egypte au temps des pharaons 

tiplient et atteignent le nombre de vingt et même de 
vingt-deux. 

Souvent la harpe est très haute et dépasse de deux 
têtes la hauteur d'un homme. Parfois elle s'amoin- 
drit, devient portative, lare qu'elle décrit se pro- 
nonce davantage ; on la joue alors en passant la tête 
entre la dernière corde et le corps de l'instrument, 
qui repose sur une épaule. Enfin, au lieu d'être 
recourbée, elle prend quelquefois la forme angulaire 
et se rapproche du trigone, l'une des branches de 
l'angle étant le corps sonore et l'autre la tige d'attache. 
Telle est la harpe du Louvre, instrument à vingt et 
une cordes mesurant un peu plus d'un mètre de haut. 
Le corps sonore de cette harpe est une carcasse de 
bois recouverte de maroquin vert orné par endroits de 
pièces blanches et roses rapportées. Les cordes, ter- 
minées par des houppes, sont enroulées d'abord autour 
de la tige d'attache puis attachées à des chevilles qui 
sont alternativement en ébène noire et en ébène 
jauhev probablement pour permettre à l'exécutant de 
reconnaître facilement ses notes ^ Le nom égyptien de 
la harpe est ban-it et sa figure hiéroglyphique tsiM- 
Le trigone, que Ton trouve dans les bas-reliefs 
seulement à partir de l'invasion des Hyqsos, est une 

^ V. p. ,47 



Digitized 



by Google 




HARPE EGYPTIENNE 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



MUSIQUE ET DANSE ï 49 

sorte de petite harpe triangulaire, formée d'une tige 
horizontale sur laquelle retombe obliquement une 
seconde tige. Entre les deux tiges sont attachées les 
cordes ; point de corps sonore, ii moins que les tiges 
n'aient été creuses. Cet instrument est certainement 
d'origine asiatique. C'est le hinnor des Hébreux et 
son nom égyptien, kinnaanaour, n'est qu'une défor- 
mation de son nom vernaculaire. 

La lyre, également d'origine asiatique, est repré- 
sentée pour la première fois dans une tombe de 
JaXil'' dynastie, entre les mains d'un personnage dont 
le type et !e costume nous montrent qu'il ne peut 
être qu'un Syrien. Mais c'est surtout à partir des 
guerres d'Asie qu'on la trouve figurée sur les monu- 
ments. Elle a de six à quinze cordes et son nom 
égyptien était très vraisemblablement HadjakhL 

Enfin la guitare, appelée nébel en hébreu i porte 
presque le même nom, nêfeff en égyptien. On pour- 
rait en conclure que cet instrument avait été égale- 
ment introduit d'Asie en Egypte, d'autant plus qu'il 
n'intervient dans les tombes qu'à partir de 1 époque 
où Ton y représente le trigone et la lyre asiatiques. 
Mais il n'en est rien. Le radical néfer est égyptien et 
le signe hiéroglyphique qui représente ce son est 
Limage même de la guitare, L Or ce signe est em- 
ployé dans les inscriptions dès l'époque des Pyramides* 



Digitized 



by Google 



150 l'Egypte au temps des pharaons 

La conclusion à tirer de ce fait est que si, comme 
tout le fait supposer, nébel et néfer sont un même 
mot, les Asiatiques ont emprunté la guitare aux 
Egyptiens en même temps que son nom hiérogly- 
phique. La guitare avait deux ou trois cordes, quel- 
quefois même une seule et on la jouait au moyen 
d'un plectrum retenu après l'instrument au moyen 
d'une ficelle*. 

Comme instruments à percussion, les Égyptiens 
connaissaient la cymbale, le tambour, le tambour de 
basque, le tabl^ le sistre et le crotale. 

Deux paires de cymbales de bronze, exposées au 
Louvre, mesurent environ 15 centimètres de dia- 
mètre et donnent, l'une le mi de la chanterelle du 
violon, l'autre le la au-dessus. Le nom égyptien delà 
cymbale n'a pas encore été retrouvé; son nom 
copte, dérivé très certainement de Tégyptien, est 
kitnkim. 

Le tambour égyptien, nommé asaha, est une sorte 
de tonnelet muni à ses extrémités de peaux attachées 
l'une à l'autre au moyen de lanières serrées tout 
autour de l'instrument. Ce tambour était souvent 
très allongé et prenait la forme de notre tambourin. 
On en jouait, soit avec des baguettes — il s'en trouve 

* V. p. 155. 



Digitized 



by Google 



MUSIQ.UE ET DANSE 151 

deux paires au Louvre — soit plus simplement avec 
le poing- 

Le tambour de basque est fort souvent représenté 
dans les bas-reliefs. Son nom égyptien paraît avoir 
été khanr. La plupart du temps 5 il est circulaire, mais 
quelquefois il a la forme d'un rectangle un peu 
allongé dont les parois sont parallèles ou bien légè- 
rement concaves, ' 

Le îabL sorte de tambour de terre cuite en forme 
d'entonnoir, auquel j'applique, faute d'autre nom, le 
nom qu'il porte aujourd'hui en Egypte où il est en 
très grand usage, n'est représenté qu'une seule fois 
sur les monuments, mais il en existe dans les col- 
lections égyptiennes plusieurs spécimens découverts 
dans des sépultures antiques. 

11 y avait en Egypte deux espèces de sistre, l'un 
nommé seshesh, ainsi figuré dans les hiéroglyphes S 
l'autre nommé sehhem, ainsi représenté M, C étaient, 
comme on le voit, des sortes de hochets munis de 
tringles dans lesquelles étaient passés plusieurs 
anneaux. Le sesbesh est toujours en bronze; le 
sekbem est quelquefois en porcelaine. 

Enfin, les crotales étaient deux barres de bronze, 
plus ou moins ornées et modelées, que Ton frappnit 
Tune contre l'autre et qui devaient jouer, dans les 
orchestres égyptiens, le rôle de nos triangles. Les 



Digitized 



by Google 



1^2 l'ëgypte au temps des pharaons 

crotales étaient des instruments militaires et servaient, 
Bvec les tambours et les trompettes, à cadencer Jes 
pas des troupes. On les trouve parfois servant à 
rythmer les mouvements de danseurs et de dan- 
seuses, mais surtout dans des bas-reliefs représen- 
tant des fêtes éthiopiennes. 



Digitized 



by Google 



III 



La musique, quoi qu'en aient dit les écrivains grecs, 
était en très grand honneur en Egypte. 11 n*est peut- 
être pas, au milieu de toutes les nécropoles antiques 
échelonnées le long du Nil, une seule tombe dans 
laquelle on ne rencontre des peintures de scènes musi- 
cales. Sous l'Ancien empire et sous la XII* dynastie, 
ce sont presque toujours des hommes, la plupart du 
temps aveugles, qui sont représentés jouant ou 
chantant ; les femmes dansent et battent des mains 
pour animer le ballet. Les instruments, on Ta vu, 
étaient la flûte droite, la flûte oblique, la harpe et la 
guitare. Instruments à quatre et cinq cordes, flûtes 
à trois ou quatre trous, costumes sévères, aimées à 
peine parées de quelque écharpe rose ajoutée au vê- 
tement ordinaire et ne faisant que des mouvements 
de bras, tout prouve qu'à ces époques reculées la 



Digitized 



by Google 



TffT 



154 L*EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

musique était encore simple et primitive et était 
presque considérée comme un plaisir compassé. 

Mais tout change à partir de la XVIII* dynastie. On 
sent que TAsie efiféminée a déteint sur TÉgypte. Des 
instruments nouveaux ont été introduits par les con- 
quêtes; trigone, lyre, doubles flûtes, tambours et 
cymbales sont venus enrichir les orchestres égyptiens. 
Ce ne sont plus des gens concertant gravement à 
deux que Ton voit dans les bas-reliefs — Tun jouant 
de la harpe ou de la flûte, l'autre chantant en se 
tenant fortement une mâchoire, comme font les 
Arabes d'aujourd'hui — mais bien d'interminables 
théories de musiciennes et de danseuses. Car ce sont 
les femmes, en effet, qui sont devenues mélomanes 
sous les Aménophis et sous les Ramsès. Le costume 
aussi s'est modifié. On ne voit que longues robes 
transparentes, noires quelquefois pour faire paraître 
les chairs plus rosées, coiffures aux mille tresses 
ornées de clinquants et de fleurs, le tout fouettant 
Tair dans des rondes folles, au milieu de tiges de 
lierre et de branches de myrte agitées par les assis- 
tants. 

Les Égyptiens riches recevaient beaucoup, don- 
naient de grandes fêtes, et l'un des principaux 
attraits de ces réunions était certainement la musique 
et la danse. Pendant le lunch, tandis qu'un jeune 



Digitized 



by Google 




JOUEUSE DE GUITARE 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



MUSIQ.UE ET DANSE 1^7 

enfant circulait au milieu des assistants pour attacher 
une guirlande au cou des invitées ou une fleur de 
lotus à leur chevelure, on exécutait des concerts ou 
des ballets. Tantôt, c'était une fine et mignonne 
enfant originalement vêtue qui faisait entendre aux 
auditeurs un air de guitare, qu'elle agrémentait 
peut-être de son chant*; tantôt, c'étaient des chœurs 
d'hommes, accompagnés de deux ou trois harpes; 
d'autres fois des trios, des quatuors, des quintettes, 
réunissant plusieurs sortes d'instruments* Enfin des 
aimées paraissaient, le ballet s'organisait ; les unes 
dansaient, d'autres battaient des mains ou jouaient 
de la lyre, de la double flûte, les spectateurs s'en 
mêlaient, marquaient le rythme du pied et de la voix 
et le tout s'achevait, comme aujourd'hui encore à 
Thèbes, dans un délire tourbillonnant de femmes 
échevelées. 

La' musique régnait aussi dans les temples, dans 
les palais, dans les camps. Des troupes de soldats, 
passant par les rues, étaient précédées de tambours, 
de trompettes, de crotales dont le bruit assourdis- 
sant appelait mille curieuses aux étroites fenêtres 
balustrées des maisons en talus. Les exercices mili- 
taires se faisaient également au son du clairon, dans 
les cours des casernes. 

1 V. p. 155. 



Digitized 



by Google 



158 l'Egypte au temps des pharaons 

« Les Égyptiens », écrivent les voyageurs grecs, 
€ méprisent la musique et la considèrent comme un 
passe-temps futile et même dangereux pour les 
mœurs. » Pourtant, dans les grands temples de 
Thèbes, c'étaient des reines et des princesses qui 
composaient la maîtrise et Torchestre. Les femmes 
des pharaons, de la XVIll* à la XXII* dynastie, sont 
presque toutes attachées aux temples en qualité de 
musiciennes. Les unes sont joueuses de tambour et 
portent le titre de hhanr4t; d'autres, battant du 
sistre ou des crotales, se nomment ah-it; les harpistes 
et les guitaristes sont appelées qemâ-it; enfin, les 
chanteuses portent le nom de hous-it. Seules les 
flûtistes manquent. Comme on le voit, la musique 
était largement représentée dans les cérémonies reli- 
gieuses de rÉgypte antique, et les orchestres, rares 
aujourd'hui dans nos églises, étaient chose commune 
dans les temples pharaoniques. 

Les hommes ne paraissent pas avoir été admis dans 
les maîtrises sacrées, sinon à titre de maîtres de cha- 
pelle, de chefs d'orchestre ou quelquefois de basses, 
barytons ou ténors soutenant des voix de femmes.. 
Je n'ai jamais rencontré jusqu'ici, dans les textes ou 
dans les bas-reliefs, l'indication de danseuses sacrées,, 
mais j'ai trouvé à Thèbes, en me promenant au 
milieu des tombes, des cônes funéraires de terre cuite 



Digitized 



by Google 



MUSIQ,UE ET DANSE I59 

ayant servi à marquer la place où étaient ensevelis 
plusieurs personnages portant le titre de àb-n-àmen, 
<c danseur d*Amon ». 

Enfin, si les Egyptiens étaient muets au sujet des 
origines traditionnelles de leur musique, ils n'en 
avaient pas moins des dieux protecteurs de Fart 
musical. A Sais était la déesse des tisserands. A 
Eléphantine était adoré le dieu des potiers, à Abydos 
le dieu des morts, à Hermopolis le dieu des lettrés. 
C'est à Tentyris qu'était le temple de la déesse de la 
musique. 

Hâthor, déesse de la beauté, du plaisir, de la joie, 
de la toilette, était en même temps déesse du chant 
et de la danse. De même que la Vénus romaine, elle 
avait comme mari, et comme repoussoir en même 
temps, le personnage le plus laid qu'on pût imagi- 
ner. Bes, nain difforme, trapu, lippu et ventru, était, 
comme Mars, le dieu de la guerre, mais aussi le dieu 
de la musique ; peut-être de la musique cuivrée 
des batailles ou mieux de la musique barbare des 
vaincus, car il a généralement en main le kinnor 
hébraïque. Leur fils, Hor-ahi, complétait la triade 
musièale et était représenté sous la forme d'un jeune 
enfant nu jouant du sistre. 

Tentyris, dont Tun des noms était Aa-tehhou, « la 
cité des ivresses », devait donc être là ville musicale 



Digitized 



by Google 



i6o l'Egypte au temps des pharaons 

par excellence. En fait, c'est encore de Dendérah et 
de ses environs que viennent les musiciens les plus 
célèbres et les aimées les plus réputées de la Haute- 
Egypte, de même que, dans un autre ordre d'idées, 
c'est encore à Akhmim, comme autrefois à Panopolis, 
qui est le nom antique d' Akhmim, que Ton rencontre 
les tisserands les plus habiles. 



Digitized 



by Google 



IV 



Nous venons d'étudier les légendes musicales que 
racontaient les Egyptiens, la forme qu'ils donnaient à 
leurs instruments, les emplois qu'ils faisaient de la 
musique et les divinités sous la protection desquelles 
ils la pLîçaient. Est-il possible^ pour terminer, de dire 
quefs étaient le caractère et la nature de cette musi- 
que? — Un musicologue beïge, F.-J. Fétis, l'a tenté 
dans son Histoire générale de la musique. 

D'abord, les Égyptiens avaient-ils une notation 
musicale et aurait-on chance de rencontrer un jour 
quelque mélodie manuscrite contemporaine des 
Pharaons? — Fétis affirme que oui et va jusqu'à 
donner d'avance la liste des signes égyptiens qui ont 
dû servir à noter la musique. Le raisonnement sur 
lequel il appuie son affirmation est qu'un grand 
nombre de signes employés dans la notation grecque 



Digitized 



byGpogle 



x6i l'égyptf. au temps des pharaons 

ressemblent, selon lui, à des signes de l'écriture 
démotique égyptienne, et qu'ils n'ont pu que dériver 
,de ces signes. Or, dans son tableau des signes, j'ai 
vainement cherché un seul caractère qui eût même 
l'apparence d'une lettre égyptienne. Les signes réunis 
par Félis semblent avoir été pris maladroitement 
dans d'anciens recueils de planches égyptologiques 
publiés à une époque où l'on ne savait pas encore lire 
l'égyptien et où l'on ne pouvait le copier qu'impar- 
faitement. La conclusion du musicien belge tombe 
donc d*elle*mcme. 

D'ailleurs» i! est peu probable que les Egyptiens 
aient eu une notation musicale* Jamais, dans les 
milliers de représentations relevées dans les tombes 
égyptiennes, on n'a remarqué un musicien tenant un 
papyrus sur lequel aurait été écrite sa partie. Et, 
pourtant, nous connaissons des bas-reliefs où sont 
figurés vingt musiciens jouant ensemble» C eût été 
\li le casj ce semble, de leur mettre une partie entre 
les mains. Jamais, dans TÉgypte moderne, les musi- 
ciens ne lisent la musique. Les airs qu'ils jouent leur 
sont connus par tradition, et leur mémoire est si 
fidèle que certaines chansons, qui leur ont été 
apprises par des soldats de l'Expédition d'Egypte, 
sont encore chantées par eux exactement comme les 
ont entendues leurs ancêtres- 



Digitized 



by Google 



MUSiaUE ET DAN SE lÔj 

Pour n'en citer qu'un exemple, j'ai entendu bien 
souvent chanter en Haute^Égypte, sur des paroles 
arabes : Maîbrouh s en va-t-m guerre. L'air en était 
assez différent de celui que nous connaissons. Jy 
voyais une déformation produite par l'habitude qu ont 
les Egyptiens de jouer par cœur ; [es années devaient 
avoir modifié peu à peu le chant. Or, il se trouve que 
c'est nous qui, malgré notre emploi de la notation, 
avons déformé notre chanson populaire. Dans les plus 
anciennes formes qui en existent, elle est exactement 
semblable a celle que chantent aujourd'hui les Égyp- 
tiens. Un peuple doué de tant de mémoire ne devait 
pas avoir besoin de notation, et les interlocuteurs 
d'Hérodote devaient avoir raison quand ils lui disiiient 
que le Maucros que Ion chantait sous la XXVll^ dy- 
nastie était un^ complainte composée à Tépoque de 
Mena, premier pharaon d'Egypte. Je gagerais même 
volontiers que pas une note n y était changée- 

Les Égyptiens, d'autre part, avaient-ils un système 
tonique bien déterminé et est-il possible de retrouver 
ce système? ~ Là encore, Fétis répond par l'affirmutive 
et, de même qu'il a dressé un catalogue des signes de 
notation, de même il publie toute une série de gam- 
mes en usage, ditHl, chez les anciens Égyptiens, Ici, 
son raisonnement est mieux fondé, je me hâte de le 
dire, que celui qui l'amène à découvrir des notes 



Digitized 



by Google 



164 l'Egypte au temps des pharaons 

égyptiennes, mais, pour être mieux fonde, il ne m'en 
paraît pas plus juste* 

Cest d'après une flûte égyptienne du Musée de Flo- 
rence, dont nous avons parlé plus haut, que Fétis re- 
constitue la tonalité égyptienne. Après avoir fait repro- 
duire cette flûte sur des mesures prises, d'ailleurs, un 
peu trop sommairement, et y avoir fait ajouter une 
embouchure de flûte moderne — ce qui était une faute, 
puisque les anciens Egyptiens, comme nous Tavons 
déjà dit, soufflaient simplement en biais par l'extré- 
mité du tuyau— il obtient les six notes suivantes: 

Ces six notes lui 
suffisent pour la 
reconstitution de toute la tonalité égyptienne» Il en 
déduit immédiatement douze modes, dont quatre dia- 
toniques, quatre chromatiques et quatre enharmoni- 
ques. De ces douze modes, iî en tire dix-huit autres, 
puis d'autres encore par hypothèse ; douze pages de 
son livre sont couvertes de gammes de toutes les for- 
mes, 11 me semble, pour ma part, que cela ne prouve 
rien. La seule conclusion qu'il y ait à tirer de Tétude 
d'une flûte est que cette flûte donne telles notes dé- 
terminées, et c'est là tout. 

J'ai joué trente flûtes égyptiennes, et non une seule. 
Une première remarque à faire est qu on y trouve ra- 
rement deux notes qui soient exactement justes par 



r^r~ 




r 1 






Tl~^^ 




\^ 






\m j 




- 1 


l—TT-— ' 


l— j^— 3 


V ^s- 


*^*^ 


mj ^^ m — - 



•Digitized 



by Google 



MUSiaUE ET DANSE 



165 



rapport Tune à l'autre. L;î flûte de Florence, repro- 
duite plus minutieusement que par Fétis, grâce à 
l'obligeance du conservateur, E. Schiaparelli^ et 
jouée sans embouchure moderne, donne les notes 

z^ i -~t: i^:^ Y — ^-r— — : i ToUS ks trOUS 



étant bouchés, on 
obtient un si ; en ouvrant le premier, on obtient une 
note plus élevée que le si, mais plus basse que le do, 
c'est-à-dire une note répondant à peu près au si^ phy- 
sique. Faut-il en conclure que les Egyptiens connais- 
saient les quarts de ton ? — J en conclus tout simple* 
ment qu'ils ne perçaient lestrousde leurs flûtesqu'avec 
une précision fort peu mathématique* Des Arabes 
chantant faux ont pu donner à croire à des voyageurs 
perspicaces, mais crédules, que leur musique, extrê- 
mement raffinée* contenait des quarts de ton. 11 n*est 
pas besoin, hélas^ d'aller en Arabie pour connaître ce 
genre 4^ raffinement.Un Asiatique naïf qui entendrait 
un de nos ténors faire des quarts de ton sans y songer 
— le cas se présente parfois — aurait le droit d y voir 
un effet étrange, voulu par le compositeur... 

Voici les échelles musicales de quelques flûtes 
égyptiennes, prises au hasard: 



Louvre^ N. 



É^^ 



^^1^ 



Digitized 



by Google 



i66 



L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 



Lauvre, E. 
476: 



Berlin^ 



±ee: 



1— rr-. 



^^ 



È^=lfel^^l^ 



Y a-t-il quelque conclusion bien nette à tirer de ces 
flûtes et quelques modes bien tranchés à en déduire ? 
— Qu'on sache que les vingt-six autres flûtes égyp- 
tiennes donnent vingt-six autres séries de successions 
heurtées, dont les notes, tantôt sautent brusquement 
d'une quarte, tantôt glissent seulement d'un demi- 
ton, sans que jamais d'ailleurs la quarte ou !e demi- 
ton soient justes. 

Je crois donc, pour ma part, qu'un flûtiste de Tan- 
tique Egypte se confectionnait tout bonnement une 
flûte, tant bien que mal, y perçant au petit bonheur 
les notes d*un air quelconque. S'ii jouait seul, tout 
allait bien. S'il était accompagné d'une harpe, le har- 
piste acccrdait son instrument en conséquence. Les 
musiciens de village de l'Egypte moderne ne font 
guère autrement, et le meilleur moyen de connaître 
leurs lointains ancêtres est encore de les étudier à 
travers eux, 

Qy an t au caractère de la musique ancienne de 



Digitized 



by Google 



MUSIQ.UE ET DAT^SE 167 

l'EgyptCi je suis persuadé que, pour s'en rendre 
compte, il suffit d'écouter, dans quelque ruelle du 
Caire, ou mieux, dans quelque obscure bourgade de 
la Thébaïde, les cantilènes plaintives et monotones 
qu'on y chante ou les ballets d'une rêverie enjouée et 
lascive qu'on y danse. Musiciennes ni danseuses n'ont 
guère dû changer beaucoup leur répertoire depuis 
cinquante siècles, et je ne crois pas étonner beaucoup 
le lecteur en lui apprenant que la jolie joueuse de gui- 
tare, reproduite plus haut d'après une tombe thé- 
baine de la XV 111" dynastie, semble la photographie 
absolument frappante — typeiSveltesse,costume/coif- 
fure et bijoux — d'une gracieuse aimée de quinze ans, 
Masaoudah, que j'ai vue danser à Thèbes en 1882, 
La guitare seule est de trop, ainsi que le lotus bleu 
penché sur le front. 




Digitized 



by Google 




Digitized 



by Google 



TOILETTES 



It 



PARFUMS 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



TOILETTES ET PARFUMS 



L'examen microscopique des tissus égyptiens trou- 
vés dans les tombes antiques ne nous a révélé, jus- 
qu1ci, que deux matières textiles d'origine végétale, 
le lin et le coton, } 

Le lin se nomme màU en copte, et ce nom dérive 
d'un mot hiéroglyphique absolument identique, très 
fréquemment mentionné dans les textes. Mais d'autres 
noms, chez les anciens Égyptiens, semblent s*étre 
également appliqués au lin. Tels sont 502//^? et àa-ii 
ou nàaAt. Ce dernier nom se trouve en copte sous une 
forme cii^È^ ou tici^a. traduite dans les lexiques p;tr 
ÀÉvûv, Imunu 

Les auteurs classiques parlent souvent, \\ est vrai, 



Digitized 



by Google 



172 l'egypte au temps des pharaons 

d'une espèce particulière de lin égyptien, qui donne 
des tissus extrêmement fins et que Ton désignait sous 
le nom de jivaaoçy byssus. Mais on ne sait au juste à 
quelle plante spéciale, ou plutôt à quelle variété de 
lin répond le byssus des anciens. Ce qui est certain, 
c'est que le byssus était plus fin que le lin ordinaire. 
Or, le mot hiéroglyphique souten est le nom d'une 
plante employée pour le tissage des étoffes les plus 
luxueuses. Il est donc possible que le souten soit le 
byssus. 

S'il peut être démontré que àa-it, nàa-it est un autre 
nom du lin, la seule différence de sens qu'on peut 
admettre entre ces mots etmâbi est que mâhi s'appli- 
que au lin destiné au tissage, peut-être même au lin 
teille, d*où son déterminatif ^, tandis que àa-it est 
le nom spécifique de la plante. 

D'autre part, plusieurs égyptologues ont cru recon- 
naître dans un mot hmâ, qu'on ne trouve que dans 
quelques tombeaux de l'Ancien empire, une forme 
retournée de mâhiou mâh. La chose me paraît impos- 
sible, au point de vue philologique, à cause delà lettre 
â, et cela pour des motifs qu'il serait peut-être inop- 
portun de donner ici. Du reste, les scènes auxquelles 
se rapporte ce mot hmâ ne prouvent en aucune façon 
que la plante ainsi désignée soit le lin plutôt qu'une 
cércale quelconque. On n'y trouve ni le port, ni les 



Digitized 



by Google 



TOELETTËS ET PARFUMS I73 

fleurs, ni les feuilles, ni aucun caractère botanique 
du lin- 

Le lin fut cultivé de très bonne heure par les Égyp- 
tiens* C'est en lin, en effet, qu'étaient tissées les ban- 
delettes de ïa plus ancienne momie découverte dans 
la nécropole de Memphis* On a pensé que le lin 
égyptien antique était la même espèce que nous em- 
ployons aujourd'hui, ItUîium usilaiissimnm. Il résulte 
de \'à découverte d'une quantité de capsules de lin 
enfermées dans des tombes égyptiennes que l'espèce 
cultivée autrefois èXùX le Limim hiimile. 

Que le coton ait été connu des anciens Égyptiens, 
cela est rendu certain par ce fait que Ton a reconnu 
dans des bandelettes et surtout dans des fragments de 
vêlements la présence de fibres de coton. Ces fibres, 
en effet, sont facilement reconnaissables au micro- 
scope. Elles sont aplaties, ru ba nées et tordues en 
spirale. Les fibres du lin, au contraire, présentent une 
section presque cylindrique, ont un fiiet central 
niarqué en teinte plus foncée et sont toujours droites. 
En second lieu, les naturalistes grecs et latins indi- 
quent le cotonnier, qu1îs désignent sous le nom 
à* arbre à laine, comme ayant été Tobjet d'une culture 
très étendue de la part des Égyptiens. Mais, jusqu'ici, 
le nom de cette plante n'a pas encore été reconnu 
avec certitude dans les inscriptions, ^ 



Digitized 



by Google 



174 l'egypte au temps des pharaons 

Enfin, it convient de mentionner encore comme 
matière textile la laine, dont l'emploi n été révélé par 
l'examen d'un grand nombre d';m tiques tissus égyp- 
tiens. 

De ces matières, les Egyptiens confectionnaient des 
étoffes de toute sorte nu moyen de métiers très pri- 
mitifs que Ton voit parfois représentés dans les tombes» 
Les métiers y consistent en deux rouleaux de bois 
soutenus, à quelques centimètres seulement au-dessus 
du sol, par quatre fichets piqués en terre. Malgré la 
simplicité presque grossière de ce métier, les tisse- 
rands égyptiens obtenaient dans leurs étoffes une 
telle finesse que, de l'aveu de spécialistes modernes, 
il senïit difficile aujourd'hui de reproduire certains 
tissus trouvés sur des momies. Ces tissus sont géné- 
ralement d'une seule couleur, qui tire toujours sur le 
jaunâtre et pourrait faire croire que les Égyptiens lais- 
saient leur linge écru, si nous ne savions par ailleurs 
qu'ils connaissaient les procédés du décreusage et du 
blanchiment. 

Quelques bas-reliefs nous font assister au filage et 
à la teinture. Souvent, les pièces de toile étaient teintes 
une fois tissées. D autres fois, les fils étaient teints à 
l'avance et les dessins multicolores de l'étoffe, bandes, 
semis, losanges, damiers, étaient obtenus sur le mé- 
tier. Enfin, Pline nous apprend que les Égyptiens 



Digitized 



by Google 




i 



ABLUTIONS t' ARFUMtr^S 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



TOILETTES ET PARFUMS jy^ 

connaissaientlesmordantsetque, plongeant une étoffe 
préparée chimiquement dans un seul bain de teinture, 
ils Ten retiraient ornée de motifs de couleurs variées. 

Les seules matières tinctoriales qu'il ait été donné 
aux chimistes de reconnaître avec certitude en étu- 
diant les tissus égyptiens sont le carthame et Tindigo. 
Le carthame, déjà mentionné sous le nom de nas dans 
des textes de la VL^ dynastie, fournissait le joli rouge 
orangé dont on aimait à teinter les écharpes exté- 
rieures des momies. L'indigo est également cité dans 
les inscriptions égyptiennes et son nom ancien, fer- 
Ht'ken ou ii-nhon, est l'origine du grec h$mov et de 
notre mot indigo* C'est donc par une erreur d'éty- 
mologie, dont les écrivains gréco-latins sont d'ailleurs 
les premiers coupables, que l'on a considéré l'Inde 
comme étant la patrie primitive de l'indigo. Cette 
plante pousse encore spontanément dans les déserts 
égyptiens situés à l'ouest de laThébaïde. 

On peut voir, dans bien des musées d'Europe, des 
produits de l'industrie textile égyptienne. Étoffes 
épaisses, tissus légers plus fins que la gaze^ couleurs 
fragiles — saumon, citron, acajou clair — datant de 
cinquante siècles et n'ayant pas changé, liserés, 
franges, broderies, mélange de laine et de lin, bandes 
alternativement opaques et transparentes^ comme 
nos pékins d'aujourd'hui, tous les raffinements, tous 

V, LoîtET, L'Egypte* 12 

Digitized byCaOOQlC 



178 l'Egypte AU temps des pharaons 

les perfectionnements de Tart moderne s y trouvent 
représentés. 

C'est à Saïs et à Panopolis que se trouvaient les 
plus importantes manufactures de filage, de tissage 
et de teinture. Aussi, les momies trouvées à Akhmim, 
sur les ruines de l'ancienne Panopolis, sont-elles revê- 
tues d'étoffes extrêmement riches, qui font l'orgueil 
de nos musées industriels, et le coton cultivé de nos 
jours en Egypte porte-t-il, probablement en souvenir 
de son ancienne origine, le nom arabe de qotn el-ash- 
mouni ou « coton d'Akhmim ». 

Si les ruines de Saïs ne nous ont pas encore livré 
de tissus intéressants, nous savons du moins que 
c'est là qu'on adorait Neith, la patronne des tisserands. 
Dans l'enceinte du temple de la déesse se trouvaient 
deux vastes bâtiments nommés mahn-it et souin-it 
dans lesquels des recluses sacrées, désignées sous le 
nom de khend-it, passaient leur vie à travailler les 
deux lins mahi et souten. Les bandelettes funéraires 
de Sais étaient très recherchées et tout riche Égyptien 
prend soin de nous apprendre que sa momie a été 
emmaillotée dans des linges tissés par les Recluses de 
Neith. De là le caractère funéraire de la déesse Neith 
dont le nom, qui ne servait primitivement qu'à dési- 
gner une divinité purement industrielle, s'écrit au 
moyen de la navette 



Digitized 



byGoogk -L_JM 



I 



TOILHTTES ET PARFUMS IJ^ 

Bien d'autres métiers relatifs à la toilette se trouvent 
représentés dans les tombes égyptiennes* Tels sont 
la cordonnerie et la bijouterie. Les colliers, les dia» 
dèmes et les bracelets les plus anciens furent, comme 
on le verra plus loin, de simples bandes d'étoffe 
ornées de dessins voyants. Mais lorsque leurs relations 
avec les pays étrangers permirent aux Égyptiens de 
tirer du cuivre du Sinaï et djs l'or de l'Ethiopie, l'art 
de la bijouterie prit de jour en jour une importance 
plus considérable. Dès (a X[^ dynastie, on savait faire 
des bijoux en or, et on y sertissait des pierres pré- 
cieuses, émeraudes, lapis ou cornalines. On imitait ' 
même ces pierres au moyen de pâtes et de verres 
colorés^ et on en faisait des perles que Ton enfilait en 
collier ou que l'on prenait dans les mailles d'une sorte 
de tulle pour en former des bracelets. 

Quant à la chaussure, après avoir consisté d*abord 
en de simples semelles de sparterie attachées au pied 
par un cordonnet, elle se perfectionna et Ton fit des 
bottines en cuir uni^ estampé, ou orné de mosaïques 
multicolores. Sous les Ramessides, i[ était d'usage 
de porter des bottines dont la pointe, fort longue, se 
recourbait sur elle-même et revenait toucher le bas 
de la jambe. 

Il n'y a, chose extraordinaire, qu'une seule ma- 
tière, bien utile pourtant pour lu toilette, qu'on n*ait • 

Digitized by VaOOQlC 



i8o l'Egypte au temps des pharaoîïs 

retrouvée ni dans les tombes, ni dans les inscriptions; 
c'est le savon. Je dois dire^ cependant, que je con- 
nais deux exemples d'un mot hiéroglyphique, sbâm- 
itj qui paraît devoir s'appliquer au savon. D'autre 
part, un vase d'albâtre du Musée Guimet renferme 
une substance grasse et pulvérulente, de couleur 
brunâtre, que je* fais analyser en ce moment et qui, 
jusqu'à présent, semble bien offrir tous les caractères 
chimiques d'un savon. 



Digitized by V3OOQIC 



îî 



Riches ou pauvres, les Égyptiens des plus anciens 
temps ne portnîent guère qu'un seul et même vête- 
ment. Ce vêtement consistait, pour les hommes, en 
une espèce de pagne d'étoffe blanche croisé par 
devant^ de la forme suivante ^). Ce vêtement par- 
tait de la taille où il était retenu par une ceinture à 
court nœud flottant, et retombait jusqu'aux genoux. 
Son nom égyptien élnlisbenton et les Grecs nous Tont 
conservé sous la forme ff^ygoiv. Quelquefois, ce vête- 
ment était de couleur, rouge ou jaune. 11 portait alors 
le nom de bonsaou, transcrit ^^t^çttiv par les Grecs. 

Pour les femmes, le vêtement était à peu près le 
même, seulement, il descendait ordinairement plus 
bas, se prolongeant jusqu'aux pieds, et montait par- 
fois jusqu'à la gorge^ où il était retenu par deux bandes 
formant bretelles et passant par dessus les épaules. 



Digitized 



by Google 



i82 l'Egypte au temps des pharaons 

Le vêtement des hommes était généralement 
d'étofife épaisse. Celui des femmes, au contraire, très 
transparent et fort collant, dessinait étroitement et 
laissait voir le corps. D ailleurs, les hommes comme 
les femmes sont souvent, dans les bas-reliefs de TAn- 
cien empire, représentés sans vêtement aucun, ou 
seulement pourvus d'une ceinture. 

Cette absence de vêtement était même d'usage 
absolu pour les enfants de toutes les classes et de 
toutes les époques. Garçons et filles sont fréquem- 
ment figurés nus, même ceux qui appartiennent aux 
grandes familles, même les princes et les princesses 
du sang. 

Sous r Ancien empire, Thabitude de porter de^chaus- 
sures paraît avoir été à peu près inconnue. Les hommes 
n'ont jamais de bijoux. Les femmes portent quelque- 
fois une sorte de gorgerin d'étoffe brodée de diverses 
couleurs. Enfin la coiffure des hommes paraît avoir 
été les cheveux coupés assez ras. Les femmes laissaient 
croître leurs cheveux un peu plus long et les enser- 
raient parfois à Taide d'un bandeau de couleur voyante 
noué autour du front. 

Malgré cette simplicité du costume primitif des 
Égyptiens, on trouve pourtant, dans les tombes an- 
ciennes de Gizéh, quelques exemples d'une plus 
grande coquetterie. C'est ainsi que des danseuses sont 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 




COIFFL'R! 



Digitized 



by Google 




Digitized 



by Google 



"1 



Digitized 



by Google 



TOÎLETTHS ET PARFUMS ïS/ 

parfois représentées avec la chevelure teinte en bleu 
clair, Pnr dessus leur pagne, fort courti se trouve une 
robe plus longue, transparente. Enfin, elles ont au 
cou un ruban rose, et, autour de leur poitrine, se 
croise une écharpe de même couleur qui, retombant 
par devant de derrière les épnules, forme ceinture et 
se termine sur le côté par une longue cocarde. 

Sous ïaXil" dynastie, le costume se modifie à peine. 
Pourtant, on trouve à cette époque plus de gens por- 
tant des sandales. Ces sandales étaient en pellicules de 
papyrus ou en feuilles de dattier. Elles étaient rete- 
nues au pied par des sortes d'anses de même matière. 
Sous la XII* dynastie également apparaissent les pre- 
mières perruques, formées de boucles nombreuses et 
très fines. La plupart du temps, ces perruques sont 
fort courtes et, coupées carrément, atteignent à peine 
la nuque. Elles se prolongent parfois par devant, en 
boucles plus longues qui s'étagent sur la poitrine en 
formant devant chaque épaule une sorte de pyramide 
renversée. 

C*est a partir de l'expulsion des Hyqsos que com- 
mence, pour les Égyptiens, le temps des recherches 
luxueuses dans l'art de l'habillement. Les gens du 
commun portent toujours le pagne des anciennes dy* 
nasties. Les servantes ont toujours la longue et 
étroite robe transparente. L une d Villes, représentée 



Digitized 



by Google 



l88 l' EGYPTE AU TEMPS DRS PHARAONS 

dans une tombe de la XVIIl'' dynastie, porte en plus 
une étroite ceinture nouée lâchement autour des hiin- 
ches et sa coiffure est une perruque dont quelques 
tresses, fines et espacées, recouvrent presque la face, 
tandis que d autres, plus volumineuses, flottent sur 
son dos. C'est une femme de chambre dont le rôle 
consiste a verser des huiles parfumées sur le corps de 
sa maîtresse ^ 

Les hauts personnages de cette brillante époque 
sont parés des costumes les plus riches. Les perruques 
portées par les femmes sont d'une complication ex- 
traordinaire. La partie supérieure en est couverte de 
courtes boucles frisées, très rapprochées les unes des 
autres. La partie postérieure en est formée, tantôt de 
cheveux lissés et enduits de gomme, tantôt de tresses 
nombreuses, effiloquées à lextrémité, et dont la lon- 
gueur, dans une perruque égyptienne exposée au 
Musée de Berlin, atteint jusqu'à o™,7S^ Quelles que 
fussent les dimensions de ces perruques, les femmes 
ne s'en contentaient pas toujours. Elles y ajoutaient 
souvent des diadèmes d or émaillé, des rubans empri- 
sonnant plusieurs tresses, même des fleurs de lotus 
dont le long pédoncule partait de la nuque et dont 
la corolle retombait presque entre les deux yeux. La 

' V, p. 175, 

Digitized by V3OOQIC 



TOILETTES ET PARFUMS i$^ 

mode, sous la XVIH= dynastie, fut de surmonter cet 
appareil d'une sorte de cône en feutre brunâtre rappe- 
lant en petit le tarbouch des Egyptiens modernes ^ 
Souvent, au lieu d'un diadème, les perruques fémi- 
nines étaient recouvertes d'un véritable chapeau. Le 
plus commun avait la forme d'un oiseau dont le dos 
s^arrondissait en forme de calotte. La tête se redres- 
sait juste au milieu du front, la queue s'ouvrait en 
éventail derrière le cou, Jes ajles étalées et rabattues 
sur les tempes descendaient jusqu'aux épaules, enfin 
les pattes, raidies en arrière, tenaient deux sceaux en 
or. Il serait difficile de dire si ces coiffures étaient 
obtenues au moyen d'oiseaux préparés. Généralement 
elles sont peintes en jaune et semblent avoir été con- 
fectionnées soit en or, soit plutôt en une matière 
légère — carton ou toile empesée — recouverte de 
dorure. 

Les perruques des hommes, on le pense bien, étaient 
plus simples. Elles ne différaient pas sensiblement de 
celles que l'on portait sous la XI h dynastie. Mats ce 
sont les coiffures qui prennent de l'extension à ces 
époques. Voicii pour abréger la description, les formes 
les plus simples que revêtaient les couronnes royales ; 
L/, /j, y^, iQ. Dans lesgrandsjoursj ces couronnes 

* V. pp. 384*185- 



Digitized 



by Google 



190 l'Egypte au temps des pharaons 

étaient surmontées d'emblèmes divers, de plumes, 
de serpents, de disques solaires, de plantes symbo- 
liques, le tout en si grand nombre qu'on se demande 
parfois, en contemplant la représentation d'un pharaon 
en costume de gala, par quel prodige d'équilibre il 
pouvait faire trois pas sans voir s'effondrer tout cet 
échafaudage d'ornements. 

Les militaires avaient pour toute coiffure deux 
plumes d'autruche plantées obliquement dans leur 
perruque, et se dirigeant, au dessus de chaque oreille, 
l'une en avant, l'autre en arrière. Les princes royaux 
portaient une sorte de chaperon ou de coiffe rayée 
qu'encerclait autour de leur tête un riche bandeau 
noué par derrière. Sur un côté de cette coiffe était 
attaché, au dessous du bandeau, un grand disque d'or 
d'où pendait une écharpe soigneusement brodée *. 
D'autres hauts dignitaires portaient des coiffures 
d'autre sorte. Les prêtres, plus pratiques, ne portaient 
rien. Ni perruque, ni cheveux même. Leur crâne, 
absolument dénudé, luisait à l'air et n'était orné que 
delà réverbération du soleil. 

Les hommes et les femmes portaient un grand 
nombre de bijoux. Un gorgerin d'or émaillé leur des- 
cendait jusqu'au milieu de la poitrine, et ce gorgerin 

i V. pp. 184-185. 



Digitized 



by Google 



TOILETTES ET PARFUMS Î91 

n'empêchait pas la présence d'un collier à plusieurs 
rangs de perles serrés autour du cou. Les différents 
fonctionnaires du royaume portaient en plus, suspen* 
dues à des chaînettes, diverses pendeloques en forme 
d'hiéroglyphes. Les pharaons, au lieu de ces hiéro- 
glypheSj avaient souvent l'estomac décoré d'un vaste 
pectoral, sorte de plaque d'or ajourée dans laquelle 
se découpaient des cartouches, des scarabées, des naoSj 
des images de divinités. Hommes et femmes, indis- 
tinctement, portaient des bracelets, plusieurs même 
h chaque bras, ainsi que des périscélides au bas des 
jambes. Enfin, les femmes avaient les oreilles ornées, 
tantôt d'anneaux plats ou de disques, tantôt de bou- 
cles très variées de dessin. Des spécimens de la bijou- 
terie égyptienne existent en grand nombre dans les 
collections archéologiques, et beaucoup de nos bijou- 
tiers y vont chercher des modèles originaux. 

La simple sandale de paille des anciens temps est 
remplacée sous la XVIH" dynastie par des chaussures 
de cuir dont la pointe se recourbe souvent, comme 
dans nos anciens souliers à la poulaine. Au temps 
des Ramessides, on aimait à peindre, sous la semelle 
de ces chaussures, un Asiatique blanc pour un pied 
et un Ethiopien noir pour l'autre, mode ingénieuse 
qui donnait aux Egyptiens le plaisir de piétiner sans 
cesse, symboliquement, leurs belliqueux voisins. 



Digitized 



by Google 



192 l'Egypte au temps des pharaons 

Quant au costume lui-même, il faudrait un vo- 
lume pour en noter les variations. Je ne sais si les 
Égyptiens de la XX^ dynastie était plus frileux que 
ceux de l'Ancien empire, mais, au lieu de marcher le 
torse nu, ils se couvrent de nombreux vêtements 
supplémentaires. Au dessus du pagne s'étale un jupon 
plus long, transparent, qui fait plusieurs fois le tour 
du corps, chaque tour se rapprochant de plus en plus 
de la ceinture. Quelquefois ce jupon est plus simple; 
le devant, empesé, a la forme d'un long triangle 
épointé qui part de la boucle de la ceinture et atteint 
les pieds. La partie non empesée est sillonnée de mille 
plissés parallèles qui convergent tous, obliquement, 
à droite et à gauche, vers le haut du tablier triangu- 
laire. 

Autour des épaules, hommes et femmes ont une 
sorte de palatine en étoffe gaufrée, nouée sur le de- 
vant par un gros nœud en oreilles d'âne. Cette pala- 
tine descend fort bas sur les bras, est serrée sous les 
aisselles au moyen d'une coulisse, et donne à ceux qui 
en sont revêtus Tair de porter des manches pagode. 
Enfin, par dessus le tout se drape parfois un long 
manteau dont les franges rasent le sol. A ce vêtement 
les femmes ajoutaient des ceintures de couleur, à pen- 
dants allongés, qu'elles nouaient très haut, presque 
sous les seins. 



Digitized 



by Google 



TOLLETTES ET PARFUMS I93 

Ces costiimes semblent lourds, mais les tissus en 
étaient si fins et si nuageux, Jes couleurs si douces et 
si tendres — ^ bhmc, crème, rose ^ — les diverses par- 
ties si bien disposées pour mettre en relief Ja taille et 
la gorge, que Ion éprouve un véritable plaisir d'ar- 
tiste à feuilleter un atlas de planches égyptologiques, 
ou mieux, lorsqu'on le peut, à p^ircourir les intermi- 
nables murailles peintes des tombeaux de Thèbes. 



V, LonBT, L^Egypte. 



Il 

Digitized byCjOOQlC 



m 



Les objets de toilette sont très nombreux dans nos 
musées égyptiens. Vases à parfum, étuis à collyre, 
boîtes il fard, pinceaux, peignes, miroirs ont été trou- 
vés en grande quantité dans les sépultures pharaoni- 
ques. Cest le chat, symbole de la propreté, qui décore 
ordinairement les plus jolis de ces objets. Souvent 
aussi, c est Thorrîble nain Bes, I époux difforme de la 
Vénus égyptienne. Parfois, sa tête grimaçante vient 
affleurer le disque poli d'un miroir de cuivre auquel il 
sert de manche et ne peut, par contraste, que faire 
paraître plus jolie celle qui s'y regarde. ParfoiSj sculpté 
dans l'albâtre, il supporte sur son épaule une buire 
destinée à contenir du kohol et la tend vers celle qui 
veut s'alanguir le regard*. 

Les Égyptiennes étalent très avancées dans l'art, ou 

* V, p, 197. 



Digitized 



by Google 



TÔILHTTES ET PAR^FUMS 195 

dans [artifice de plaire. Dès les plus anciens temps, 
elles se servaient de deux poudres pour les yeux, Tune 
noire, Tautre vert foncé. Les peintures monumentales 
nous montrent qu'elles se prolongeaient la ligne de 
l'œil d'au moins un centimètre et qu'elles se noircis- 
saient, ou se verdissaient à l'occasion, les cils et les 
sourcils. D'autre part, elles portaient quelquefois, 
comme nous l'avons dit^des perruques bleues ; mais 
Dioscoride nous apprend que, sans recourir aux per- 
ruques, elles savaient modifier Ja couleur de leur che- 
velure. Le henné — que Ton vient justement d'in- 
troduire a Paris pour le même usage — leur servait 
de temps immémorial a se rendre les cheveux d'un 
blond roussâtre. Par le même procédé, elles se tei- 
gnaient en rouge orangé l'intérieur des mains. De plus, 
les momies féminines ont souvent les dents et les on- 
gles dorés. Enfin, nous savons qu'à la XVlll* dynas- 
tie les femmes faisaient usage de la poudre de car- 
thame, substance d'un vert bronzé sur laquelle une 
goutte d'eau qui tombe devient rose, pour se rosir 
fortement tout le corps. 

Cheveux bleus, cils verts, dents dorées, joues trop 
roses, tout cela paraît affreux. Pourtant les femmes 
des bas-reliefs égyptiens sont charmantes, surtout aux 
yeux d'un égyptologue. D'abord elles n'avaient pas 
toutes, nî toujours, les cheveux bleus, ou les cils verts, 



Digitized 



by Google 



196 l'Egypte au temps des pharaons 

ou les dents dorées, ou les joues trop roses. Et puis 
ensuite, les Egyptiennes d'aujourd'hui ont des co- 
quetteries de même genre. Elles aussi se teignent les 
mains au henné et se prolongent démesurément les 
yeux au moyen du kohol. Elles aussi se brunissent les 
ongles ; même elles se décorent parfois la figure d'é- 
toiles bleues, Tune au menton, l'autre au front. Ces em- 
bellissements semblent évidemment étranges au pre- 
mier abord. On hésite un peu à mettre sa main dans 
une main, même très petite, qui se tend à vous teinte 
en rouge brique ; on a peur un peu de regarder trop 
longtemps des yeux, même très doux, dont l'étoile 
bleue qui les sépare vous fait vaguement loucher. Mais 
on s'y fait — tout n'étant que convention — on s'y 
fait même extrêmement vite et, pour peu que Ton 
soit resté quelques mois au Caire avant de s'embar- 
quer pour la Thébaïde, on est bientôt préparé à trou- 
ver ravissantes les Égyptiennes des fresques pharao- 
niques de Thèbes. 

Les femmes mettaient sur leur cheveux ou bien 
une sorte de pommade nommée àbrà, pommade dont 
la composition est encore inconnue, ou bien une 
dilution très étendue de gonime arabique. Dans l'eau 
où elles se baignaient, elles faisaient répandre un par- 
fum nommé sagnan en égyptien et transcrit en grec 
par (7oiy§aç. 



Digitized 



by Google 




OBJETS DE TOILETTE 



Digitized 



by Google 



I! 



Digitized 



by Google 



f 

TOILETTES ET PARFUMS 199 

Les parfums, en effet, jouaient un très grand rôle 
dans la vie des Égyptiens. Dès les plus anciens temps 
on en offrait aux dieux, et les cassolettes à long man- 
che, qui étaient les encensoirs égyptiens, recevaient 
sur leurs braises ardentes la résine de térébinthe, 
somitir, la myrrhe, kharif et Fencens, ânti. Les par- 
fums à brûler étaient en grand usage et le plus célèbre 
d'entre eux, le kyphi, fut introduit dans le monde 
gréco-romain après la conquête de TEgypte et y obtint 
les plus vifs succès. Non seulement on Je brûlait, mais 
encore on le mélangeait au vin, auquel il communi- 
quait un goût agréablement résineux, on le mêlait à 
du miel pour s'en parfumer la bouche, on le mettait 
prés du linge dans les armoires, on s'en servait même 
en médecine. 

D'autres parfums égyptiens furent également 
renommés chez les Grecs et les Romains. Le Mende- 
sium, de couleur sombre, était composé d'huile de 
ben, de myrrhe, de cannelïe et de résine. Le Meto- 
phim avait comme principe dominant Thuile d'amande 
ainère à laquelle on ajoutait, entre autres ingrédients, 
du miel, du vin, de la résine, de la myrrhe et du 
calame aromatique. V^gyptlum , parfum blanc, très 
épais et d'une odeur forte, avait comme base le cinna- 
mome. On s*en oignuit les mains et les pieds, on en 
aromatisait les rafraîchissements servis avant les 



Digitized 



by Google 



200 LEGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

repas. Enfin le Cyprinum, de teinte verte, était extrait 
des fleurs du henné ou Lawsonia inermis, plante cul- 
tivée surtout à Canope, et on le vendait à Rome, du 
temps de Pline, 4 fr. 10 la livre. 

Bien des parfums sont mentionnés dans les textes 
égyptiens, des huiles parfumées d'une part^ des par- 
fums à brûler d'autre part. Ces parfums à brûler, 
ordinairement réservés au culte, étaient fabriqués 
dans les laboratoires des temples et leur préparation, 
très compliquée, demandait parfois des mois entiers. 
Tandis que des aides pilaient les herbes et les bois, 
broyaient les résines et les gommes, remuaient dans 
des chaudières les vins, les huiles et le miel, le prêtre 
préparateur en chef leur lisait à haute voix la formule 
officielle dont le texte était gravé, sur les murailles, 
dans les laboratoires de tous les temples d'Egypte. 

L'idée m'est venue, pendant mon séjour dans ce 
pays, de copier dans différents laboratoires pharao- 
niques la recette hiéroglyphique du kyphi. Cette re- 
cette était vaguement connue grâce à quelques écri- 
vains classiques ; il était intéressant d'en connaître la 
rédaction égyptienne et de constater, comme je l'ai 
pu faire, qu'elle diffère à peine de celle que nous ont 
transmise les Grecs. 

Voici la traduction, à peine abrégée, de cette recette 
antique : 



Digitized 



by Google 



, TOILETTES ET PARFUMS 301 

RECETTE POUR FAIRE Cr-NTTfi-.V (10,1646^) DE KVPHI 
DEUX FOIS BOïJy A L'uSÀGE DU CULTE 

K Âi-onis Caîamus L* . * . , . 270^^ 

Ândropogon Schi^nantbus L. . . 270 

PistacLi Letjii&cus L 270 

Laurits Cassia L^ * * . , . . 170 

L. Cùînamoffium Andr 270 

MeiHha pipcrila L 270 

Coîivolvuhisi scopantis L* . . . 270 

. 1.870 

Piler très fin, passer au crible. N^eiti ployer 

que les 2/5 de la masse, soit la partie la 

plus odorante et U m^eux pulvérisée. 

M. Jupùii'rîts pbœiiîcca L 370 

Acactafanjesiaua Welld. .... 270 
Lau'SOHîii îHtrmis. L. , . . . . . 170 
Qyperus hngti^s L. ,,.... 270 
Broyer ces quatre substances et les mouiler 

de vin , * . . 

Laisser reposer un jour. 
111. Chair de raisim secs, bUn pur€. * . , 

FfVi d'oasis. *...,* 

Mélanger aux onze ingrédients ci-dessus et 

laisser reposer cinq jours. 
V^.Rhiiî^detèrêhiiiihe, . . . . . i.aoo 

MuL. . . , 3,000 

4.300 
Mélanger ces deux substances et les cuire 

jusqu^à réduction de i 5 du poids, de sorte 

qu^îl reste. . 3.^60 

Mélanger au reste des aromates et laisser 

reposer un jour. 
VyMjrrhc broyée fi fument. . ,.-..» i'i4î 
Mélanger au reste de la masse^ ce qui donne 

en kyphî. . . , iO<i6| 



756 
1.080 

J,125 

1.260 
1,440 



Digitized 



by Google 



202 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

Traduire cette recette était une curiosité; la faire 
exécuter par un spécialiste moderne en fut une autre, 
fort naturelle. Le parfumeur E. Rimmel d'abord, le 
chimiste P. Fournie ensuite vinrent à mon aide et, 
depuis, j'ai parfumé bien souvent mon cabinet de tra- 
vail de ce kyphi dont on encensait les divinités égyp- 
tiennes. Eh bien, dois-je Tavouer? J'ai éprouvé une 
vague désillusion , partagée d'ailleurs par quelques 
égyptologues de ma connaissance; le kyphi m'a paru 
plutôt étrange qu'agréable. Il est vrai que les lourds 
parfums huileux et résineux ne peuvent plaire qu'en 
Orient, où les déserts même exhalent une indécise 
odeur d'encens et vous accoutument, aux odeurs bal- 
samiques. Brûlé au Caire^ le kyphi m'eût peut-être en 
effet semblé, comme dit le texte égyptien, deux fois 
bon. Ici, il m'a paru plutôt deux fois bizarre. 

Mais les parfums, quelle que soit d'ailleurs leur 
nature, ont le don bien connu de réveiller en nous, 
mieux que toute autre chose, les sensations et les im- 
pressions passées, et d'évoquer en notre âme le sou- 
venir des lointaines choses aimées. A l'un c'est le 
cyclamen, à l'autre le corylopsis qui fait revivre un 
instant les joies disparues. Aussi m'est-il arrivé sou- 
vent, malgré l'âcreté fuligineuse du kyphi, de revoir 
en idée, à travers les filets bleuacés qui montaient du 
brûle-parfum et se contournaient en spirale dans ma 



Digitized by VjOOQIC 



TOILETTES ET PARFUMS iOj 

chambre, la grande salle du temple d'Hathor a Ten- 
tyns, avec ses colonnes bariolées aux chapiteaux 
ornés de masques métalliques, et d'assister à une 
fête de la déesse égyptienne, où les spectateurs se 
pressaient en foule, où des rondes sacrées se dan- 
saient au son des trigones et des cymbales, tandis 
que des prêtres à la tête rasée et au torse couvert d'une 
peau de panthère agitaient leurs encensoirs devant 
le sanctuaire tout brillant d'or et de fleurs.,. 




Digitized 



by Google 



( 



Digitized 



by Google 



MÉDECINE 



ET 



SORCELLERIE 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



MÉDECINE ET SORCELLERIE 



Bien des personnes s'étonneront à bon droit, en 
raisonnant avec nos idées modernes, de trouver 
étrangement réunies, dans une même étude, la 
médecine et la sorcellerie. Les anciens Égyptiens pen- 
saient autrement; à tel point que leur langue n'em- 
ploie, la plupart du temps, qu'un seul et même mot 
pour designer le médecin et le sorcier- 

Les Égyptiens avaient foi en la médecine, certes, 
mais une vague teinte de surnaturel ne nuisait pas, à 
leurs yeux, à la rédaction d'une ordonnance, La 
prescription, par exemple, de lait provenant d'une 
vache qui n'avait mis au monde que des veaux et 
jamais de génisses, n'avait rien qui les surprit. Cette 



Digitized 



by Google 



2o8 l'Egypte au temps des pharaons 

recommandation précise leur semblait, au contraire, 
de la part de leur docteur, la preuve d'une grande 
circonspection et d'une science approfondie, et ils s'en 
allaient consciencieusement, de ferme en ferme, cher- 
chant la vache qui n'avait eu que des veaux. 

D'ailleurs, la première idée qui venait à un malade 
était de s'adresser à un sorcier de profession. S'il ne 
réussissait pas, on se décidait à recourir au médecin. 
Mais généralement les remèdes et les incantations 
marchaient de front, pour plus de chance de guérison. 

Aussi, cette passion pour la sorcellerie a-t-elle valu 
aux Égyptiens, depuis la plus haute antiquité jusqu'à 
une époque bien rapprochée de nous, la réputation 
d'être tous, de naissance, plus ou moins sorciers. 
Dans bien des pays, «Égyptien » est synonyme de 
« magicien », et les diseurs de bonne aventure de nos 
jours, dans leurs livres à couverture jaune historiée 
— rOracle des Dames, l'Art de prédire V Avenir y le 
Livre du grand Etteilla — ne manquent jamais de se 
recommander du cébre Thoth Trismégiste, le dieu 
ibiocéphale des Égyptiens pharaoniques. 

Malheur, autrefois, aux Égyptiens qui s'aventu- 
raient en France ! Aujourd'hui, coiffés du tarbouch 
rouge, ils fréquentent élégamment nos facultés de 
droit, mais il y quatre cent cinquante ans... « Vint à 
Paris XII penanciers, comme ilz disoient, c'est assa- 



Digitized 



by Google 



MÉDECINE ET SORCHLLERÎE 2O9 

voii% ung duc et ungconte, et dix hommes tous à 
cheval et lesquelxse disoient très bons chrestiens, et 
estoient de la.Basse Egipte... On ne les laissa point 
entrer dedens Paris ; mais par justice furent logez à U\ 
Chappelle-Sai net-Denis, , , Et, quant il furent à la Chap- 
pelle, on ne vit oncques plus grant allée de gens h la 
beneïsson du Landit que là alloit de Paris, de Suinct- 
Denis et d'entour Paris pour les veoir... Presque tons 
avoient les deux oreilles percées, et en chascune 
oreille ung anel d^argent ou deux en chascune , et 
disoient que ce estoit gentillesse en leur pais. Ces 
hommes estoient très noirs, ïés cheveulx crespez... 

« Mais qui pis estoit, en parlant aux créatures, par 
art magicque^ou autrement, ou par Tennemy d'enfer, 
ou par entregent d'abilité, faisoient vuyder les 
bources aux gens et le meltoient en leur bource, 
comme on disoit. Et vrayement, je y fu 111 ou IIIJ 
foyspour parler à eulx, mais oncques ne m'aperceu 
d'un denier de perte, mais ainsi le disoit le peuple 
partout, tant que la nouvelle en vint à Tevesque de 
Paris, lequel y alla et mena avec lui ung frère meneur, 
nommé le Petit Jacobin, lequel par le commande- 
ment de Tevesque fist là une belle predicacion, en 
excommuniant tous ceulx qui ce faisoient..,» 

La chose, relatée dans \e Journal tf un bourgeois de 
Paris^ se passait en 1427 et se termina très probable- 

V. LoEMTj L'Egypte, t^ 



Digitized 



by Google 



210 l'Egypte au temps des pharaons 

ment par le bûcher. 11 y a cinq mille ans, on pensait 
autrement. Un médecin égyptien, qui n'eût pas fait 
preuve de sorcellerie, n'eût obtenu aucune confiance. 
Avoir passé de longues années dans les écoles de 
médecine ne servait à rien si l'on ne connaissait quel- 
que bonne incantation. 

Nous possédons un traité de médecine égyptien 
complet, de plus de cent pages in-folio, avec sa pré- 
face. Ce livre date de Tépoque des Ramsès. Voici les 
premières lignes de l'introduction, dans lesquelles 
l'auteur se présente au public. 

« Je suis sorti de TÉcole de médecine d'Héliopolis, 
où les Vieux du Grand temple m'ont indiqué leurs 
remèdes. Je suis sorti de l'École gynécologique de 
Sais, où les Mères divines m'ont donné leurs 
recettes. 

« Je possède des incantations composées par 
Osiris en personne. Mon guide a toujours été le dieu 
Thoth, inventeur de la parole et de l'écriture, rédac- 
teur d'ordonnances infaillibles, lui qui seul sait 
donner la réputation aux magiciens et aux médecins 
qui suivent ses préceptes. 

« Les incantations sont bonnes pour les remèdes, 
et les remèdes sont bons pour les incantations.» 

Suit le texte de quelques incantations, que nous 
retrouverons plus loin. Le seul fait à retenir de cette 



Digitized 



by Google 



MEDECINE ET SORCELLEREE 211 

préface, c'est que l'auteur d'un ouvrage scientifique 

était obligé, pour se faire lire, de se recommander de 
Thoth Trismégiste, exactement comme le fait, de nos 
jours, le producteur d'un Oracle des Dames. 

La sorcellerie était donc fort répandue en Egypte et 
pratiquée surtout dans le but de venir au secours de 
la médecine chaque fais que les remèdes indiqués par 
la science ne produisaient pas d'effet. 

Il en est de même dans l'Egypte moderne. Les 
Égyptiens — qui n'ont pas changé depuis Ramsès 
— s'adressent encore à la magie, plutôt qu'il la 
médecine, pour se guérir de certains maux^ réels ou 
imaginaires. 

J'ai bien des fois assisté, dans Jes ruelles du Caire, 
à la scène suivante. Des femmes accroupies en cercle 
frappent à tour de bras sur divers instruments, tim- 
bales de terre cuite, tambours de basque, plaques de 
cuivre, voire mêmepoêles àfrire. Elles accompagnent 
cette musique — si cela peut s'appeler ainsi — de 
chants, de cris stridents, de hurlements qui mettent 
en rumeur tout ie quartier et attirent bientôt^ derrière 
les grillages des fenêtres, la foule bariolée des recîuses 
de harem. Au centre du cercle se tient une femme 
5.outenant sa tête des deux mains et paraissant accablée 
sous le poids du malheur. 

On s approche, on s ^informe, on demande ce qui 



Digitized 



by Google 



212 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

se passe, et Ton apprend que la femme accablée est 
possédée d'un démon et que les autres, à force de 
bruit, veulent forcer ce démon à s'enfuir. Le démon se 
déclare généralement vaincu, paraît-il, au bout d'une 
heure et la malade, complètement assourdie, s'écrie : 
«Assez! je suis guérie!» Un Européen, habitué à 
Massenet ou à Bizet, se déclarerait guéri bien plus 
vite... 

D'autres fois, on se trouve en présence d'un person- 
nage assis sur le pas de sa porte et diluant gravement, 
dans une tasse d'eau, une sentence arabe et magique 
écrite sur parchemin. Bientôt l'encre s'efface ; la 
phrase, fondue, s'étale et flotte en nuée noirâtre, la 
vertu de l'incantation s'est mélangée à l'eau. Il ne 
reste plus qu'à agiter et à vider d'un trait toute la 
tasse pour se débarrasser des plus violentes migraines. 

11 y avait autrefois, à l'époque de la XX' dynastie, 
un pharaon qui se nommait Ramsès XI. 11 y a une 
trentaine d'années, les égyptologues le connaissaient 
seulement de nom, et l'on ne possédait aucun monu- 
ment de son règne. On eut la chance d'en découvrir 
un — une stèle couverte d'inscriptions — et il fut 
acquis par la Bibliothèque nationale. On allait enfin 
savoir quelque chose sur Ramsès XI ! On se mit à 
l'œuvre, la stèle fut déchiffrée, analysée, traduite, et 
voici ce qu'elle nous apprit. 



Digitized 



by Google 



MEDEC(NE ET SORCELLERIE 213 

Ramsès Xl^ passant un jour à Bakhtan, ville de 
Palestine^ s*éprit d'une des filles du chef de cette 
localité et Tépousa» Quelques années après, on vint 
Jui dire que la sœur de la reine, restée à Bakhtan, 
souffrait d'une maladie que Ton attribuait à la pré- 
sence d'un esprit malfaisant. Bentresh était le nom 
de cette jeune fille. Le prince de Bakhtan pria 
Ramsès XI de lui indiquer un remède* Celui-ci réunît 
les prêtres et les magiciens de Thèbes; le conseil 
discuta longuement, et il fut convenu qu'on enver- 
rait à Bakhtan, après lui avoir fait donner par les 
autres dieux tous leurs pouvoirs sacrés, la statue de 
Khonsou, Tune des principales divinités de Thèbes, 
Les dieux donnèrent leurs pouvoirs et, après un 
voyage de dix-sept mots, Khonsou arriva à Bakhtan. 

Le prince du pays vint à sa rencontre avec toute son 
armée et se prosterna a terre devant le dieu, le sup- 
pliant de chasser le mal dont souffrait Bentresh. 
Khonsou fut porté dans la chambre de la jeune prin- 
cesse, on les laissa seuls quelques instants et, quand 
le prince de Bakhtan reparut, sa fille était guériep 
L*espnt dont elle était possédée s'était enfui sur les 
ordres de Khonsou, mais non sans avoir obtenu 
qu'on lui ferait une grande fête d*adieu. La fête fut 
célébrée avec le concours du peuple entier, 

Khonsou n'avait plus qu'à regagner sa patrie. 



Digitized 



by Google 



214 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

Mais le prince de Bakhtan songea que posséder un tel 
dieu était une chose fort enviable et il oublia de ren- 
voyer la statue à Thèbes. Qyatre années se passèrent 
et Khonsou, relégué dans un temple syrien, com- 
mença à se sentir dépaysé et à regretter l'Egypte. 

Un matin, le père deBentreshse réveilla souffrant; 
le mal persista. Un esprit nouveau était-il venu 
habiter en lui? La nuit même, Khonsou apparut à ses 
yeux sous la forme d'un épervier d'or et insista pour 
retourner sur les rives du Nil. Le prince comprit; une 
nouvelle fête eut lieu, Khonsou fut chargé de pré- 
sents, et à peine le chariot qui l'emportait eut-il dis- 
paru sur la route d'Egypte que le père de Bentresh 
recouvrait la santé... 

Les démons se montraient donc dans l'Egypte pha- 
raonique comme dans TEgypte khédiviale. Aussi, au 
milieu de recettes pour faire disparaître les ténias, 
remédier aux ophtalmies, et guérir les inflamma- 
tions, voyons-nous sans étonnement, dans les traités 
de médecine égyptiens, le moyen de chasser les 
génies malfaisants et de renvoyer dans leur région 
infernale les morts qui venaient troubler le repos 
des vivants en se logeant dans l'intérieur de leur 
corps. 

Comme on Ta vu par ce qui précède, la médecine et 
la magie sont intimement mêlées dans l'Egypte 



Digitized 



by Google 



MËDECII^E ET SORCELLERIE 21^ 

ancienne, et pour ainsi dire confondues. Celui qui 
veut étudier les documents relatifs à la médecine 
s'aperçoit bientôt qu'il ne peut se dispenser d'étudier 
en même temps la magie, et c'est Jà la raison qui m'a 
fait réunir en une seule étude deux sujets si dissem- 
blables. 

On doit reconnaître pourtant que, sans aller jus- 
qu*à jouer le rôle d'un magicien, le médecin de nos 
jours, surtout quand il soigne des personnes d'intel- 
ligence faible, a parfois intérêt à s'occuper en même 
temps de l'esprit et du corps. La foi sauve, autant que 
le remède. Se bisser abattre peut rendre nul l'effet des 
médicaments ; mettre au contraire toute son énergie 
à vouloir vivre a souvent aidé puissamment le docteur. 
Si quelque moderne croyant, que sa dévotion a 
rendu sûr d*avance du succès, a pu se guérir en 
buvant avec conviction et recueillement un verre d'eau 
de Lourdes, en quoi les Égyptiens d'autrefois — 
peuple enfant qui ne connaissait pas encore le scep- 
ticisme — sont-ils blâmables pour avoir accompagné 
l'application de leurs remèdes de quelques inoffen- 
sives paroles d'incantation? 

« Les incantations sont bonnes pour les remèdes, 
et les remèdes sont bons pour les incantations», nous 
dit l'auteur du traité de médecine cité plus haut* Au 
fond, il a raison, surtout pariant aux gens de son 



Digitized 



by Google 



2i6 l'égyptë au temps dès pharaons 

temps. L Incantation ne pouvait pas faire de maL 
Souvent même elle a dû faire grand bien. 

Résignons-nous donc à présenter, tel qu1ï était 
dans la réalité, le médecin-soicier des dynasties pha- 
raoniques, tout en séparant, pour la commodité des 
recherches, les deux caractères de ce personnage. 



Digitized 



by Google 



I! 



S*i] faut en croire les auteurs classiques ^ les mé- 
decins étaient très nombreux en Egypte et jouissaient 
d*une grande considération. <^ La médecine »^ écrit 
Hérodote, « est si sagement distribuée en Egypte 
qu'un médecin ne s'occupe que d'une seule espèce 
de maladie et non de plusieurs. Tout y est plein de 
médecins, les uns pour les yeux, les autres pour la 
tête; ceux-ci pour les dents, ceux-là pour les maux de 
ventre; d'autres enfin pour les maladies internes. » 

DiodoJ'e parle en ces termes de la médecine égyp- 
tienne : « Pour prévenir les maladies, les Égyptiens 
traitent le corps par des clystères, par la diète et des 
vomitifs. Les uns emploient ces moyens journelle- 
ment, les autres n'en font usage que tous les trois ou 
quatre jours, dr ils disent que l'excédent de la nour- 
riture ingérée dans le corps ne sert qu'à engendrer 



Digitized 



by Google 



2l8 L* EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

des maladies, que c'est pourquoi le traitement indiqué 
enlève les principes du mal et maintient surtout la 
santé. Dans les expéditions militaires et dans les 
voyages, tout le monde est soigné gratuitement, car 
les médecins sont entretenus aux frais de la société. 
Us établissent le traitement des maladies d'après des 
préceptes écrits, rédigés et transmis par un grand 
nombre d'anciens médecins célèbres. Si, en suivant 
les préceptes du livre sacré, ils ne parviennent pas à 
sauver le malade, ils sont déclarés innocents et 
exempts de tout reproche ; si, au contraire, ils agissent 
contrairement aux préceptes écrits, ils peuvent être 
accusés et condamnés à mort, le législateur ayant 
pensé que peu de gens trouveraient une méthode 
curative meilleure que celle observée depuis si long- 
temps et établie par les meilleurs hommes de l'art. » 
Ce procédé, conservateur à l'excès, se retrouve en 
toute chose chez les anciens Egyptiens. De même que 
les médecins devaient soigner leurs malades par des 
remèdes toujours les mêmes, prescrits d'avance, de 
mêmeles architectes devaienttoujours bâtir les temples 
sur un plan unique, de même les peintres ne pouvaient 
dessiner leurs personnages que d'après des règles 
fixes et immuables. Si TÉgypte a dû à cette passion 
pour la stabilité d'être privée des progrès que pou- 
vaient faire faire aux arts et aux sciences les rocher- 



Digitized 



by Google 



MEDECIN! ET SORCELLERIE 2 19 

ches et les talents personnels, elle en a tiré du moias 
une originalité puissante, celle d'être pendant quatre 
mille ans restée toujours la mênnei avec ses grandeurs 
et ses faiblesses, et d'avoir toujours conservé son carac- 
tère spécial malgré le contact des autres nations, au 
point qu'un monument du règne de Psamméticus 
diffère h peine d'un monument antérieur aux pyra- 
mides- 

Les médecins égyptiens virent bientôt leur réputa- 
tion s'étendre à Té t ranger. Cyrus et Darius en firent 
venir d'Egypte pour des maladies graves, et nous 
trouvons, dans la correspondance de Pline avec 
Trajan, plusieurs lettres dans lesquelles il se félicite 
d'avoir été sauvé par un médecin égyptien établi à 
Rome, nommé Harpocrate, tandis que ses compa- 
triotes n'avaient pas réussi à le guérir. 

La médecine, que Ton considérait comme inventée 
par Thoth, dieu des lettres et des sciences» fut de 
bonne heure Tobjet d*études passionnées de la part 
des Égyptiens. Ce furent surtout les premiers rois qui 
s'occupèrent de cette science, Manéthon rapporte 
qu*Athotis, second roi de la première dynastie, — 
quatre mille ans environ avant Tère chrétienne — 
écrivit six livres de médecine, dont le premier était 
relatif à Tanatomie, et qu'il pratiqua, comme un 
homme du métier* D'après le même auteur, Tosortros, 



Digitized 



by Google 



220 l'Egypte au temps des pharaons 

deuxième roi de la troisième dynastie, s'occupa éga- 
lement de médecine. 

Mais nous n'en sommes pas réduits au seul témoi- 
gnage de Manéthon pour nous rendre compte de ce 
qu'était la médecine à ces époques reculées. Nous 
possédons un traité complet^ connu sous le nom de 
Papyrus Ebers, et conservé à Leipzig. Un autre traité, 
détruit au commencement, se trouve au Musée égyp- 
tien de Berlin. 11 fut découvert à Memphis, enfermé 
dans un vase de terre, non loin des ruines de Saq- 
qarah, et appartenait très probablement à la Biblio- 
thèque médicale du Temple de Ptah dont parle 
Galien. Enfin, il existe à Londres, au British Muséum, 
plusieurs fragments d'un ouvrage médical remontant 
à la XVIIP dynastie. 

Dans ces différents traités se trouvent reproduites 
les œuvres des pharaons-médecins de TAncien empire. 
Le papyrus de Londres mentionne plusieurs recettes 
du temps de Chéops, le constructeur de la grande 
pyramide de Gizéh. Ousaphaïdos, de la première 
dynastie, Séthénès, de la seconde, et Bichérès, de la 
quatrième, sont cités plusieurs fois dans les traités de 
Leipzig et de Berlin. 

Voici le titre d'une section du traité de Berlin : 
« Commencement du livre de chasser les gonfle- 
ments. Ce livre fut trouvé, rédigé en écriture antique, 



Digitized 



by Google 



MEDECINE ET SORCELLERIE 221 

dans un coffre à livres, sous les pieds d'une statue 
d'Anubis, dans la ville de Létopolis, sous le règne 
du roiOusaphaïdos. Ce livre fut copié, sous le règne 
de Séthénès, par le scribe savant, chef des médecins, 
Néfer-hotep. Ce livre fut réuni à la statue dans une 
vénération commune et on lui fit des offrandes en 
pains, en bière, en encens, au nom d'Isis, d'Horus 
athribite, de Khonsou et deThoth. » 

Si nous voulons nous faire une idée de ce que pou- 
vait être, dans l'ouvrage d'Athotis mentionné par 
Manéthon, le premier livre relatif à Tanatomie, nous 
n'avons qu'à lire les quelques lignes suivantes du 
Papyrus de Berlin, qui datent de Tépoque d'Ousa- 
phaïdos. « La tête a vingt-deux vaisseaux qui tirent 
les souffles du cœur et, de là, les amènent à toutes les 
parties du corps. Il y a deux vaisseaux aux seins, qui 
conduisent la chaleur aux reins. 11 y a deux vaisseaux 
aux jambes, deux aux bras. II y a deux vaisseaux au 
front, deux à la nuque, deux à la gorge, deux aux 
paupières, deux aux narines. II en est deux à l'oreille 
droite, par lesquels entrent les souffles de la vie, et 
deux à Toreille gauche, par lesquels entrent les 
souffles de la mort. » 

L'anatomie, on le voit, était chose fort simple pour 
les Égyptiens. On peut s'étonner de ce qu'un peuple 
qui avait coutume d'embaumer ses morts, même les 



Digitized 



by Google 



222 l'Egypte au temps des pharaons 

animaux, n*ait pu arriver à une connaissance plus 
approfondie du corps humain. La raison en est que 
les embaumeurs, choisis dans les dernières classes de 
la population, ne pratiquaient leur art que d'une 
manière presque machinale, d'après des traditions en 
usage depuis l'origine même du pays. On les mépri- 
sait, les parents des défunts les poursuivaient ordi- 
nairement à coups de pierres après leur besogne 
accomplie, ils vivaient en des quartiers solitaires, 
dans le silence poudreux des nécropoles, séparés du 
reste des mortels par toute la largeur du fleuve. S'il 
s'en trouva parmi eux quelques-uns qui, plus stu- 
dieux et plus attentifs que les autres, finirent, à force 
de préparer des momies, par se rendre un compte 
exact de l'organisation intérieure du corps, ils ne 
purent jamais se mettre en contact avec les médecins 
et les faire profiter de leurs observations. L'anatomie 
resta donc toujours ce qu'elle était au début de la 
monarchie pharaonique, une sorte de système ima- 
giné de toute pièce. 

Néanmoins, les médecins surent de bonne heure 
discerner nombre de maladies et en formuler les dia- 
gnostics avec une certaine précision. Voici, par 
exemple, d'après le papyrus de Berlin, le diagnostic 
d'une sorte d'inflammation : « Moyen de percer les 
inflammations. Son ventre est lourd, son estomac 



Digitized 



by Google 



MEDECINE ET SORCELLERIE 23^ 

souffrant* Son cœur est brûlant et bat avec ardeur. 
Ses vêtements sont lourds sur lui plus que s'il s'était 
grossi de vêtements nombreux. Il a soif vers le soir. 
Le goût de son coeur est perverti, comme celui d'un 
homme qui aurait mangé des figues de sycomore. Ses 
chairs sont flasques comme celles d'un homme qui se 
trouve à la mort. Quand il s'accroupît pour uriner, ses 
cuisses sont lourdes et le brûlent. Dis à cela : 11 a un 
gonflement en son ventre, son cœur a goûté la 
maladie î Pour l'en délivrer, il faut obtenir un rétrécis* 
sèment. Tu lui appliques les remèdes pour les gon* 
flements, à savoir : dattes fraîches , baies de genièvre, 
miel, lait, fruits de sébestier, etc. » 

Voici une autre diagnostic — on pourrait en citer 
à l'infini — tiré du Papyrus Ebers : « Si tu juges qu*il 
y a un ëpaisissement du sang dans tous les mem- 
bres d'une personne, tu dois les trouver, pris isolé- 
ment ou en groupe, semblables à de la peau d'animaL 
Ses chairs seront dures sous tes doigts. Ses membres, 
s'ils ne sont point volumineux par eux-mêmes, seront 
développés par le mal qui est en ses chairs. Dis à 
cela ; Cest un épaississement du sang!» 

Si les auteurs des papyrus médicaux que nous 
possédons avaient pris soin de donner aussi soigneu- 
sement les diagnostics de toutes les maladies pour 
lesquelles ils prescrivent des remèdes, nous pourrions 



Digitized 



by Google 



224 l'ëgyptë au temps des pharaons 

réunîr une ample collection de termes médicaux 
hiéroglyphiques. Malheureusement, ii n'en est pas 
ainsi. Dans la plupart des cas, nous ne savons trop à 
quel genre de maladie se rapportent les recettes et 
nous sommes obligés de transcrire simplement en 
lettres françaises les noms égyptiens de ces maladies, 

On peut pourtant voir par l'ensemble des recettes 
quels étaient les maux auxquels les Egyptiens étaient 
le plus souvent sujets. Les maux de ventre viennent 
en premier lieu dans le Papyrus Ebers, les rétentions 
d'urine et les échauffements ; puis les vers intesti- 
naux, dont on distingue deux espèces; les maladies 
de la tête, des oreilles, des dents, viennent ensuite, 
enfm les ophtalmies, si fréquentes encore de nos 
jours sur les bords du Nil, et une quantité de <ï gon- 
flements », désignés par un grand nombre de 
dénominations spéciales. Le Papyrus de Berlin men- 
tionne à peu près les mêmes maladies. Celui de 
Londres, dans son état actuel, ne traite que des 
brûlures. 

Mais ce qu'il est facile et curieux de tirer des papyrus 
médicaux, ce sont les procédés divers au moyen 
desquels on administrait les remèdes. 

Tantôt^ il s'agit d'inhalations : «Prends telles 
plantes, mets-les sur des pierres rougies au feu et 
recouvre le tout d'un vase de terre percé d'une 



Digitized 



by Google 



MEDECENE ET 30R.CELLERIE 225 

ouverture. Adapte à ce trou un roseau creux et 
mtroduis dans ta bouche rextrémité de ce roseau, 
aspirant la fumée qui s'en dégage. >> 

Tantôt, il s'agit de fumigations. On place sur des 
braises ardentes un certain nombre de substances et 
on ordonne au malade de se placer au milieu de 
répaisse fumée qui s'en élève. 

Certains médicaments doivent être piles dans du 
miel ; on les laisse sécher et on en forme ensuite des 
pastilles. D'autres, également broyés, se prennent 
entre deux minces tranches de pain. 

Le plus grand nombre des remèdes sont cuits dans 
de Teau et la tisane ainsi obtenue, après avoir été 
passée dans un linge, se boit sucrée au miel. Les 
pommades sont parfois recommandées pour les fric- 
tions, pommade à la coriandre, pommade à Tar- 
moise^ etc. 

Voici quelques-uns des purgatifs ènumérés au 
Papyrus Ebers : <ï Vin, miel, fleurs d' Acacia nilotica. 
Passer, boire en une fois. ^> — ^< Dattes fraîches, sel, 
suc de concombre. Broyer dans de Teau, mettre dans 
un vase, ajouter des fèves pilées, Cuire ^ arrondir en 
pilules et les donner à la personne en lui faisant boîre 
ensuite de la bière douce- » — « Vert-de-gris, une 
pincée. Mettre dans de la mie de pain, en former trois 
pilules, les manger, puis boire de la bière douce. » 

V. LoR£T, L'Hgypte. I5, 



Digitized 



by Google 



226 l'Egypte au temps des pharaons 

Le Papyrus de Berlin ne recommande qu'un seul 
vomitif, mais, à le juger uniquement par la lecture, 
il devait produire son effet : « Poisson pourri pilé 
dans de la bière. Boire en une fois. » 

Les principaux remèdes employés par les Égyptiens 
étaient végétaux. Les papyrus médicaux nous don- 
nent ainsi les noms de plus de cinq cents plantes 
égyptiennes. Toutes n'ont pu être identifiées encore, 
mais, d'après celles qui l'ont été^ nous voyons non 
sans surprise que les vertus qui leur sont attribuées 
par les Égyptiens, dès l'époque des Pyramides, sont 
exactement celles que leur attribuent plus tard les 
médecins gréco-latins, Dioscorideet Pline surtout. 

Cest ainsi que la sciure d'ébène est recommandée 
pour différents maux d yeux, Técorce de racine de 
grenadier pour les vers intestinaux, le bois de cèdre 
pourle même usage, Taneth pour amollir les vaisseaux 
secs et remédier à certaines maladies féminines, la 
coriandre pour les inflammations et les abcès, les 
dattes, les jujubes dans les purgations. Les rapj^ro- 
chements de ce genre pourraient être multipliés faci- 
lement et nous donneraient d'intéressants renseigne- 
ments sur les origines de la thérapeutique classique. 

Traduire en entier ces traités de médecine égyp- 
tiens serait évidemment le meilleur moyen d'en 
donner une idée complète — et mon intention^est 



Digitized 



zedby Google 



MEDECINE ET 50RCELLER[E 22^ 

bien de le faire un jour — mais, pour le moment, 
l'analyse succincte que je viens d'en faire suffit pour 
nous montrer d'une manière générale que la mé- 
decine était arrivée chezles Egyptiens, dès les époques 
les plus reculéeSi à un certain degré d'avancement. 



Digitized 



by Google 



m 



A la suite d'ordonnances purement niédicales, on 
trouve ordinairement^ dans les papyrus que nous 
venons de signaler, un certain nombre de recettes 
d'un genre différent. Il ne s'agit plus de maladies à 
guérir, mais bien de petits désagréments intimes à 
éviter, détruire les rats et les puces, par exemplej 
chasser les charançons qui gâtent le blé dans les 
greniers, empêcher les serpents, qui abondent dans 
les maisons égyptiennes, de sortir de leur trou. 
D'autres fois, il est question de secrets de toilette 
féminine* L'heureuse issue de la grossesse, surtout, 
semble avoir préoccupé Tesprit des Égyptiens. 

J'ai hésité, par crainte délasser le lecteur, à donner 
la traduction et l'analyse de trop de formules 
médicales. Le même inconvénient n'existe plus au 
sujet de recettes domestiques et je réuniSi au hasard 



Digitized 



by Google 



MÉDECINE ET SORCELLERIE 22$ 

de la transcription, les plus intéressantes de celles 
qu'il m'a été donné de rencontrer dans les textes. 

« Moyen d'augmenter le lait d'une nourrice qui 
doit élever un enfant : chair d'esturgeon du Nil frite 
dans de Thuile. En frotter le dos de la nourrice, 

« Autre moyen. Pain d'épeautre grillé sur un feu 
de bois de genêt. Que la nourrice le mange en se 
tenant lesjambes repliées sous elle, 

^ Moyen de connaître le sort d'un enfant au 
moment de sa naissance. S'il dit m" en venant au 
monde, il vivra. S'il dit mba, il mourra, 
* <i Autre moyen. Si^ au lieu de crier, il n'émet que 
de faibles sons, il mourra. S'il se présente la face 
tournée vers le sol, il mourra sur le champ, 

<i Remède à appliquer pourchasser les puces d'une 
maison ; asperge-la d'eau de natron pour les chasser, 

<ï Autre remède ; pouliot pilé avec du charbon. En 
parsemer ia maison le mieux possible pour les 
chasser. 

<< Recette pour empêcher un serpent de sortir de 
son trou : pagre (sorte de poisson) sec, place-le à 
l'entrée de son trou, il n'en sortira point. 

« Autre recette : natron, place-le à l'entrée de son 
trou, il n'en sortira point. 

« Autre recette ; têtes d'oignon, place-les à l'entrée 
de son trou, il n'en sortira point. 



Digitized 



by Google 



230 l'Egypte au temps des pharaons 

« Recette pour empêcher d'être piqué par des 
abeilles : huile de pigeon, s en oindre les membres. 

« Recette pour empêcher d'être piqué par des 
moustiques : huile fraîche de platane, s en frotter. 

« Recette pour empêcher les rats de s'approcher des 
objets : huile de chat, la mettre sur tous les objets. » 

De nos jours, il semble qu'un chat vivant serait plus 
propre à chasser les rats qu'un chat réduit à l'état 
d'huile. Les Égyptiens pensaient que Todeur seule du 
chat, communiquée à l'huile, suffisait pour effrayer 
les rats. Les huiles d'animaux divers étaient souvent 
mentionnées dans les traités de médecine égyptiens. 
Pour les obtenir, on faisait bouillir de Thuile d'olive, 
on y plongeait l'animal vivant, et on laissait ensuite 
refroidir le tout. 

« Recette pour empêcher les charançons de manger 
le blé dans un grenier : prends des excréments secs de 
gazelle, brûle-les après avoir fermé toutes les ouver- 
tures du grenier. Ensuite, recueilles-en la cendre, 
mélange-la avec de l'eau, asperges-en les muraille^ le 
plafond et le sol du grenier. Point ne seront mangés 
tes grains. 

« Recette pour tuer les hérissons : prends un lézard, 
mets-le sur le feu, les hérissons mourront. 

« Recette pour tuer les lézards : prends un hérisson, 
mets-le sur le feu, les lézards mourront. » 



Digitized 



by Google 



MÉDECINE ET SORCELLERIE 23 1 

Cette théorie étrange des animaux inconciliables 
jusque dans la mort se retrouve en beaucoup d*en- 
droits dans les textes égyptiens. 

Les deux recettes suivantes s'appliquent à la toilette» 
et la première surtout est intéressante en ce qu*eHe 
nous montre connu depuis des siècles un procédé qui, 
aujourd'hui, est encore considéré comme le plus 
efficace et le plus inoffensif. 

^ Moyen d'avoir les dents blanches : poudre de 
charbon d'acacia, s en frotter les dents, elles devien- 
dront blanches. 

« Choses à faire pour parfumer une habitation ou 
du linge, encens, mimosa, résine de térébinthe, 
souchet long, bois de cinnamone, lentisque, caïame 
aromatique de Syrie, extrait mou de styrax. Broyer 
en poudre impalpable et réduire en une seule masse 
homogène, puis mettre sur du feu. 

<( Autre: que lesfemmes agissent comme ci-dessus» 
qu'elles ajoutent à ces ingrédients du miel, et fassent 
cuire le tout en mélangeant» Ensuite elles donneront 
au produit la forme de pilules qu'elles feront brûler 
au milieu d'elles, 

« Elles peuvent enfin, en les mâchant, s'ert par- 
fumer la bouche. )* 

Les recettes qu'il me reste à signaler terminent 
ordinairement les traités égyptiens et témoignent, par 



Digitized 



by Google 



232 L'ÉGYPtE AU TEMPS DES PHARAONS 

leur nombre et leur variété, de l'anxiété dans laquelle 
vivaient les ménages pharaoniques en espérance 
d'enfant. 

« Moyen d'activer la délivrance d'une femme : 
brûler de la résine de térébinthe auprès de son ventre. 
Si le moyen ne réussit pas, lui appliquer sur le 
ventre un composé d'huile, de safran et de bière 
douce. 

« Moyen de savoir si une femme enfantera ou non : 
pastèque, piler et faire macérer dans le lait d'une 
vache qui n'a eu que des veaux. Donner à boire avec 
du suc d'absinthe. Si la femme rend ce breuvage, 
elle aura un enfant; si elle peut le supporter, elle 
n'enfantera jamais. 

« Autre moyen : faire brûler auprès d'elle des 
excréments secs d'hippopotame. Si elle urine abon- 
damment ou qu'elle ait des renvois le matin, elle 
aura un enfant ; sinon, elle n'en aura point, car elle 
aura été trompée dans ses prévisions. 

« Autre moyen : fais coucher la femme et frotte 
lui d'huile fraîche la poitrine, ainsi que les bras et les 
avant-bras. Le lendemain, lève-toi de bonne heure 
pour l'examiner. Si tu trouves que ses veines sont 
vertes, c'est qu'elle aura un enfant. Si tu les trouves 
moites et de la même couleur que la peau de ses 
membres, c'est qu'elle sera stérile. Si tu les trouves 



Digitized 



by Google 



MÉDECINE ET SORCELLERIE 253 

vertes dès la nuitmême, en laregardant, c* est quelle 
sera très prolifique. 

« Autre moyen : prends ses doigts dans ta main, 
étends son bras et applique-le le long de son corps. 
Promène ta main le long de son bras. Si tu sens ses 
veines s'efïacer sous tes doigts, dis à cela : elle aura 
un enfant! 

<i Autre moyen : fais-la tenir debout, tournée vers 
le soleil levant j examine la couleur de ses yeux. Si 
Tun d'eux est de la couleur d'un œil de Syrien et que 
l'autre soit de la couleur d'un œil d'Éthiopîen> elle 
n'aura pas d'enfant. Si tu les trouves tous deux d'une 
seule et même couleur, elle en aura un, 

«£ Autre moyen de voir si une femme aura un 
enfant ou non : prends de Torge et du froment, fais- 
en deux paquets et place-les dans son urine de chaque 
jour. Si les graines germent ensuite, elle aura un 
enfant. Si Torge germe la première, ce sera un garçon; 
si c'est le fromentj ce sera un fille. Si les graines ne 
germent ni Tune ni Tautre, elle n'aura point d'en- 
fants. i> 

On se rend compte, à lire ces citations, que le 
médecin égyptien» déjà un peu sorcier par nature, 
devait en même temps connaître bien des petites 
recettes domestiques et devenir le guide des ména- 
gères en peine. Si Ton s'adressait à lui pour se guérir 



Digitized 



by Google 



254 l'hgypte au temps des pharaons 

d'une ophtalmie ou d'un ver solitaire, on recourait 
également à ses conseils pour chasser les rats ou 
détruire les charançons» Cela explique pourquoi les 
ouvrages dans lesquels il puisait sa science devaient 
être un peu, comme certains produits de nos colpor- 
teursj des livres des mille et un secrets. 



Digitized 



by Google 



IV 



Les incantations — nous Tavons vu en commen- 
çant — jouaient chez les Égyptiens un rôle important, 
non seulement dans la magie, mais encore dans la 
médecine. On pensait avec justesse qu'il était aussi 
utile de guérir Tesprit du malade que de soigner son 
corps. Cest pourquoi, tout en lui administrant des 
remèdes qui agissaient matériellement sur le mal, on 
le rassurait lui-même en même temps, en pronon- 
çant des paroles mystérieuses que devaient com- 
prendre, seules, les puissances surnaturelles causes 
de sa maladie. 

Parmi les incantations que nous ont conservées les 
documents égyptiens, deux sont d'un emploi général, 
et ce sont celles-là qu'il importe de citer tout d'abord. 
Elles ont un pouvoir des plus étendus, puisqu'elles 
sont recommandées indistinctement pour toute 



Digitized 



by Google 



236 l'Egypte au temps des pharaons 

espèce de maladie. Aussi sont-elles publiées dans la 
préface même du Papyrus Ebers, comme si elles con- 
densaient en elles toute la puissance du livre. 

« Paroles à dire exactement et le plus de fois 
possible lorsque Ton applique des remèdes sur tout 
membre de quelqu'un qui est malade, afin de détruire 
en lui toute cause de trouble: Isis a délivré, a délivré, 
Osiris a délivré Horus des choses mauvaises que lui 
avait faites son frère Set en tuant son père Osiris. 
O Isis, grande déesse des incantations, délivre-moi, 
débarrasse-moi de toute chose mauvaise, malfaisante, 
cruelle, délivre-moi du Dieu des douleurs, de la 
Déesse des douleurs, d*un Mort ou d'une Morte, du 
Pénétrant et de la Pénétrante qui pénètrent en moi, 
de même qu'a été délivré, qu'a été débarrassé ton fils 
Horus. Car je suis entré dans le feu, je suis sorti de 
l'eau, je ne suis pas tombé dans le piège de ce jour. 
J'ai dit que j'avais été enfant, que j'avais été petit. 
O Soleil, parle de ta langue ! O Osiris, intercède par 
ton intervention ! Le Soleil parle de sa langue et Osiris 
intercède par son intervention. Donc, voici que tu 
m'as délivré de toute chose mauvaise, malfaisante, 
cruelle, du Dieu des douleurs, de la Déesse des dou- 
leurs, d'un Mort ou d'une Morte. » 

Ces paroles, comme le titre l'indique, doivent 
accompagner spécialement l'emploi des remèdes 



Digitized 



by Google 



MÉDECINE ET SORCELLERIE 257 

externes. Voici maintenant TincantAtion àdire lorsque 
Ton applique des remèdes internes. 

« Chapitre de boire des remèdes. Venez, remèdes, 
venez chasser les choses de mon cœur, de mes mem- 
bres. Les incantations sont bonnes pour les remèdes 
et les remèdes sont bons pour les incantations. Ne 
vous souvenez-vous pas qu'Horus et Set ont été con- 
duits dans le grand bâtiment d'Héliopolis lorsque l'on 
discuta au sujet de la légitimité de Set et d'Horus? 11 
est florissant, maintenant, comme il l'était sur la terre; 
il fait tout ce qui lui plaît, comme les dieux au milieu 
desquels il se trouve. — Il faut prononcer ces paroles 
exactement et le plus de fois possible, lorsque Ton 
boit des potions. » 

Malgré la grande valeur que les Égyptiens attri- 
buaient à l'emploi de ces deux incantations, ils ne 
s'en contentaient pas toujours. Elles avaient le défaut 
d'être trop générales. Des formules plus spéciales 
inspiraient une confiance plus vive. Aussi existe-t-il 
un nombre considérable d'incantations que l'on ne 
doit prononcer que dans certains cas particuliers. 
, L'incantation suivante, par exemple, ne se rapporte 
qu'à la guérison des taies de Tœil : « Une rumeur 
s'élève dans le sud du ciel aussitôt que tombe la nuit ; 
le trouble s'étend dans le nord du ciel. Les colonnades 
tombent à l'eau. Les matelots de la Barque solaire se 



Digitized 



by Google 



238 l'Egypte au temps des pharaons 

frappent de leurs rames pour se faire tomber la tête à 
l'eau. Mon père vient, il l'amène, il le trouve. Moi, je 
l'amène; moi, je le trouve. J'ai. rapporté vos têtes, je 
les ai rétablies sur vos cous, j'ai remis vos blessures à 
leur place. Je vous ai amenés pour chasser le Dieu des 
douleurs, le Mort ou la Morte. — Ces paroles doivent 
se dire sur de Técaille de tortue pilée dans du miel, 
que Ton applique ensuite sur les yeux. » 

Pour donner plus de force à certain purgatif, il 
suffisait simplement de dire : « O Hyène mâle. Hyène 
femelle! O Destructeur, ô Destructrice!» 

Pour les ténias, on accompagnait les remèdes des 
paroles suivantes : « Que ces paroles chassent la ' 
douloureuse marche rampante que trace en mon 
ventre Celui qui serpente! C'est un dieu qui l'a fait, 
cet ennemi. Qy'il l'enchante et qu'il chasse le mal 
qu'il a fait en mon ventre ! » 

On pourrait signaler bien d'autres incantations 
médicales, mais je pense que celles que Ton vient de 
lire suffiront amplement. D'ailleurs, il nous en reste 
d'autres à citer. En effet, dans mille occasions de la 
vie, les Égyptiens se servaient d'incantations, leur 
effet ne se bornant pas seulement à augmenter la 
force des remèdes. 

Les reptiles étaient nombreux dans les maisons 
égyptiennes, et leur présence incommodait fort les 



Digitized 



by Google 



MEDECI^NE ET SORCELLEREE 239 

locataires des rez-de-chaussée. Aussi peut -on voir 
dans nos musées des stèles destinées à chasser ces 
reptiles. On les plaçait probablement auprès des 
portes s'ouvrant sur les sombres et fraîches ruelles. 
Ce sont des pierres, arrondies au sommet, sur les- 
quelles est figuré le dieu Horus sous la forme d'un 
jeune enfant nu, la tresse pendant sur une épaule. H 
est debout, dans une attitude victorieuse, sur deux 
crocodiles dont la colonne vertébrale est brisée, et il 
tient en main, par bottes, des serpents, des couleu- 
vres et des scorpions- Derrière ces stèles sont gravées 
de longues imprécations magiques à l'adresse des 
reptiles, 

Une espèce d'animal fort nuisible également était 
le vautour. On connaît l'histoire biblique du panetier 
de Pharaon qui voyait — dans un rêve dont il 
demanda lexplication à Joseph — des oiseaux des- 
cendre du ciel et enlever, d'une corbeille qu'il portait 
sur la tête, les pains et les gâteaux destinés à la table 
royale- La chose arrive encore au Caire, où Ton voit 
fréquemment quelque épervier affamé guetter attenti- 
vement, du haut de lencorbellement d'une terrasse, 
rétalage d'un boulanger ou d'un boucher. La rue 
reste-t-clle vide un moment, et Thonnête commerçant 
en profite-t-il pour rentrer paisible dans son arrière- 
boutique, qu'aussitôt loiseau fond comme une 



Digitized 



by Google 



240 l'egypte au temps de^ pharaons 

flèche . et remonte en toute hâte sur sa terrasse, 
chargé d'une côtelette ou d'un petit pain, ainsi que 
de mille malédictions de la part du volé. 

Les anciens Égyptiens avaient une recette sûre 
pour prévenir les larcins de cette sorte : <( Incantation 
pour empêcher un milan de dérober. — Viens, 
Horus, toi qui es épervier. Tu as été petit, tu es 
grand. Tu as été faible, tu es fort. Tu vois ce milan ? 
Fonds sur lui, déchire-le, arrache-lui les plumes ! — 
Ces paroles doivent se dire sur des branches d'acacia 
que Ton a couvertes de gâteaux, et certainement le 
milan ne dérobera point. » 

Parfois, les papyrus nous livrent de bien singulières 
recettes. Nous possédons plusieurs incantations des- 
tinées à assurer à celui qui les prononce l'amour de 
celle qu'il aime, ou à rendre ardemment passionné 
un mari trop négligent de ses devoirs. Rien de plus 
simple et de plus naturel. 

Ailleurs, ce sont de véritables envoûtements. Un 
Égyptien a-t-il un ennemi, vite il prépare une petite 
statuette de cire représentant cet ennemi, il la torture 
à coups de stylet et, s'il prononce en même temps 
quelques formules magiques bien choisies, il est cer- 
tain que ces blessures seront ressenties de loin par celui 
qu'il poursuit de sa haine. Cela encore se comprend 
au besoin, et se comprenait surtout au moyen âge. 



Digitized 



by Google 



MEDECINE ET SORCELLERIE 24I 

Mais s'imaginerait-on, par exemple, que des Egyp- 
tiens pouvaient avoir l'envie, vaguement fantasque, 
de voir le disque solaire en plein minuit, que d'iïutres 
se sentaient le besoin de faire venir les dieux auprès 
d'eux afin de leur exposer personnellement leurs 
désirs? 

La chose existait pourtant, et des papyrus nous 
décrivent longuement les moyens d'atteindre ce but. 
Ces moyens, il fitut l'avouer, sont fort compliquéSt 
mais le résultat espéré n'en valait-il pas bien la 
peine ? 

Lampes de cuivre, lézards coupés en morceaux, 
garçons vierges encore, chevilles de bois de laurier, 
huile de rosée, tout cela joue un rôle important dans 
les opérations. Les paroles à prononcer sont terribles : 
« O Bassin de feu, Ame des béliers, Taureau des 
ténèbres, Esprit de la nuit! Ouvre moi! Oh! je suis 
H. E, E; 1, 1, 1; Hî, Hî, Hî; Hô, Hô, Hô! Je suis 
Anipô, Miripô, Ma! O Téhibô, Aroui, Wouv^ou, 
lâhô !,„ ^ 

Les Pharaons disparus, les incantations n*en conti- 
nuèrent pas moins à régner en Egypte. Seulement, les 
divinités invoquées changèrent de nom. Nous trou- 
vons, dans un papyrus médical copte, une bizarre 
prière adressée aux anges OrieL Gabriel et Raphaél 
— les Coptes étaient chrétiens — anges considérés^ 

V. Loft HT, L' Egypte. ^ l5 



Digitized 



by Google 



242 l'Egypte au temps des pharaons 

en cette occasion, non comme devant protéger les 
humains contre les tentations mauvaises, mais bien 
contre les maladies de peau, dartres, gale etgmttelle. 

Le lecteur, je Tespère, n'a absolument rien com- 
pris à toutes ces incantations égyptiennes. Qu'il s'en 
console, cela ne prouve qu'une chose, c'est qu'elles 
étaient efficaces. II est évident que, lorsque Ton 
s'adresse à des êtres surnaturels, à des Hyènes mâles 
et femelles, à des Dieux des douleurs, à des Péné- 
trants et à des Destructeurs, on ne saurait décem- 
ment leur parler le banal et intelligible langage des 
simples mortels. Ces puissances malfaisantes ont une 
langue à elles que connaissent les sorciers et qu'ils 
veulent bien transcrire, pour le plus grand bonheur 
de l'humanité, dans leurs papyrus médico-magiques. 

D'ailleurs, parler ne suffisait pas. Il fallait accom- 
pagner les paroles de gestes inusités dans la vie 
ordinaire, les encadrer d'une mise en scène effroyable 
qui pût rappeler les décors de l'autre monde. 

En principe plus l'action magique est étrange, 
plus les accessoires sont objets rares ou terrifiants, et 
plus on a chance d'offrir aux divinités évoquées un 
séjour qui leur soit agréablement connu. D'autre 
part, moins une incantation est claire, moins elle se 
rapproche de la langue des humains, et plus on a 
d'espoir qu'elle sera comprise des Esprits et produira 



Digitized 



by Google 



MHDECtWE ET SORGtLLERrB 245 

sur eux tout TefiFet attendu* Aussi doit-on reconnaître 
que, sous ce rapport, les nfiages d'Egypte ont admi- 
rablement réussi à donner de l'incohérence à leurs 
incantations* Car, pour traduire exactement ces 
textes, nous sommes obligés, philologues à rebours, 
de considérer comme mal interprété tout ce qui 
pourrait conserver le moindre sens et présenter ia 
moindre apparence de clarté. 



Digitized 



by Google 



Nous connaissons maintenant la forme extérieure 
que revêtait la sorcellerie égyptienne. Il nous reste à 
montrer quel rôle jouaient les magiciens au temps des 
pharaons. 

Les magiciens ne flusaient pas régulièrement partie 
du personnel des temples; certaines de leurs opéra- 
tîons, il est vrai, les mettaient en contact avec les 
divinités bonnes ou mauvaises, mais leurs rapports 
avec les êtres supérieurs étaient plutôt scientifiques 
— si l'on peut s'exprimer ainsi — que religieux. Les 
magiciens étaient donc considérés comme des savants, 
au même titre que les médecins, et ils étaient placés 
avec ceux-ci sous la protection commune du dieu 
des lettres, Thoth à tête d'ibis. Du reste, comme 
nous lavons dit tout d'abord, magie et médecine 
étaient sciences si voisines qu'elles étaient ordinaire* 



Digitized 



by Google 



MEDBCENÉ ET SQRCELLëREE 245 

ment l'apanage des mêmes individus. Les magiciens, 
en compagnie des médecins, des astronomes, des 
mathématiciens, formaient des corps savants qui 
occupaient, dans les grandes villes d'ÉgyptCi des 
locaux spéciaux^ avec logements, salles de réunion, 
bibliothèques. C'est là qu'on lilhut les trouver lors- 
qu'on en avait besoin, et mille détails de l'histoire 
d'Egypte nous prouvent qu'ils étaient souvent appelés. 

Aidant les prêtres dans certains cas, ils contri- 
buaient à tout ce qui, dans les cérémonies religieuses, 
avait pour but de frapper les esprits par des moyens 
surnaturels. Certaines statues divines étaient de véri- 
tables mannequins articulés, qui baissaient la tête, 
remuaient les bras. Héron d'Alexandrie, qui certai- 
nement dut tenir beaucoup de ses renseignements 
des magiciens d'Egypte, se plaît à nous décrire la 
manière de faire ouvrir d'elles-mêmes les portes d*un 
temple, de faire s'élever graduellement de terre un 
autel sur lequel on vient de déposer des offrandes, de 
faire s agiter des figurines au moyen de la vapeur 
d eau. Tout cela était œuvre de sorcellerie, et d'après 
le peu qu'on en connaît, on peut facilement se rendre 
compte des agencements compliqués d'un temple, 
qui devait être aussi abondamment pourvu de trucs 
que le sont nos théâtres de féeries. 

Les statues îinimées, surtout, jouaient un rôle 



Digitized 



by Google 



34^ l'ÈGVPTK au temps DK& PHARAONS 

important. Nous avons vu Ramsès XI assemblant le 
collège de ses magiciens et ceux-ci concentrant sur la 
statue d'un seul dieu, Khonsou, les pouvoirs réunis 
de tous les autres dieux de Thèbes, Dans bien des 
textes, nous voyons une statue divine en tête-à-têle 
avec le pharaon. Celui-ci pose des questions, la 
statue répond en baissant la tête, parfois en levant les 
bras. 

Lorsque la princesse Hatasou, régente d'Egypte 
sous la XVIIJ^ dynastie, fut à la veille d'entreprendre 
une expédition en Arabie, elle alla conférer avec le 
dieu Amon dans son sanctuaire de Karnak*. La statue 
m anifesta un avis favorable et l'expédition eut lieu. 
Grâce au concours divin, Hatasou revint victorieuse, 
escortée de vaisseaux chargés de richesses de toute 
sorte et» pour remercier le dieu qui Tavait protégée- 
elle fit planter à son intention^ dans un parc divin, 
des arbres d'Arabie qui devaient fournir tout Tencens 
nécessaire aux temples de Tlièbes. 

Une autre statue célèbre est celle de Memnon, qui 
chantait tous les matins au lever de laurore. Le fait, 
prouvé par mille inscriptions que gravèrent autour 
du socle de la statue des voyageurs grecs et latins, 
doit être considéré comme évident. Ici» ce n*est plus 

i V. pp. 248-^49^ 

Digitized by V3OOQIC 



1 

4 



Digitized 



by Google 




RUINES DU TEMPLE DE i 



Digitized 



by Google 



- *'jj??; 



îçr 




E K ARNAK A THEBES 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



MÉDECINE ET SORCELLER[E 2^1 

d'un dieu qu'il s'agit, maiç bien d*un des plus illustres 
pharaons d'Egypte, Aménophis III. Des naturalistes 
ont trouvé que la statue de Memnon est sculptée en 
une pierre, le grès-brèclie, qui devait s écailler et se 
déliter bruyamment sur toute sn surface aussitôt que 
le soleil levant faisait évaporer rapidement la rosée 
nocturne dont elle était enveloppée. Pourquoi, dans 
ce cas, la statue qui faisait pendant à celle de Memnon, 
laquelle était taillée dans la même matière et provenait 
de la même carrière, ne chantait-elle pas également 
tous les matins? Pourquoi les nombreux temples 
bâtis en grès-brèche n 'exécutaient-ils pas, h chaque 
lever de l'aurore, une immense et bizarre symphonie 
ayant colonnes, piliers et architraves pour instru- 
ments? 

Des voyageurs, peut-être plus clairvoyants, ont 
remarqué sur les genoux de la statue une sorte de 
réduit où pouvait se cacher un homme, et en ont 
conclu qu'un prêtre sy tenait pendant la nuit et 
émerveillait le matin les curieux venus pour Ten- 
tendre. Je suis bien porté à croire que la statue de 
Memnon était en effet une statue adroitement agen- 
cée, comme celle d'Amon- 

Diodore nous apprend quen Ethiopie, colonie 
égyptienne, les rois étaient élus de la manière sui- 
vante. On faisait asseoir en cercle, dans une vaste 



Digitized 



by Google 



253 l'egypte au temps des pharaons 

salle, tous les personnages qui étaient jugés dignes 
de monter sur le trône. Des prêtres promenaient sur 
leur dos une statue d'Amon montée sur un pavois et la 
faisaient passer successivement devant tous les compé- 
titeurs. Aussitôt que le dieu était arrivé devant celui 
que ses qualités appelai enta régner, ses bras de pierre 
s'agitaient, son front s'abaissait, et tous les assistants 
se prosternaient en adoration devant le nouveau roi. 

Mais la scène de sorcellerie la plus frappante que 
Ton connaisse dans l'histoire d'Egypte est certaine- 
ment celle qui est relatée dans la Bible et qui nous 
représente les savants du pharaon luttant de science 
magique avec Moïse et Aaron, 

<î L'Éternel parla à Moïse et à Aaron, disant : 
^ Quand Pharaon vous parlera et vous dira de faire 
<\ un miracle, alors Aaron prendra son bâton et le 
« jettera devant Pharaon, et il deviendra un ser- 
<s pent. s> Moïse donc et Aaron vinrent vers Pharaon 
et firent comme TÉternel aviiit commandé* Et Aaron 
jeta son bâton dev:mt Pharaon et devant sa cour, et 
son bâton devint un serpent. Mais Pharaon fit venir 
aussi des sages et des enchanteurs, et ces magiciens 
d'Egypte firent la même chose par leurs sortilèges. Ils 
jetèrent donc chacun leurs bâtons, et ils devinrent 
des serpents; mais le bâton d'A:iron engloutît leurs 
bâtons. » 



Digitized 



by Google 



MEDECINE HT SORCELLERIE ^53 

Et la lutte se poursuit. Pharaon ne veut pas laisser 
partir le peuple hébreu. Chaque jour, Moïse et Aaron 
accomplissent un nouveau prodige pour prouver îe 
pouvoir de l'Éternel; chaque jour, les magiciens de 
Pharaon reproduisent le même prodige afin de mon- 
trer la supériorité des divinités égyptiennes. 

Un jour, toutes les eaux de TEgypte prennent la 
couleur du sang. Mares, canaux, lacs, tout devient 
rouge et bourbeux. Les eaux des jarres et des fon- 
taines sont imbuvables, et le Nil, ensanglanté, roule 
des monceaux surnageants de poissons morts, dont 
!a pourriture exhale une affreuse odeur. 

Huit jours après, des grenouilies sortent de tous 
les marais stagnants et montent sur le pays d'Egypte. 
Les édifices en sont couverts jusqu'au sommet des 
obélisques, les passants en trouvent partout sous 
leurs pieds, et leur masse gluante vient déborder jus- 
qu'à rintérieur des habitations, entrant dans les 
meubles, se glissant sous les couvertures des lits. 

Les magiciens d'Egypte, grâce aux conjurations 
qu'ils trouvent indiquées dans leurs papyrus hiéra- 
tiques, refont tous ces enchantements. Et le cœur de 
Pharaon demeure endurci. 

Des poux paraissent ensuite, puis les bestiaux sont 
frappés d'une terrible maladie; les hommes se voient 
couverts de pustules; une grêle violente détruit toutes 



f 

Digitized by V3OOQIC 



254 l'Egypte au tkmps des pharaons 

les plantations i des sauterelles envahissent le pays et, 
rongeant tout sur leur passage, transforment les 
champs en déserts; des ténèbres intenses couvrent ïe 
royaume pendant trois jours. Les magiciens se dé- 
clarent incapables d'imiter par eux*mêmes tous ces 
prodiges, mais Pharaon résiste toujours et ne se rend 
enfin aux vœux du peuple d'Israël que lorsque la mort, 
qui a emporté tous les premiers-nés des Egyptiens, 
vient atteindre dans son propre palais le jeune héri- 
tier de la couronne. 

Quelque authenticité que Ton croie pouvoir accor- 
der au récit biblique, il n'en est pas moins pour nous 
un témoignage, à ajouter aux autres, du rôle impor- 
tant que jouait la sorcellerie aux époques pha- 
raoniques* 

La magie, après avoir traversé la période copte, est 
encore florissante en Egypte plus qu'en aucun autre 
pays d'Orient, et Thoth, dont les temples de granit 
gisent effondrés au bord du Nil, n*en est pas moins 
toujours considéré, par les diseurs de bonne aventure, 
comme leur dieu invincible et immortel. 

Quant à la médecine des Égyptiens — pour résu- 
mer en dernier lieu la partie plus scientifique de cette 
étude — je dirai qu'elle a laissé dans notre propre 
médecine bien plus de traces qu'on serait porté à le 
supposer. 



Digitized 



by Google 



MEDECINE ET SORCELLERIE 255 

Dès [es premières dynasties, des écoles de méde- 
cine furent fondées en différents points du royaume. 
Nous en connaissons quelques-unes. 

A Saïs, dont !a déesse principale, Neithr était con- 
sidérée comme une Athêna égyptienne, existait un 
collège où des femmes instruites enseignaient leur 
métier aux sages-femmes et donnaient aux médecins 
des leçons de gynécologie. 

A Héliopolis, où bien des savants grecs allèrent 
puiser leur science, se trouvait une vaste école de 
médecine, placée sous la protection du dieu solaire, 

A MemphiSjle dieu Imhotep, Flmouthès des Grecs, 
était regardé comme une sorte d'Esculape, et son 
temple renfermait une bibliothèque médicale dont le 
seul livre existant aujourd'hui est le Papyrus de Berlin 
auquel j'ai plus haut fait quelques emprunts. 

Il est certain que les premiers Grecs fréquentèrent 
assidûment ces écoles égyptiennes lorsqu'Amasis, 
sept siècles avant I ère chrétienne, ouvrit son pays 
aux étrangers- Des ouvrages de ces écrivains, il ne 
reste guère que des fragments, mais combien de pas- 
sages d'Hippocrate, de Galien, de Dioscoride^ ne nous 
donnent-ils pas la traduction presque littérale de 
recettes que Ton peut lire dans les papyrus égyptiens. 
Les noms hiéroglyphiques des plantes médicinales 
étaient connus du monde grec^ et Dioscoride nous en 



Digitized 



by Google 



256 l'EGYPTE au TtMP5 DES PHARAONS 

cite près de trois cents, ainsi qu'Apulée, auteur de 
VHerbarîum. 

Que hi plupart des théories médicales des écrivains 
classiques dérivent directement de la science égyp- 
tienne, cela est évident pour moi, et le sera pour 
tous quand paraîtra la traduction des trois traités de 
médecine égyptiens que nous possédons- 

Il serait trop long de suivre la médecine égypto- 
grecque a travers les âges et de montrer ce que Ton 
en a conservé aujourd'hui; mais il est permis d af- 
firmer que, si Thoth est nominalement vénéré, en 
tant que magicien, dans nos Oracles des Dames ^ il ne 
Test pas moins, implicitement et inconsciemment, en 
tant que médecin, dans bien des ouvrages de nos 
docteurs contemporains» 






Digitized 



by Google 



LA TOMBE 



V. LoRBT, L'Egypte. I7 

Digitized by V3OOQIC 



Digitized 



by Google 



w 



LA TOMBE 



Etudier les funérailles d'un Égyptien est peut-être 

le meilleur moyen de se rendre compte de ce que 
pouvait être sa vie. En effet, sa préoccupation con- 
stante était de s'assurer le plus tôt possible une sépul- 
ture toute prête pour le moment indéterminé de sa 
mort, et Ton peut presque dire, sans être taxé d*exa- 
gé ration, qu'aussitôt né il se préparait à mourir. 
Arrivé à l'âge de raison — et Tage de raison arrive 
vite, en Orient — tout Egyptien prenait sans perdre 
un moment ses dispositions pour la construction de 
sa tombe et songeait a la faire le plus durable pos- 
sible. 

A l'entrée d'une galerie des carrières de calcaire 



Digitized 



by Google 



26o L*KGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

situées au sud du Caire, en face de i ancien ne Mem- 
phis, et connues sous le nom de carrières de Tourah, 
se trouve gravée sur une stèle l'inscription suivante : 
« An premier, jour premier du règne du fils du Soleil , 
roi de la Haute et de la Basse-Egypte, le pharaon 
Aménophis III. Le roi^ ayant trouvé les galeries en 
ruine, en fit creuser une nouvelle afin d'en extraire 
les blocs de calcaire destinés à la construction de 
son temple funéraire* ^> Aménophis (El fut l'un des 
plus puissants souverains de la XVIII' dynastie; 
nous verrons plus loin ce que c'était qu'un temple 
funéraire» 

Ce qu'il importe de remarquer pour le moment, 
c'est que, le jour même de son avènement, et peut- 
être avant de s'occuper des affaires du pays, un roi 
donnait déjà des ordres pour faire préparer son tom- 
beau. Il est certain, d'autre paît, qu'on y travaillait 
jusqu'à la fin de sa vie* Or, en fait, Aménophis III 
régna au moins trente-six ans, et son hypogée, 
retrouvé au commencement du siècle par la Commis- 
sion d'Egypte, et dans lequel j ai eu l'occasion, pour 
en relever les légendes, de passer deux ou trois 
semaines, est l'un des plus considérables que Ton 
connaisse. La stèle de Tourah nous apprend quMl fut 
commencé en l'an premier du roi; trente-six ans 
après, à Tépoque de la mort d'Aménophis III, les 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 261 

ouvriers étaient encore à Tœuvre et durent mêmei 
lorsque la momie royale fut prête à être ensevelie, 
abandonner le tombeau sans l'avoir complètement 
terminé, car on y trouve une salle à peine commencée, 
dont un pilier seulement sur quatre a été achevé et 
dont les autres adhèrent encore en partie au corps de 
la montagne. 

Dans ces conditions, on comprend que la seule vue 
d'une tombe égyptienne nous permette d'établir faci- 
lement, a priori f non pas peut-être l'importance du 
personnage qui y était enseveli, mais du moins la 
longueur probable de son existence. Plus longue 
était sa vie, plus considérable et plus richement orné 
était son caveau funèbre. Les dispositions d'une sépul- 
ture égyptienne étaient combinées de telle sorte que 
la partie principale et absolument indispensable devait 
en être prête relativement vite. On pouvait ensuite 
l'embellir, Tagrandir, la développer indéfiniment, et 
îa durée des travaux qu on y faisait n'avait d'autres 
limites que la durée de la vie du personnage qui 
devait l'occuper. 

Si un roi venait à mourir quelques mois après 
son avènement, sa tombe, quoique bien peu décorée 
encore, était néanmoins déjà en état de le recevoir. 
Si au contraire il vivait de longues années, son tom- 
beau, tout en n'ayant théoriquement que les par- 



Digitized 



by Google 



202 i/eGYPTE au temps DES PHARAONS 

ties constitutives de la tombe la plus simple, n*en 
était que plus soigné et plus riche en annexes de 
toutes sortes. C'est d'après ce principe que les pyra- 
mides funéraires étaient construites non pas par 
couches horizontales, comme Hérodote le laisse sup- 
poser, mais par un noyau pyramidal central qui allait 
s'ékrgissant de jour en jour par des revêtements suc- 
cessifs, ce q u i penn ettai t d achever rapide me nt l'édifice , 
une fois arrivée la mort du roî. Les trots pyramides 
de Glzéh témoignent, par leurs dimensions diffé- | 
rentes, de la longueur différente des règnes des rois 
qui les firent construire. Le règne de Chéops eut plus 
de deux fois la durée de celui de Mycérinus, sa pyra- 
mide a plus de deux fois la hauteur de celle de son 
descendant. 

L'inspection rapide d*une tombe royale peut donc, 
dans nos recherches chronologiques, nous donner sur 
le règne probable du pharaon à qui elle apparte- 
nait, des renseignements que l'on n'est pas tou- 
jours sûr de rencontrer dans les documents histo- 
riques proprement dits, et l'on pourrait presque ainsi 
calculer mathématiquement, d'après le nombre de 
mètres cubes de pierres creusés dans la montagne ou 
élevés dans l'espace, le nombre d'années* qu'il vécut. 

Ce que les rois faisaient, les grands fonctionnaires 
de la cour et les riches particuliers du royaume 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



I 



1 




VALLEE FUNERAIKE DE; 



Digitized 



by Google 




Ëï> ROtS DE THFBES 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 267 

devaient le faire également. La préparation de leur 
tombe devenait de bonne heure la principale occu- 
pation de leur vie, et J'idée de la mort se trouvait 
ainsi sans cesse devant leurs yeux, 11 est probable 
qu'un homme prévoyant — et riche surtout- car les 
riches seuls pouvaient prendre si grand soin de leur 
future momie — allait voir tous les huit ou quinze 
jours où en étaient les travaux de sa tombe. 

11 activait les ouvriers, discutait avec les architectes, 
choisissait les modèles de décoration pour les soubas- 
sements et les plafonds, indiquait, au fur et à mesure 
qu'ils se présentaient, les différents événements de sa 
vie qu'il désirait voir représenter spécialement sur les 
parois de sa dernière demeure. Entre temps, il allait po- 
ser chez le sculpteur chargé de modeler ses traits et de 
les reproduire ensuite sur le plus grand nombre possi- 
ble de statues ; il faisait venir de loin, h grands frais, 
le granit qui devait servir à son sarcophage, et en fai- 
sait prendre sur lui les dimensions exactes. En un 
mot, il se donnait toute sa vie durant, pour faire 
construire sa tombe, le souci que se donne de nos 
jours un bourgeois qui se fait bâtir une maison de 
campagne, avec cette différence qu'une maison de 
campagne est nécessairement terminée au bout d'un 
espace quelconque de temps, quelle que soit d'ailleurs 
ta lenteur des entrepreneurs, tandis qu'une tombe 



Digitized 



by Google 



268 L*éGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

égyptienne n'avait aucune raison d*être considérée 
comme achevée avant la mort de son propriétaire. 

L'idée de la tombe, qui devenait une nécessité jour- 
nalière de sa vie, n'effrayait nullement l'Égyptien. 
Bien hewreux même qu'il ne pût pas, de son vivant, 
se faire préparer sa momie. Et encore il pouvait le 
faire, et le faisait, jusqu'à un certain point. Parmi les 
trois classes de momification que Ton connaissait, il 
pouvait choisir, sur un catalogue ad hoc présenté par 
l'embaumeur — et fort scrupuleusement détaillé, s'il 
faut en croire les quelques fragments qui nous en 
restent — la classe spéciale qu'il désirait. 

Il pouvait faire le pèlerinage de Sais et en rap- 
porter des bandelettes tissées par les Recluses de 
Neith, bandelettes très recherchées des Égyptiens et 
qui assuraient, paraît-il, aux momies qui avaient le 
bonheur d'en être revêtues, des avantages inappré- 
ciables dans l'autre monde, celui entre autres d'y 
être introduites et recommandées par Neith en per- 
sonne. Il pouvait faire prendre sur lui-même l'em- 
preinte du masque de carton qui devait plus tard 
s'appliquer sur sa face momifiée et, après avoir été 
convenablement enluminé et muni d'yeux de cristal, 
donner à son cadavre toute l'apparence de la vie. 

Nous aussi, quand nous pouvons en avoir, nous 
prenons grand soin de nos caveaux de famille, mais 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE afigj 

ce sont des caveaux de famiîle, et notre place n'y est 
pas spécialement désignée au milieu des niches inoc- 
cupées encore. Les Égyptiens n'avaient pas de caveaux 
de famille; leurs tombes, pour grandes qu'elles fussent, 
leur étaient absolument personnelles, et l'habitude 
de s acheter soi-même son cercueil, qui nous ferait 
aujourd'hui passer pour des originaux, leur semblait 
au contraire la chose la plus naturelle du monde, et 
n'était chez eux qu'une preuve d'ordre et de sage 
prévoyance. 

S* il s'occupait avec tant de soin de son tombeau, 
rÉgyptien d'autre part négligeait fort sa maison, ou 
du moins ne cherchait à la rendre ni solide ni durable. 
Les riches maisons égyptiennes, telles que nous les 
représentent les peintures de l'Ancien empire, étaient 
construites en briques et même quelquefois en bois. 
Ce n étaient guère que de légers kiosques, ombragés 
le plus soigneusement possible sous les arbres d'un 
grand parc dont la fraîcheur était encore augmentée 
par des ruisseaux d'eaux courantes et des bassins, 
où nageaient des poissons, des cygnes, des pélicans, 
des canards aux vives couleurs, et sur le bord desquels 
se jouaient des hérons et des ibis — non sacrés. 

Quant aux demeures des pauvres, c'étaient proba- 
blement, comme celles des fellahs modernes, des 
huttes grossières bâties en boue, et qu'emportait 



Digitized 



by Google 



^7** l'Egypte au temi^s des pharaons 

régulièrement chaque inondation un peu forte. Que 
sa maison subsistât après sa mort et pût appartenir 
longtemps à safamiiïe, peu importait à un Egyptien. 
L*essentiel pour lui était que sa tombe fût éternelle 
autant que possible, et il y employait consciencieu- 
sement tous ses soins. Son désir le plus vif était de 
se survivre h lui-même et de laisser trace de son 
passage sur la terre. Croyez bien qu'il ny avait pas 
là seulement une question de vanité. D'autres idées 
venaient s'y mêler, des raisons administratives d*une 
part, d'autre part surtout des motifs religieux. 



DigitizedbyVaOOQlC ^^-a 



It 



L'Égyptien n'avait pas d ctat civil officiel. Aucun 
diplôme, aucune publication ministérielle ne pouvait 
nippe 1er ses titres et ses services à la postérité* Aussi 
lui-même se chargeai t-il de la chose. Sur les diffé- 
rents panneaux de son tombeau, il se faisait repré- 
senter, peint ou sculpté, quelquefois peint et sculpté, 
accompagné de tous les membres de sa famille, 
ascendants ou descendants. Chacun de ces person- 
nages avait son portrait ressemblant et portait, à côté 
de lui, son nom, Tindication de son degré de parenté 
avec le défunt, et Ténumération complète de toutes 
ses dignités successives. Le défunt, pour sa part, se 
faisait modestement représenter d'une taille cinq ou 
six fois plus grande que celle des autres membres de 
sa famille. Ce nest pas qu'il fût nécessairement un 
géant ; c était une manière symbolique de montrer 



Digitized 



by Google 



272 l'Egypte au temps des pharaons 
qu'iJ était le principal personnage de la tombe, que 
lui-même en avait ordonné les détails, et qu'il en 
était le légitime possesseur. Je me souviens d'avoir vu, 
au Musée de Boulaq, la stèle funèbre d'un ancien roi 
thébaîn, lequel, ayant probablement quelque raison 
pour négliger sa famille, s^ contenta de se faire 
représenter avec ses quatre chiens, grands lévriers 
d'Afrique portant, eux aussi, chacun son nom au* 
dessus de sa tête. Telle dame de la XVIU* dynastie^ 
Taïa, chanteuse d'Hathôr, a fait peindre auprès d'eJle 
le portrait de son singe favori, cynocéphale vert 
d'Ethiopie, lequel est attaché par les reins k la chaise 
de sa maîtresse et gambade follement au milieu d'une 
jonchée de fleurs de lotus bleus. 

Outre le besoin d'établir rigoureusement leur arbre 
généalogique ou de rappeler à leurs descendants 
l'image des êtres qui leur avaient été chers, les Égyp- 
tiens visaient encore un autre but en couvrant de 
légendes les murailles de leurs tombes. Ils tenaient à y 
faire graver eux-mêmes leur biographie. La plupart des 
documents historiques non royaux que nous possé- 
dons sont des autobiographies funéraires. Le défunt 
y énumérait avec complaisance toutes ses fonctions, 
commençant par Tâge le plus tendre, celui où il 
n*était encore que tresseur de guirlandes, c'est*a*dire 
page à la cour, pour fmir par les emplois les plus 



Digitized 



by Google 



LATOMBE 375 

élevés de ïa hiérarchie pharaonique. Toutes les mis- 
sions dont le roi Ta honoré, toutes les campagnes 
qu'il a conduites y sont minutieusement détaillées. 

En régie généralej tout Egyptien se trouve avoir 
infiniment mieux fait que n'ont fait ses prédécesseurs, 
et même, annonce-t-il souvent à i*avance, que ne 
feront ses successeurs, La modestie n'est pas le faible 
de ces autobiographes. Ouna, par exemple, qui fut 
revêtu de hautes dignités à [a cour de plusieurs rois 
de TAncien empire, est chargé par le roi Téta d'aller 
lui chercher, aux carrières de granit de Phil^, les 
blocs destinés a sa pyramide royale. Il devait en rap- 
porter également la stèle, les linteaux, les piliers, les 
seuils destinés a la décoration de la chambre funèbre. 

<c Je revins^>, fait écrire Ouna dans sa biographie, 
après avoir décrit longuement les péripéties de sa 
mission, « je revins, et Sa Majesté me félicita hau- 
tement de mon œuvre, son cœur en tressaillit de 
joie, et elle déclara que jamais chose pareille n'avait 
été accomplie en Egypte depuis les temps les plus 
reculés*» Ouna est chargé de la sorte de plusieurs 
autres missions, celle entre autres de refouler les 
nomades qui attaquaient la frontière septentrionale 
de rÉgypte, et chaque fois qu'il revient, Sa Majesté 
lui déclare invariablement^ dit-il, que «jamais chose 
pareille n'avait été accomplie en Egypte depuis les 

V, LoiiET, L'BgypttH jS 



Digitized 



by Google 



274 l'Egypte au temps des pharaons 

temps les plus reculés ?*. Tel maître de chapelle du 
temple d'Osiris à Abydos nous apprend en deux 
lignes, sur sa stèle, que tous ses prédécesseurs 
n'étaient que de purs ignorants et que sans lui la 
musique religieuse courait grand risque de dépérir 
pitoyablement. Et partout on retrouve dans les tombes 
la naïve expression de cette excellente opinion de 
soi-même. 

Laisser un souvenir, et un souvenir flatteur sur- 
tout, c'était bien- C'était mieux encore, et plus pru- 
dent, d'être certain de se retrouver intact dans l'autre 
vie. De là, principalement , le soin et la sollicitude 
apportés à la préparation des momies et à la con- 
struction des demeures qui devaient les abriter. 

L'Egyptien ne mourait pas entièrement à la terre; il 
y laissait une partie de lui-même. L'être humain est 
composé pour nous d'une âme et d'un corps; Vàme 
égyptienne, prise séparément, avait en quelque sorte 
à son tour un corps et une âme. Elle se composait de 
deux parties : lame proprement dite, nommée ba^ 
qui s'envolait dans l'autre monde, sous forme d'oi- 
seau, aussitôt après la mort, et une seconde âme plus 
matérielle, intermédiaire entre la première et le corps, 
servant d'enveloppe au èiî, et qu'on nommait A^, c'est- 
à-dire k double. Ce double avait exactement la torme 
du corps, auquel il se combinait intimement, qu'il 



Digitized 



by Google 



pénétrait dans toutes ses parties, et dont il ne différait 
que parce qu'il était immatériel et transparent. La mo- 
mie, au soleil couchant du jour de Tenterrement, allait 
dans Tautre monde retrouver son âmei la première , 
le ba. Le double, lui, restait au tombeau, l'habitait, 
en faisait sa demeure, et c*était à lui que s'adressaient 
les offrandes et les prières des parents et des amis du 
défunt. Mais le double ne peut subsister de lui-même. 
Habitué qu'il est a vivre dans un corps humain, il lui 
faut un support pour qu'il puisse vivre dans le tom- 
beau. 

De là les statues que le défunt se faisait faire de 
son vivant, le plus ressemblantes possible, afin que 
le double y retrouvât le souvenir de son ancien 
domicile et pijt en remplir exactement tous les replis. 
Faute d'un corps de chair, le double, enfermé dans la 
tombe, se contentait d'un corps de pierre. Quelque- 
fois, on lui donnait même trois, quatre statues, et 
plus, afin qu'il eiit le choix, qu'il pût habiter celle qui 
lui convenait le mieux, et que, si quelque accident 
survenait à lune d'entre elles, il en eût d'autres où se 
réfugier. 

L*Égyptien poursuivait donc un double but reli- 
gieux en s'occupant d'une manière si active et si 
constante de la bonne exécution de son tombeau : 
d'abord, préserver sa momie, qui devait ressusciter, 



Digitized 



by Google 



2j6 l'Egypte au temps des pharaons 

ensuite donnera son double, qui devait le représenter 
sur terre, une demeure confortai ble» La momie avait 
sa chambre à part, dans laquelle elle était murée 
pour toujours, couchée dans un triple cercueil, lequel 
était à son tour enfermé dans un sarcophage de 
granit. 

Aussi, ne saurait-on trop admirer Textréme état 
de conservation des riches momies qui nous sont 
parvenues* Lorsqu'il arrive parfois qu'on découvre 
une tombe ayant échappé aux recherches des voleurs 
antiques — ou des égyptologues modernes — on ■ 
est certain de la retrouver exactement dans le même 
état où elle était lorsqu'elle fut fermée, eùt-e!Ie quatre 
ou cinq mille ans d'existence. Les couleurs y parais- 
sent appliquées d'hier, les offrandes funèbres, à part 
leur état de dessiccation, sont demeurées intactes, les 
jarres ont encore la boue moite déposée par l'eau 
qu'elles contenaient, les fleurs ont à peine perdu leurs 
couleurs et quelquefois le sable a conservé pieuse- 
ment l'empreinte des pas du dernier assistant, prêtre 
ou parent, qui quitta la tombe. 

Quant à la momie elle-même, je crois qu'un 
embaumeur, qui eût eu Tidée sacrilège de rouvrir 
un sépulcre après l'avoir fermé, l'eût trouvée abso- 
lument telle que nous la retrouvons aujourd'hui, 
il m'est arrivé de démailloter plusieurs momies; les 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 377 

chairs en étaient encore souples, et les gommes 
antiseptiques dont on les recouvrait étaient encore 
visqueuses. Un des plus grands conquérants de la dix- 
huitième dynastie, Touthmès III, trouva le moyen j 
plus de trois mille ans après sa mort, d'offrir aux bo- 
tanistes 1 occasion d'une intéressante conquête. Sa 
momie, développée et exposée quelque temps il Tair 
au Musée de Boulaq, renfermait encore assez de sucs 
nourriciers pour donner naissance à une espèce de 
champignon, nouveau venu dans la science, qui cou- 
vrit bientôt tout le corps et auquel M. G* Schwein- 
furthj chargé de le baptiser, accorda l'épithète extrê- 
mement méritée de pharaonkus. 

Si la momie égyptienne était entourée de tant de 
soins, c*est qu'elle devait ressusciter dans Tautre 
monde et y reprendre possession de son âm^ envo- 
lée à lavance- Or, dans Tidée des Egyptiens, une 
momie qui eût eu, par exemple, un bras cassé pen- 
dant l'opération si délicate de la momification et de 
remmaillotement, se fût retrouvée dansTautre monde 
avec un bras cassé. Partant de ce principe, un de nos 
spirituels et satiriques écrivains du siècle dernier a 
pu faire cette remarque qu'un Égyptien, étant privé 
de sa cervelle pendant J/embaumement, ressuscitait 
nécessairement sans cervelle, privation qui devait le 
gêner sensiblement. Les embaumeurs avaient prévu 



Digitized 



by Google 



27^ l'Egypte au temps des PHARAOïis 

le cas. Aussi y aux quatre coins du sarcophage se 
trouvaient quîitre vases dans lesquels toutes les par- 
ties que Ton enlevait du cndavre avant de le momi- 
fier étaient enfermées séparément ; le cœurd^un côte, 
de l'autre le poumon et le foie, les gros intestins 
d^autre part, enfin, la cervelle. Chacun de ces vases 
était placé sous la protection d'une déesse parti- 
culière et portait une inscription par laquelle la divi- 
nité s'engageait à en avoir le plus grand soin* La* 
réunion de toutes ces parties embaumées à part 
s'opérait d'elle-même au jour de la résurrection, 

Le double, qui demeurait éternellement sur terre, 
avait besoin de soins d autre nature. Nous avons vu 
que les statues placées dans le tombeau lui permet- 
taient de trouver un support, sans lequel il n'eût pu 
vivre. Mais il fallait encore le nourrir, car il mangeait, 
le récréer, lui adresser des hommages. Seulement, 
comme le double est immatérieL il se contentait 
facilement d'aliments, de distractions et d'hommages 
immatériels. Le tout était peint sur les parois du 
tombeau, et ces peintures d objets suffisaient à ce 
pâle reflet d'être humain. 

On lui faisait pourtant, en certaines occasions, des 
offrandes plus réelles, le jour de l'enterrement par 
exemple, et à certaines fêtes anniversaires qui reve- 
naient huit ou dix fois par an. Peut-être quelque 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 





VAlnl-Eti l-'AiWe^i 



Digitized 



by Google 




^P.S RHIMES r>E THÈSES 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 283 

sceptique pourrait-il objecter que les gardiens de la 
nécropole profitaient, plus que le double, de ces 
offrandes tangibles; peu importe, l'intention y était. 
Tout riche Égyptien avait même, de son vivant, la 
sage précaution, en cas de négligence ou de trop 
grande parcimonie de sa famille, de spécifier par 
testament ceux de ses domaines dont les revenus 
devaient être spécialement consacrés à ces offrandes 
funèbres. Ces domaines, sous la forme symbolique 
de femmes chargées de présents, étaient peints sur 
les murailles du tombeau, avec leur nom et le genre 
de produits que chacun d'eux devait fournir. 

Mais, pendant les intervalles qui séparaient les 
fêtes anniversaires, le double se nourrissait seulement 
de la représentation des offrandes. Par exemple, 
dans ce cas, les héritiers n'étaient pas regardants. 
Des monceaux d'offrandes de toutes sortes s'accu- 
mulaient sur les parois des hypogées et, non content 
de les représenter, on en énumérait longuement la 
nature et la quantité. Quelques tombes en ont un 
nombre si considérable que, tout entières, elles 
n'eussent certainement pas suffi à les contenir si on 
eût dû les offrir autrement qu'en peinture. 

Pour honorer le double, on lui faisait graver de 
longues et sonores hymnes hiéroglyphiques qu'il 
pouvait lire et relire pendant ses éternels loisirs, et 



Digitized 



by Google 



284 l'egypte au temps dès pharaons 

des ouvertures étroites» pratiquées dans la muraille 
qui séparait la chambre des statues funèbres de la 
saiie de réception, permettaient à la fumée des encen- 
soirs de parvenir jusqu'à lui. De chaque côté de ces 
sortes d*en lai Iles étaient représentés des personnages 
faisant brûler de Tencens, et, quand on ne Tencen- 
sait pas réellement, le double pouvait se contenter 
de cet encensement imaginaire. Pour le distraire, on 
lui offrait rimnge des plaisirs nombreux et variés 
qu'aimait le défunt pendant sa vie, 

M. A, Mariette avait fait copier, pour l'Exposition 
de 1878, une douzaine de tableaux de ce genre dans 
les tombes memphites de Tépoque la plus reculée. 
Ces tableoux^ acquis depuis par M. E, Guîmet, et 
dont la plupart sont inédits, se trouvent aujourd'hui 
à Parts^ après avoir séjourné assez longtejnps à 
Lyon* 11 me suffira de le-s décrire brièvement pour 
montrer quelles étaient les distractions du double, 
et, par la même occasion, celles des Egyptiens de 
l'Ancien empire* 



Digitized 



by Google 



III 



]. — Intérieur d'une basse-cour contenant des 
oiseaux de toute espèce, canards » oies, pigeons, grues 
cendrées. Quelques garçons de ferme préparent la 
pâtée dans de grands plats et la roulent en boulettes 
entre leurs mains. Les canards, enfermés dans une 
volière au centre de laquelle s étale une mare, pico- 
rent en toute liberté les grains qu'on leur a jetés à 
terre. Quelques oies, destinées à être servies dans de 
prochains repas, sont Tobjet de soins plus marqués 
et plus intéressés. Des gens leur tiennent le bec grand 
ouvert tty poussent la nourriture du doigt. Puis, on 
les laisse h leurs plaisirs, La légende inscrite au-des- 
sus de cette dernière scène est ainsi conçue : « Pro- 
menade des oies après qu*on les a gavées. ^> 

IL — Au sommet, des montreurs de bêtes et des 
saltimbanques. Ceux-ci, par groupes de deux, quatre 



Digitized 



by Google 



2$6 l/ÉGYPTE AU TRMPS DES PHARAONS 

OU cinq, exécutent plusieurs tours soigneusement 
décrits en hiéroglyphes. D'autres amènent divers ani- 
maux, hyènes et chacals suivis de leurs petits, 
gazelleSj Jièvres et hérissons enfermés dans des cages. 
Quatre hommes tirent deux lourds traîneaux portant, 
emprisonnés derrière de solides barreaux, Tun un 
tigre, l'autre un lion. 

Au-dessous, scènes de batailles entre bateliers. 
Sept ou huit barques de papyrus, montées chacune 
par trots hommes et chargées de provisions, veaux, 
canards, oignons, couffes et bourriches de figues, se 
sont rencontrées sur un canal étroit. Les matelots en 
viennent aux coups et se frappent de leurs longues 
gaffes; Fun d'entre eux, jeté par-dessus bords, a 
toutes les peines du monde à se retenir à la jambe 
d'un de ses compagnons. La scène est semée d'in- 
jures hiéroglyphiques dont quelques-unes auraient, 
par respect pour le public, bon besoin d'être traduites 
en latin : « Montre-lui la vigueur de ton bras ! — 
Eh ! je m'en donne à cœur joie! — Pile-le moi bien ! 
— Enlevez-le ! — Viens ici, toi 1 — Viens-y donc toi- 
même ! -^ Faites-lui faire un plongeon! etc., etc, n 

Pendant la batï^ille, poissons et anguilles nagent 
sous les bateaux. Une grenouille, perchée sur un 
bouton de nénuphar blanc, regarde philosophique- 
ment la iuttCt 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 287 

Au bas, scènes moins belliqueuses. Des instrumen- 
tistes sont occupés à faire danser des aimées. Harpes 
à sept et huit cordes, flûte oblique, double flûte 
droite, tels sont leurs instruments. Les danseuses, 
les bras levés gracieusement au-dessus de la tête, 
sont coiffées de perruques bleues et vêtues de robes 
d'étoffes transparentes. Leur poitrine nue est enve- 
loppée d'une longue écharpe rose qui, après s'être 
croisée sur la gorge, s'enroule en ceinture autour de 
la taille, et retombe sur le côté attachée en cocarde. 
Leur cou, entièrement dégagé, porte un ruban rose 
fermé d'un nœud tombant sur 1 épaule droite. 

III. — Des Égyptiens, armés d'arcs et aidés de 
grands lévriers, sont en chasse dans les terrains 
sablonneux qui longent les champs vers la montagne. 
Bœufs sauvages, gazelles, antilopes, renards, lièvres, 
lions et léopards sont frappés de leurs traits. Derrière 
un buisson, un jeune hérisson se cache, en train de 
manger tranquillement un lézard qu'il vient d'at- 
traper. 

Au-dessous, pêche et chasse au marais. Des 
oiseaux aquatiques sont pris dans de vastes filets 
cachés sous les feuilles d'iris et de glaïeul. Des 
pêcheurs posent et relèvent des nasses. Les poissons 
pris sont emportés dans des coufifes, et les oiseaux 
enfermés dans des cages. Dialogue entre les pêcheurs: 



Digitized 



by Google 



288 L 'EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

« Relève !a nasse ! — Tire bien ! — Ne la lâche plus 
cette fois ! — Mais rame donc, toi ! — Eh! je rame 
de toutes mes forces ! etc., etc. )> 

IV. — Le défunt, monté sur un bateau de papyrus, 
assiste à une chasse à Thippopotame. Un de ces 
amphibies est amené au moyen d'une longue corde 
à laquelle est fixé un énorme hameçon qui s'est 
accroché dans sa gueule. Des gens s'apprêtent à le 
recevoir à coups de harpons. Plus loin^ un autre se 
sauve avec un crocodile entre l^s dents. 

Dans les hautes touffes de papyrus quï bordent la 
rivej se passent des scènes presque aussi tumul- 
tueuses. Des canards, des ibis à tête noire, des mar- 
tins-pÉcheurs ont établi leurs nids, les croyant en 
sûreté, dans les ombelles des papyrus. Les petits 
viennent d'éclore. Mais trois ichneumons, race sour- 
noise, grimpent le long des tiges triangulaires, len- 
tement, sans se déranger, certains d'être vainqueurs. 
Les oiseaux, effarouchés, s'envolent de tous côtés. 
Deux martins-pêcheurs, plus braves, fondent sur les 
ichneumons, mais ceux-ci ont déjà saisi quelques 
oisillons et les pressent à les étouffer entre leurs 
pattes. 

V. — Travaux de menuiserie et de charpenterie- 
Des ouvriers confectionnent des lances, des lits, des' 
coffres. D'autres abattent des arbres et en fabriquent 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 289 

des barques. Plus loin» on dégrossit des madriers au 
moyen de haches et de doloires. Des mortaises sont 
pratiquées au moyen de ciseaux à froid, des trous 
percés a Taide du vilebrequin à archet déjà connu à 
ces époques reculées. Deux ouvriers équarrissent une 
pièce de cèdre sur laquelle ils sont assis à califour- 
chon. D'autres travaillent le boisd'ébène. 

Enfin, des peaussiers préparent des outres, des 
cordiers tressent des câbles, des poissons sont éven- 
très, salés, et mis à sécher* 

VI. — Scènes champêtres. Des moissonneurs cou- 
pent le blé; l'un d'eux se repose en mangeant les 
grains d'un épi, un autre se rafraîchit à Teau d*une 
gargoulette, sa faucille sous le bras. Les gerbes sont 
entassées, puis chargées sur des ânes, dans de grands 
filets. Les baudets semblent se montrer hissez rétifs, 
on les tient par la tête, par les jambes, et l'un d'eux^ 
pour ne s'être pas laissé docilement charger, se voit 
rouer de coups à l'écart. 

Plus loin, des femmes réunissent les graines en 
tas, pendant que des hommes* à l'aide de fourches en 
boîSj élèvent des meules de chaume. 

Des bœufs traversent a gué un cours d*eau. Des 
serviteurs emportent sur leur dos des bottes de 
papyrus. On laboure, on trait les vaches. 

VIL — Dessculpteurs taillentdesstatues funèbres. 

V. LoRflT, L'Ëgfypte, f^ 



Digitized 



by Google 



2t}u l'Egypte ai; temps des phakaoks 

On les place sur des traîneaux et, tandis que de nom- 
breux porteurs les tirent au tombeau> qu'un person- 
nage verse de l'eau pour durcir la route, des prêtres 
font des libations et des encensements. Ce tabîeau 
était peint sur la paroi séparant la chapelle extérieure 
du couloir où étaient murées les statues funèbres. 
On remarque à droite une étroite ouverture faisanl 
communiquer ïes deux pièces, et par laquelle pas- 
saient les prières et les fumées d'encens. 

Vllli — Flottille composée de toutes les variétés 
de bateaux connus des Egyptiens, depuis la légère 
barque de papyrus jusqu'au lourd navire destiné h 
affronter la mer. On %oit les bateaux employés è 
transporter les voyageurs, ceux qu'on ne cbnrge qu^ 
de denrées et de bestiaux. La voile triangulaire, h 
seule en usage aujourd'l.ui en Egypte, n'était pa; 
connue dans l'antiquité. Les Égyptiens ne seservaiem 
que de grandes voiles quadrangulaires, A l'arrière se 
trouvait, comme dans les dahabiéhs modernes, une 
cabine couverte, sur le toit de laquelle se tenait k 
timonier. 

IX. — ' Un personnage nettoie des jarres, un autre j 
verse un liquide. Légende : ^ Empïir [les vases de" 
bière. » — Un homme et une femme portent dassei 
gros blocs. Légende ; i^ Ctst de la bonne pâte. » — 
Deux hommes se lavent les mains dans un bassir 



Digitized 



by Google 



LA TOMBK 291 

posé en équilibre sur une pièce de boîs surmontée 
d'un grand vase de terre. Légende : « Ils se lavent 
(les mains). >> ^ Un homme et une femme font delà 
boulangerie. Légende; « Eïle pétrit I:i pâte. Il forme 
un gâteau. ^ — Un homme modèie un pain de forme 
spéciale dont le nom, écrit au-dessus, se dit ment. 
— Deux hommes et une femme pilent dans un haut 
mortier. Légende : vc Piler les grains de blé, » — Un 
homme recueille la farine. Deux femmes la mélan- 
gent a de Teau. Un homme brasse la pâte. Légendes : 
<i Tourne pour le mieux. Cestle moment de mon* 
trer de la force ! » 

' Des gens se lavent les mains, pendant qu*un aide 
parfume leau en y versant une essence. Un scribe 
assiste à Topération, sa palette sous le bras et ses 
deux calâmes à l'oreille. Légendes : <i Ils se lavent (les 
mains). 11 verse du parfum. ^ — ^ Un homme verse 
un liquide dans des jarres. Un autre bouche les 
jarres pleines au moyen d'un grand tampon dW- 
gîle. Un troisième marque sur les vases fermés l'em- 
preinte d'un sceau. Légendes : ^ Emplir les jarres. 
Boucher les jarres. Sceller- » 

Un personnage empile des pains en forme de 
cônes tronqués; un second les surveille. Légendes ; 
<i Voici des pains, surveille-les, c'est pour ta bouche. ^> 
Un personnage verse de la farine dans un vase. Un 



Digitized 



by Google 



n 



2ga l'ëgypte au temps des pharaons 

autre brasse de la pâte. Un troisième apporte des 
pains déjà formés et ïes dispose sur une longue 
planche. Légendes : <( Verser la farine. Brasser. » — 
Un homme agenouillé modèle un grand pain pbt 
arrondi. Légendes : « Il prépare un pdin patan, )^ — 
Un personnage nettoie Tintérieur d'une grande jarre. 
Un autre aplatit une feuille de pâte. Légende efifacée 
en partie. 

Un scribe enregistre les pains enfermés dans trois 
huches disposées devant lui. Légende : « Huches de la 
maison, emplies de biens pour chaque jour du mois. » 
— Derrière le scribe, deux hommes, sur deux petits re- 
gistres superposés, pétrissent delà pâte et en forment 
des pains arrondis. Légende : « Pétrir la pâte. Arron- 
dir la pâte. » — - Deux personnages pilent le grain 
dans des mortiers de pierre, au moyen de longs pi- 
lons. Au-dessus de leur tête, le mot « piler » ; auprès 
de chacun d'eux est écrite la phrase qu'ils se renvoient 
à tour de rôle pour lever et baisser leurs pilons en 
mesure : Harek — Nukar, « A toi ! — Voici ! » 

Un personnage empile des moules à pâtisserie qu'un 
autre surveille. Légendes : « Compter les moules. 
Tourner les moules.» — Quatre personnages, accom- 
pagnés d*un petit enfant nu, préparent la pâte, la 
brassent, la versent dans des moules coniques. Lé- 
gendes: « Verser la farine. Mettre la levure. Mouler. 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 29^ 

Essayer la consistance de la pâte, >> — Puis vient 
la répétition des mêmes scènes. 

Un bœuf vient d être égorgé ; on lui coupe une 
patte. Un personnage emporte une terrine de sang. 
Légende détruite en partie. — - Même scène sans lé- 
gende* — Même scène. Légende : <i Cest sa cuisse, 
Eile vaut mieux que son épaule. Tiens ferme, garçon ! » 
— Même scène. Un homme donne sa main à sentir à 
son compagnon, disant : « CVst du sang, ^ Celui-ci 
répond : ^ Il est pur. >^ ^ 

Un tableau secondaire, divisé en quatre registres, 
vient entamer le tableau principal. Des porteurs i'of- 
frandes y sont représentés, — Des serviteurs appor- 
tent des tables chargées d'oies, de pains, de raisins, 
de viandes, de salades. — Des serviteurs s'avancent, 
amenant des gazelles en laisse et portant, sur leurs 
ëpaulesj des pains, des corbeilles de figues, des oies, 
des Sîïlades, des oiseaux vivants, ainsi que des fleurs 
de lotus et des tiges de papyrus, — Serviteurs char- 
gés d'oiseau Xt de vases à libations, de papyrus, de 
nénuphars, L'un d'eux conduit un bœuf. — Quatre 
domaines du défunt, symbolisés par des femmes 
chargées de présents. Le défunt se nommait Ti ; les 
noms des domaines sont formés de son nom : «c Sy* 
comorc de Ti, Menthe de Ti, Fondrière de TiXhamp 
de Ti. » 



Digitized 



by Google 



294 t*ÉGV'PTE AU TEMPS DES PHARAONS 

X, XI et XIL — Le défunt parcourt ses voHères^ ses 
étables. Chaque animal porte au-dessus de lui le nom- 
bre de têtes de la même espèce que possédait !e pro- 
priétaire du tombeau. Parmi les oiseaux est repré- 
senté un grand cygne blanc , marqué du chiffre 1225, 

Un troupeau de bœufs traverse un gué. Un veau, 
que sa taille exiguë aurait fait disparaître sous leau. 
est porté sur les épaules d'un bouvier. Un camarade 
rinterpelle : « Eh vieux ! Quelle ardeur ! » A quoi 
Tautre répond : <^ Cest un veau à la mamelle. » 

Scènes de marché* Les gens échangent différents 
produits. L'un apporte de la liqueur et reçoit une paire 
de sandales» Une femme achète des concombres et les 
paie en poissons. Pour quelques mesures de blé, un 
marchand obtient â^^ éventails, des colliers de perles. 

Un boutiquier prend son repas; il mange un oignon 
pendiint que son aide lui présente une tasse d'eau* 
Plus loin, un flâneur se promène à travers le marché, 
ses deux grands cynocéphales en laisse ; tandis qu'un 
fruitier est occupé à ranger son étalage de légumes, 
un singe lem poigne par la jambe et exécute une 
danse folâtre autour de lui. Le marchand se sauve 
en criant : <ç Fais donc attention à ton singe, toL eh 
gardien ! » Le gardien répond flegmatiquement : « Il 
s'amuse, ce singe ! ^> 

Je n'en (Inirais pas si je voulais décrire avec plus 



Digitized 



by Google 



L A ' T d M B E 395 

de détails toutes ces scènes curieuses. Elles nous don- 
nent, d'une part, de bien précieuses indications sur 
la vie intime des premiers Égyptiens, et, d'autre part, 
nous montrent que rien n était négligé pour rappeler 
au double du mort toutes les occuputions journa- 
lières de sa vie terrestre, même les plus intimes. Ces 
douze tableaux appartiennent à une seule localité, 
Memphis, et à une seule période, l'Ancien empire. 
Dans d autres nécropoles et à d'autres époques on 
retrouve des scènes toutes différentes. 

On voit par là que le double devait avoir, a regar- 
der les peintures qui ornaient son logis, de quoi se 
distraire pendant toute I éternité. 



Digitized 



by Google 



r 



IV 



Abriter sa momie et la conserver intacte pour le 
jour de la résurrection, pourvoira Texislence agréable 
de la partie de lui-même qui devait rester sur terre, 
fixer pour toujours sa généalogie, rappeler ses hautes 
fonctions et les faveurs royales dont il avait été ho- 
noré, tels étaient les motifs qui portaient tout Egyp- 
tien à consacrer la plus grande partie de sa vie à la 
construction de sa tombe. 

Prise dans son état le plus simple, la tombe égyp- 
tienne se divise en deux parties distinctes : première- 
ment, lu chambre où repose le sarcophage, laquelle 
était murée aussitôt les funérailles accomplies ; secon- 
dement, la chapelle laissée ouverte aux survivant^ qui 
s y rendaient plusieurs fois l'an, pour y célébrer cer- 
taines fêtes anniversaires. 

Selon les époques et selon les locaiiîéSjCes deux par- 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 297 

lies présentent des dispositions différentes par rapport 
Tune à lautre» Dans certains cas, par exemple lorsque 
la nécropole est située sur un terrain plat, la chambre 
funéraire est souterraine, et la chapelle s^élève immé- 
diatement au-dessus, comme cela a lieu pour les 
caveaux de nos cimetières* D'autres foiSi quand les 
chaînes de montagnes qui bordent le Nil sont proches 
de la ville, le caveau^ percé en couloir, s'enfonce dans 
le rocher, et la chapelle est bâtie sur une plate-forme 
ménagée devant l'ouverture de la grotte. 

Les pyramides, considérées comme des montagnes 
factices, présentent cette dernière disposition. Le mort 
reposait au centre de la pyramide, et sa demeure était 
murée. Une chapelle était édifiée au bas de Tun des 
côtés de la pyramide. A Memphis, toutes les chapelles 
extérieures ont disparue Dans la nécropole deMéroé, 
dont les tombes affectaient également ta forme pyra- 
midale, les chapelles extérieures sont admirablement 
conservées- 

On a plusieurs fois fait cette remarque^ que la 
montagne qui domine de toutes parts le cimetière de 
Thébes est terminée par un cône assez élevé. On en 
a conclu que ce pic^ dans lequel, dit-on^ on creusait 
des hypogées bien avant [e règne de ChéopSj a dû 



* V, pp. 300-^0 1 , 

^9- 



Digitized 



by Google 



298 l'bgyptë au temps des pharaoî^s 

donner Tidée d'élever des montagnes de pierre là 01 
Ie*terrain de la nécropole était éloigné de la frontièr 
rocheuse de TEgypte. La chose est possible, mais pu 
rement hypothétique et difficile à discuter scientîfi 
quement. Enfin, les deux parties de la tombe son 
parfois absolument indépendantes l'une de l'autre 
C'est ainsi que les rois de Thèbes avaient leurs syringe 
creusées dans la vallée lointaine de Bibân-el-Molouk 
tandis que leurs tempïes funéraires, immenses édi 
fices environnés de grands parcs, se trouvaient éche 
lonnés sur la rive gauche du Nil, non loin du fleuve 

Certains de ces pharaons thébains avaient mêni' 
plusieurs chapelles funèbres disséminées, pour évite 
de trop longs voyages à leurs sujets pieux, dans le 
principales villes de ['Egypte, Nous connaissons pou 
Ramsès 111 au moins trois temples funéraires, l'un 
Héliopoïis, l'autre à Memphis, ïe troisième à Thèbes 
il en eut probablement bien d'autres. 

Chacune des deux parties de la tombe ne se corn 
pose pas nécessairement d'une pièce unique ; elle 
étaient plus ou moins développées, selon Tétat d 
fortune du défunt, et surtout selon le temps qu*o; 
avait pu consacrer à les construire. Telle tombe d'u: 
simple particulier de Thèbes, Amenemap, qui vécu 
fort riche et mourut fort vieux, renferme des cham 
bres, des puits et des couloirs sans nombre, supet 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



rr 




PYRAMIDE DE LA N 



Digitized 



by Google 




NÉCROPOLE MEMPHITE. 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



LA TOM&E 30? 

posèsen trots étages. Telle tombe d'un roi surpris pré- 
maturément par la mort, alors que les carriers avaient 
àpeinecommencé leur œuvre, ne possède au contraire 
que le strict nécessaire, une simple chambre funèbre 
dont les peintures sont même demeurées inachevées. 

Les deux parties d'une tombe diffèrent, non seule- 
ment par leur usage spécial^ mais encore par leurs 
décorations. La chambre de la momie ne comporte 
jamais que des scènes religieuses et infernales. Je me 
garderai bien de les expliquer, et pour cause, Hérodote, 
lors de son voyage en Egypte, eut la chance de rencon- 
trer des prêtres instruits et aimables qui lui révélèrent 
une grande partie des mystères de la religion égyp- 
tienne, mais après avoir obtenu de lui la promesse qu'il 
n'en répéterait rien, promesse qu'il tint du reste reli- 
gieusement. Je ne sais sî, pour ma part, je me serais 
montré si scrupuleux, mais hélas, aujourd'hui ces prê- 
tres instruitset aimables n'existent plus quesous forme 
de momies, et Tobscurîté voulue de la plupart des 
textes religieux nous force malgré nous à imiter pru- 
demment le silence d'Hérodote. 

La momie se trouvait donc environnée de textes 
liturgiques et de représentations magiques qui, d'une 
manière générale, devaient lui faciliter l'accès dans 
i 'autre monde et la mettre en garde contre tous les 
ennemis qu'elle pouvait y rencontrer. 



Digitized 



by Google 



304 l'Egypte au temps des pharaons 

La chapelle funéraire, comme nous l'avons vu, était 
conçue dans un tout autre d'ordre d*idées. D'abord, 
elle n'était pas murée; une simple porte de bois la 
fermait, et le gardien en chef de la nécropole en avait 
les clefs* Les représentations qui s'y trouvaient peintes 
n'étaient rien moins que funèbres. Nous savons 
qu'elles n'avaient d'autre but que de donner au double 
l'illusion d'une nouvelle vie terrestre et, aux survi- 
vants du défunt, une haute idée des principaux faits 
de sa vie, brillamment décrits et pompeusement illus- 
trés. Cette partie de la tombe était Tobjet de soins con- 
tinuels de la part de la famille. Des bouquets de fleurs 
y étaient renouvelés le plus souvent possible et placés 
dans de grands vases montés sur des supports. 

De plus, chaque chapelle avait son jardinet, orné 
d'un petit bassin. Certaines tombes, mêmCi étaient le 
centredevéritablesparcs. Le scribe Anna, qui vécutsous 
Touthmès l''', prit soin, avant sa mort, d'indiquer sur 
les parois de sa tombe le nombre et les espèces d'ar- 
bres dont il désirait voir planter son jardin funèbre, 
ainsi que les dimensions du lac qu'il voulait y voir 
creuser. On compte dans cette liste plus de cinq cents 
arbres, palmiers, dattiers, sycomores, acacias, vignes, 
figuiers, oliviers, grenadiers, etc. On peut facilement 
se rendre compte de quelle étendue devait être ce 
jardin. 



Digitized 



by Google 



I. A TOMBE 305 

les temples funéraires royaux avaient bien plus 
Timportance encore. Pour leur accorder plus d'espace 
on les construisait loin de ïa tombe proprement dite. 
Le terrain ne faisant plus défaut, la chapelle des par- 
ticuliers devenait pour les rois un véritable tempïe, le 
jardinet se transformait en parc, et le bassin prenait 
les dimensions d'un grand lac. 

Les sépultures de la plupart des rois thébains 
étaient percées dans les flancs d'une vallée assez éloi- 
gnée de Thèbes^ Elles n'avaientj ne servant qu'à la 
momie, que des représentations funèbres. On en mu- 
rait rentrée et même, pour mettre îe défunt u Tabri 
de toute profimation, on en dissimulait la place en 
aidant la montagne, très friable en cet endroit, à 
s*ébouler devant l'ouverture. Ce moyen réussit, car, 
en fait, on est loin d'avoir retrouvé aujourd'hui tous 
les hypogées qui ont été creusés dans cette nécro- 
pole royale, 

Diodore nous apprend que les archives sacerdotales 
faisaient mention de quarante-sept tombeaux de rois. 
Or, quand il visita l'Egypte, dix-sept seulement avaient 
été ouverts. Aujourd'hui, on enconnaîta peu près une 
vingtaine. Vingt-cinq tombes au moins restent donc 
encore à découvrir. Si l'on pouvait déjà, du temps de 

* V. pp. 164-265 rt aSoaSï. 

V, Lo«ïï, L'Egypte. 20 



Digitized 



by Google 



306 LBGYPTE AU 1EMPS DES PHAHAONS 

Dîodore, visiter quelques-uns de ces caveaux, c'est 
que les momies en avaient été emportées et mises en 
lieu sûr dès la XXP dynastie. On a retrouvé récem- 
ment, dans la montagne de Deir-el-Bahari, a Thèbes, 
une de ces cachettes de momies royales contenant 
les cercueils et le mobilier funèbre d'une trentaine de 
pharaons environ, à répartir entre la XVIP et la 
XXI' dynastie. L'enlèvement n'en avait pas été clan- 
destjnj mais s'était fait au contraire avec grand apparat 
de témoignages et de procès-verbaux paraphés* Cha- 
que momie porte la date de son entrée dans la ca- 
chette. 

Les rois étaient enterrés magnifiquement, et leurs 
tombeaux, creusés dans une vallée solitaire et déso- 
lée ^ et pur conséquent fort négligés des gens qui 
étaient payés pour les garder , devaient exciter au 
plus haut degré la cupidité des voleurs. Et en effet, 
un papyrus s'est conservé jusqu'à nous, dans lequel 
se trouve le texte du jugement rendu contre des gens 
accusés d'avoir violé quelques-unes des sépultures 
royales de Thèbes. On y trouve la description minu- 
tieuse de chacune des lombes saccagées, avec la men- 
tion de tous les dégâts commis et de tous les objets 
emportés. Or, chose curieuse, la tombe du roî Antef IV 
y est spécialement désignée par la représentation qu*on 
y remarquait du roi suivi de ses quatre chiens. Cette 



Digitized 



by Google 



^ L A T O M B E Jlly, 

stèle, dit le papyrus, avait été brisée par les voleurs; 
c'est en effet dans cet état qu'elle se trouve aujour- 
d'hui exposée au Musée de Boulaq. 

C'est probablement à la suite de ces vols que Ton 
enleva les momies royales de leurs tombeaux pour 
les cacher ailleurs et que Ton permit aux touristes 
étrangers de visiter les hypogées, vides désormais et 
sans but. 

Peu importait d'ailleurs aux dévots égyptiens que 
les momies royales fussent dans leurs tombes ou 
autre part; c'était dans les temples funéraires qu'on 
allait les adorer, et il s'en trouvait dans toutes 
les grandes villes» La plupart de ceux que Ton peut 
voir encore aujourd'hui sont édifiés dans la plaine 
qui s'étend à Thèbes sur la rive gauche du Nil, Le 
petit temple de Médinet-Habou est consacré à la 
mémoire de Touthmès II et de Touthmès ill. Celui de 
Gournah appartient à Ramsès I" et à Séti l". Le Ra- 
messéum est le temple funéraire de Ramsès II ; le 
grand temple de Médinet-Habou date de Ramsès JIL 
Enfin le temple de Kom-el-Hettan et les deux colosses 
de Memnon, qui faisaient partie du même ensemble 
d^édifices, représentent le monument funèbre pour 
lequel Aménophis III fit ouvrir, dès la première année 
de son règne, de nouvelles carrières à Tourah. 

La plupart de ces temples sont de nos jours abso- 



Digitized 



by Google 



J 



308 l'Egypte au trmps dès pharaons 

lu ment ruinés. Si Ton peut à peu près se rendre 
comptt^ de leurs dimensions, on ne trouve plus trace 
des parcs et des lacs qui les entouraient. Un document 
précieux nous permet heureusement de reconstituer 
dans tous ses détails l'ensemble d'un temple funéraire. 
Ram ses !il prit soin de nous décrire lui-mêm^, dans 
un papyrus conservé au British Muséum, toutes les 
construcuons dont il oma TÉgypte. J'en extrais la 
description d^un de ses temples funéraires, celui de 
Thèbes. 



Digitized 



by Google 



« Je t'ai fait un somptueux Temple de millions d'an- 
nées, situé près de la montiigae de Neb-anhh, et 
tourné vers ton lever. Il a été construit en grès, en 
granit gris et en basalte ; les battants de sa porte sont 
en bronze doré et ses pylônes, bâtis en pierre, s élè- 
vent jusqu'au ciel et sont ornés d'inscriptions gravées 
au nom de Ta Majesté, 

« Tout autour, j'ai élevé une enceinte avec ses es- 
caliers et ses terrasses en grès. Devant, j'ai creusé un 
bassin empli d'eau du ciel et ombragé de plantations 
aussi verdoyantes que les marais de papyrus de [y 
Basse-Égypte. 

<î J'ai empli ses trésors de tous les biens de l'Egypte, 
argent, or et pierres précieuses en quantités innom- 
brables. Ses greniers sont pleins de blé et de céréales 
des champs. Ses troupeaux sont aussi nombreux que 



Digitized 



by Google 



JIO l' EGYPTE AtJ TEMPS DES FHARAOKS 

les grains de sable au bord des canaux. Je lui ai ré- 
servé les tributs du Delta et de laThébaide ; la Nubie 
et la Phénicie lui appartiennent avec leurs redevances, 
et il s'enrichit du butin que, grâce à toi, j'ai enlevé 
aux nations étrangères- Les jeunes esclaves s'y comp- 
tent par centaines. 

«J'ai fait faire une statue à ton image; elle est 
placée dans l'intérieur de ce temple, et son nom glo- 
rieux est Amon, Créateur de t Éternité, J'ai fait faire 
des vases d'offrandes en or pur, et d'autres, sans 
nombre, en argent et en bronze. 

« J'ai multiplié pour toi les offrandes en pain, vin, 
bière^ oies grasses, bœufs, veaux, bestiaux de toute 
sorte, antilopes, gazelles, le tout destiné à cette 
statue. 

« J'ai fait extraire pour ce monument une montagne 
de blocs d'albâtre et de grès. Je les ai fait tailler pour 
les édifier de chaque côté de la porte du temple ; j'y 
ai fait graver des inscriptions en ton nom illustre 
à! Initiateur de V Éternité, 

« J*ai fait sculpter et distribuer dans son intérieur 
d'autres statues en granit rose et en grès, avec des 
socles en basalte. J'ai fait faire les images de Ptah, 
Sokar, Nefer-toum, en compagnie du Cycle divin, 
terrestre et céleste, et je les ai placées dans l'intérieur 
du naos. Elles sont recouvertes d'or et d'argent, et 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 3ii 

émaillées de pierres précieuses travaillées avec grand 
soin. 

^yy ai fait construire un sanctuaire sembïable à 
celui de Toum, Les colonnes, les gonds et les bat- 
tants de porte sont en éiectrum. La grande corniche 
qui en fait le tour est recouverte d'or pur, 

<n Des bateaux chargés de froment et d epeautre 
sont dirigés vers ses greniers, sans discontinuer. J'y 
ai fait établir un magasin d*approvistonnementStetde 
grands chalands sillonnent sans cesse le Nil pour em- 
plir ses trésors. 

« Ce temple est entouré de vergers, de jardins, de 
parterres» chargés de fleurs et de fruits pour Ta Ma- 
jesté. Il s'y trouve des kiosques pour l'été avec de 
grandes buies ouvertes à l'air. Devant, j'ai fait creuser^ 
un canal dont les eaux fourmillent de lotus et de 
nénuphars. » 

On voit par cette description officielle quelle était 
rimportance d'un temple funéraire. C'était comme 
une vaste colonie ctiargée de pourvoir elle-même à 
son entretien et à sa subsistance. Rien n'y manquait: 
étables, greniers» trésors, jardins potagers et jardins 
fruitiers, canaux communiquant avec le Nil et par 
lesquels arrivaient sans cesse des bateaux chargés de 
tributs et d^ipprovisjonnements. Quantité de gens 
l'habitaient, servis par des esclaves sans nombre. Bien 



Digitized 



by Google 



312 L*âGYPTf AU TEMPS DES PHARAONS 

des noms de grands prêtres de tempïes funéraires 
sont parvenus jusqu à nouSi ainsi que des noms, plus 
modestes, de jardiniers, de potiers > d'ouvriers de 
toute sorte. 

Enfin, la suite du papyrus dont on vient de lire un 
extrait nous donnera des renseignements pi us spéciaux 
encore sur le temple funéraire ihébain de Ram ses IH. 
Ce prince énumère les biens à répartir entre les cinq 
ou six temples qu'il édifia à Thèbes. Il ne fait malheu- 
reusement pas lui-même la division, mais on ne 
s^éloignera pas sensiblement de la vraisemblance en 
attribuant au temple funéraire la sixième partie de la 
totalité. Dans ces conditions* il aurait eu : 

« Statues divines, 42b. — Prophètes et prêtres. 840. 
— Têtes de gros bétail, 1 4,41 ^. — Chèvres et menu 
bétail, 70.227. — Vergers et jardins clos, 72. — 
Champs, 144,694 arouresde terrain. — Barques et ra- 
deaux, 14. — Kiosques en boîsde cèdre et d'acacia, B. 
' — Villes égyptiennes trît^utaires du temple, 10. — 
Vilïes syriennes tributaires du temple, 2.\> 

Je ne continue pas la liste et ne mentionne pas les 
objets de moindre importance, dont la quantité paraî- 
trait presque incroyable. Ces quelques citations 
montreront que la chapelle funéraire d'une tombe 
égyptienne était susceptible de beaucoup de dévelop- 
pements; et qu elle pouvait présenter toutes les formes 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE Jljr, 

intermédiaires entre celle d'une simple chambre 
placée:! rentrée de la tombe et ornée d'un jardinet, 
et celle d'un véritable dom;ïîne indépendant, environné 
de parcs et de cours d'eau. 

En jetant un coup d œil sur la topographie de 
l'ancienne Thèbes. nous verrons la place que tenait la 
tombe dans les idées égyptiennes. La ville s'étend le 
long des deux rives du fleuve sur une longueur de 
plusieurs lieues. D'un côté la chiune arabique, de 
l'autre la chaîne Hbyque la protègent contre le désert 
envahisseur. Les deux parties de la ville séparées par 
le Nil se trouvent être à peu près de Ja même dimen- 
sion. Or, si la rive droite, où se trouvent aujourd'hui 
Karnak et Louqsor, était habitée parles vivants ^l'autre 
rive était exclusivement réservée aux morts et aux ha- 
bitations des nombreux personnages affectés à la con- 
struction des tombes et à la préparation des momies. 

C'était toute une administration ayant ses supé- 
rieurs, ses bureaucrates, ses employés subalternes, 
même tout un service spécial de police. Outre les 
gardiens des tombes et les milliers de gens attachés 
à Tentretien des temples funèbres royaux et à la célé- 
bration des fêtes anniversaires, se trouvaient les em- 
baumeurs, les prêtres chargés particulièrement des 
cérémonies funéraires, les fabricants de cercueils et 
d'objets de piété. Ce quartier de la ville était, bien 



Digitized 



by Google 



^14 L EGYPTE AU TEMPS DES PHARAONS 

plus que l'autre peut-être, sans cesse en activité, et 
ïa rive gauche était comme llmmense réservoir où se 
déversait peu à peu, la mort venue, toute la popula- 
tion de la rive droite. L'asphalte y était jour et nuit 
en fusion et la fumée épaisse qui s élevait éternelle- 
ment des chaudières témoignait de la quantité de 
momies qui y étaient toujours en prép^aration, de 
nouvelles arriv<Tnt quand d'autres venaient d'être 
terminées. 

Toute cette partie de la plaine de Thèbes était 
semée de temples et de chapelles entourés de bos- 
quets, où chacun allait plusieurs fois Tan honorer ses 
morts. De loin enloin, au-dessus des encorbellements 
des pylônes, émergeaient les épaules et la tcte d'un 
colosse, ou les pointes dorées d'une paire d'obélis- 
ques, ou les frondes poussiéreuses d'un bouquet de 
dattiers. Un grand plan tracé sur papyruSi dont un 
fragment nous est parvenu, servait h se reconnaître 
dans ce dédale de monuments funèbres ; des guides 
même étaient nécessaires la plupart du temps. 

Derrière cette nécropole s'étendait une bande de 
sable fréquentée par les loups et les chacals, hôtes 
ordinaires des cimetières égyptiens. Puis, au fond, 
la montagne libyque, nommée par les Egyptiens ia 
Moniagiîr dévie, par antithèse, parce qu*on y enter- 
rait les morts; cette montagne était criblée d'autant 



Digitized 



by Google 



LA TOMBE 315 

de tombes qu'un guêpier est percé d'alvéoles. Aujour- 
d'hui, ces tombes sont ouvertes pour la plupart, et 
leurs portes se découpent en bleu sombre sur les 
tons roses de la colline. Autrefois, tout cela était 
muré. Du sommet de la montagne jusqu'à la plaine 
étaient ménagés des gradins en pente douce; là se 
trouvaient les jardinets funèbres des tombes dont la 
chapelle attenait au caveau de la momie. Le coup 
d'œil de cette chaîne de calcaire, boisée artificielle- 
ment au prix de mille fatigues, devait être des plus 
curieux. 

Toute cette moitié de Thèbes, nommée Mem- 
nonia par les Grecs, servait de nécropole à l'au- 
tre et ne présentait, du reste, qu'un aspect calme 
et attirant, tant les Égyptiens savaient cacher les 
tristesses de la mort sous une multitude de grâces et 
de coquetteries. C'est ainsi que certaines momies de 
princesses, découvertes récemment à Deir-el-Bahari, 
ont pu, non sans raison, être comparées à des boîtes 
de baptême attachées de faveurs roses, et les corps 
sont si bien dessinés sous leurs fraîches enveloppes, 
qu'on serait à peine étonné, en écartant les fleurs qui 
les couvrent et en dénouant les liens qui les enser- 
rent, de voir s'éveiller quelque Belle au bois dormant. 

Tel était l'ensemble d'une nécropole égyptienne. 
Les Égyptiens, comme on le voit, faisaient tous leurs 



Digitized 



by Google 



3i6 l'Egypte au temps des phara6?js 

efforts pour se conserver éterneliementet se retrouvt?r 
intacts, tous ensemble» dans l\iutre monde- Pou- 
vaient-ils prévoir nos recherciies archéologiques? 
Bien des contempornins des pharaons, qui avaient 
espéré attendre en paix, au fond de leurs syringes, 
la résurrection promise, contirment aujourd'hui leur 
sommeil dans les vitrines de nos musées, sous l'œil 
vigilant des gardiens- Nous faisons aux momies une 
chasse impitoyable, mais si, comme hommes, nous 
n'ouvrons leurs cercueils qu'en tremblant de notre 
sacrilège, nous n'en devons pas moins, comme égyp- 
tologues, souhaitei^ aux explorateurs de découvrir le 
plus qu*ils pourront de tombes inviolées, riches sur- 
tout en documents historiques qui* pour certaines 
époques, nous font tant défaut. ^ 




Digitized 



by Google 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 



1. Triomphe d'Aménûphls [V (R, Lep5ils, Detihnâîfr) . . '7 — 

2* Ne de Philœ (Photographie D. Htdoy). ...... i3-33 

3* La reine Maut-em-ouaa (Estampage de rauteur)^ , » . , 53 

4. La rrine Maut-em-ouaa et le dieu Amon (Idem) 63 

5^ Peintures ég}i'ptLenrn?s d^animaux (î. Ko^EiUKif Monument i). , 79 

6. papyrus funéraire de li reine Ra^nia-kii (Musée de Boubq). 100- toi 

7, Lotus rose (Dfstriptian d'EgypU). , , , 1 1 1 

5, Acacia Sey al (Idem). , p ,......,,.. ï 19 

9, Concert et ballet (Musée Guimet)- * * . * 139 

Id. Harpe égyptienne (Musée du Louvre) 147 

M. Joueuse de guitare (P. o'AvH^ftKs^ l'jirî égvpîjgn) 155 

11* Ablutions parfumées (R. Lep^ius, Dtnkmdlfr), , .... 175 
\y. Coiffures et colliers (P, r/A vendes, V Art égy^ien), . . 1 84-185 

14. Objets de toilette (Musée du Louvre). ,,....» 197 

15. Ruines du temple de Karniik a Thèbe* (Photogr, D.HÉRoitf). 24S-249 

16. Vallée funéraire des rois de Thèbei (Idem). , . » , . 204-265 
171 Vallée funériiire des reines de Thé bes (Idem). . . , . 780-281 
18. Pyramide de là nécropole mcrïiphite (Idem). . , . . 3cx)-30i 



FIK OE LA TABLfc DES IL LU &T K AT l ON S 



Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



TABLE DES MATIERES 

■'-r 

Avertissement, ..,..**. 7 

Pharaon** .,,,.*.,.....*. 17 

FaLtme et flore,. . , * , ► 75 

Musique et danse. , 139 

Toilettes et parfums. . . , . ^ , . » . ^ * , 1 7 i 

MÊDEClNt ET SÛRCELURSE 207 

La tombe. .-.,.* . . 2S9 



FiN nu LA TABLB DBS MATUHFS 



LYOS. — IMPREMEUIF PiTftAT AïNE, 4, «Uli GENTIL 



Digitized 



by Google 




Digitized 



by Google 



Digitized 



by Google 



LIBRAIRIE J.-B, BAILLIERE et FILS 

DAREMBERG (Ch.). Histoire des sciences médicales, 
1870, 2 vol. in-8 20 fr. 

ÉCOLE DE SALERNE (!'), traduction en vers français 
par Ch. Meaux Saint-Marc, suivie de commentaires, 1880, 
in-i8 7 fr. 

GUARDIA (J.-M.). La médecine a travers les siècles. 
Histoire et philosophie, 1865, i vol. in-8 de 800 pages, lofr. 

HUFELAND(W.). L'art de prolonger la vie, ou la Macro- 
biotique, 1 vol. in-18 . . . 4 fr. 

LÉVY (Michel). Traité d'hygiène PUBLIQ.UE ET privée, 1879, 
2 voL.gr. in-8, ensemble 1.900 pages, avec figures. 20 fr. 

MARTIN (P.). Les cimetières et la crémation, étude his- 
torique et critique 1881, in-8, 182 pages. . . . 5 fr. 

MOREAU (de Tours). Fous et bouffons. 1 volume 
in- 16 (Bibliothèque scientifique contemporaine) . . 3 fr. 50 

RÉVEILLÉ-PARISE. Hygiène de l'esprit. Physiologie et 
hygiène des hommes livrés aux travaux, 1881. i Vol, in-8 
Jésus de 435 pages (Biblioth. scient, contempor .) . 3 fr. 50 

RIANT. Hygiène des orateurs, hommes pohtiques, magis- 
trats, avocats,, prédicateurs, professeurs, artistes, i vol. 
in- 16 (Bibliothèque scientifique contemporaine). . 3 fr. 5Ô 

— Le surmenage intellectuel et les exercices physi- 
ques, 1889, I vol. in- 16 de 320 pages (Bibliothèque scien- 
tifique contemporaine) " . 3 fr. 50 

— Hygiène du cabinet de travail, 1883, i vol. in-18 de 
182 pages 2 fr. 50 

SIMON (Max). Le monde des rêves. 1 vol. in-16. 3 fr. 50 

YVAREN. Entretien d'un vieux médecin sur l'hygiène et 
la morale, 1882, 1 vol. in-18 jésus de 671 pages. . 5 fr. 

,VON. - IMPRIMERIE PITRAT AINE. 'b\^^i,rci'b5'G0egk 



Digitized 



by Google 



■ 



UNIVERSITÏ OF CALIFORNIA LIBRARY 
BERKELEY 

Retum to desk from which borrowed. 
Thh book îs DUE on the last date »tamped below. 



14Nov'50WK 



Due èrîd of 



SUIDER P^Tlod ggpsfvff ft 
Il aït^r- 



B&BU) s^2 



970 -4 r^^^ 



LD 2J-lOOm-ll,'40(B71468l6)47S 



Digitized 



by Google 




W310175 




Digiti 



/ 



izi^y Google 



.^# 






rW . 



/^«•'•<